Année après année, le Festival du Gaou parvient à proposer des affiches qui se tiennent, même si en l’occurrence, le terme de festival peut sembler un tantinet usurpé puisqu’il s’agit en fait d’une grappe de shows distincts et non d’un alignement de concerts compris dans un prix forfaitaire sur un ou plusieurs jours. Et donc, ce soir, j’ai pu observer que le prix du grain de raisin était de 38,50 €... Nonobstant ce paramètre économique non négligeable ainsi qu’un mistral retors, ce sont bien cinq à six mille personnes qui ont fait le déplacement insulaire (en fait, l’île du Gaou est relié au continent par un pont...). La moyenne d’âge est d’environ 35 ans et trois ou quatre paires de mains suffisent pour compter les t-shirts metal et assimilés. Ce qui n’empêche pas le public d’apparaître connaisseur et impatient. Les Belges de Ghinzu ouvrent les hostilités pour une prestation d’une heure (en fait, tant qu’il fera jour). Leur heavy-pop nous ramène aux albums de Radiohead ante-ok computer. Le groupe délivre un concert fort honnête, régulièrement truffé d’accès de rock’n’roll salutaires et vivifiants. Le vent fait un peu tourner le son des guitares, mais l’ensemble rend tout de même très bien. Il faut dire que, renseignements pris, Ghinzu tourne très assidûment depuis cinq ans et ce la se ressent : il est soudé et cohérent. Pour qui aime la pop non-mièvre, ces Belges apparaissent comme un must et je ne puis qu’en recommander l’usage aux amateurs. Dont je ne suis malheureusement pas. Ceci est une autre histoire... Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucun des Stooges n’est décédé à ce jour et c’est ce qui permet à Iggy Pop de ressusciter depuis 2003 ce qui a bel et bien constitué en son temps le groupe le plus violent du monde et sans qui etc, etc... Les Stooges ont réalisé trois albums studios, dont le dernier, "Raw Power", 1973, était sorti sous le nom d’Iggy and The Stooges et produit par David Bowie. C’est sans doute pour ne plus avoir à lui payer de royalties que le groupe n’en joue aucun titre et se concentre sur les deux premiers... Le concert débute par deux titres de "Funhouse" («Loose» et «Down on the street»). Le son passe très bien et Iggy apparaît comme a l’accoutumée : claudiquant et cabotin, exhubérant et arrogant . Mais aussi en forme vocalement, très en forme. En fait, il faut bien l’avouer : tout baigne dans l’huile. Aucun incident, aucun grain de sable ne viendra émailler le show. Pilotage automatique ? Hmmm... Car, au vu des live reports que j’avais pu lire avant de me rendre au concert, on s’apperçoit que la prestation est totalement millimétrée et sembable, au mot près, à toutes celles que donne le groupe depuis son retour : «we are the fucking Stooges and we’re happy to be here...». Ok... On enchaîne sur «1969» et «I wanna be your dog», ce dernier étant joué sur un tempo anormalement rapide. Toute arrière pensée mise à part, je me régale franchement car tous les titres joués appartiennent à la légende du rock et, plus modestement, à mon petit panthéon personnel. Le groupe n’amuse pas le terrain, Iggy se roule par terre, monte sur les amplis, casse des micros, le public répond présent, le vent devient moins froid : que demander de plus ? Nouveau détour par la Funhouse pour un «Dirt» bien vicieux et un «TV Eye» qui arrache tout, exactement comme il se doit. Puis vient l’un des moments de bravoure de tout concert des Stooges : l’envahissement de la scène par le public sur «Real cool time» et «No fun». Iggy est aux anges au milieu de ses fans, dont l’un se fout carrément à poil... Une autre, tout en cuir, tente de capter son attention par quelques ondulations corporelles rythmées et psychédéliques du plus bel effet mais dont notre héros se foutra royalement. Ces deux titres achevés, ce petit monde retournera d’où il vient, la fosse, et le groupe entâmera alors la dernière ligne droite du show, non sans avoir remonté inutilement le volume du son, rendant ainsi cette dernière partie légèrement pénible. D’autant que Steve Mc Kay, saxophoniste originel de l’enregistrement de Funhouse, est présent sur ces derniers titres, et l’ensemble sonne très très fort. C’est donc dans une ambiance franchement sauvage que s‘achèvent les hostilités, avec notamment une seconde version de «I wanna be your dog», «Not right» et « Little doll». Le concert aura duré à peine une heure dix, ce qui n’est pas étonnant au regard de l’auto-restriction que s’impose le groupe quant aux albums utilisés. Lui chercher des critiques objectives sera une tâche bien délicate puisque tout a été parfait. Regretter le léger manque de sincérité de l’ensemble serait de toute façon hors de propos s’agissant d’un groupe qui existe depuis bientôt quarante ans (!!!!!) et qui, ayant strictement tout connu, voit désormais chaque concert comme « un de plus ». Ce serait également très injuste, car il est finalement largement aussi sincère que toutes les autres formations de cet âge, voire un peu plus, grâce à la vitalité d’Iggy et son jeu de scène toujours au point. En fait, tout ceci tient même un peu du miracle. Content.
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