MONSTER
MAGNET - Glucifer - The Quill
Lyon,
Transbo-Club - 8 avril 2004
Même
si je suis fan de Monster Magnet, je dois bien avouer que c'est la
présence de The Quill en première partie qui m'a définitivement
décidé à faire ce déplacement lyonnais.
Et comme j'eus raison !
Car
les Suédois de The Quill
ont délivré ce soir là une prestation étincelante,
tout simplement. Il faut dire qu'ils ont de la matière, leurs
trois albums étant des monstres de puissance et d'intelligence
vive. Evidemment, en raison de la brièveté de leur concert,
une grosse demi-heure, des choix ont du être effectués
et ce sont ainsi, logiquement, les deux derniers Lp qui ont été
mis à contribution, avec en point d'orgue les morceaux emblématiques
de leur second disque, "Voodo caravan" et "Hole in
my head".
Dans une ambiance typiquement seventies, avec un son cependant solidement
ancré dans le présent, le groupe a démontré
qu'il était bien actuellement le meilleur continuateur de Led
Zeppelin, avec notamment un guitariste qui a même utilisé
une Gibson à double manche, accessoire habituel des prestations
du dirigeable des 70's.
Mais la grosse sensation de leur set fut bien la performance de leur
chanteur... Magnus Ekwall est déjà impressionnant sur
disque, mais sur scène, il est incroyable. Ce type hurle littéralement
son heavy-blues sans jamais montrer la moindre faiblesse, alors que
la puissance qu'il délivre est hors du commun. On pense qu'à
un moment ou à un autre il devra reprendre son souffle ou user
d'une de ces petites facilités que s'offrent généralement
les chanteurs pour récupérer un instant... Eh bien,
ce moment ne vint pas et le père Magnus continua à hurler
avec justesse, à jouer avec le public, à chauffer son
petit monde comme un vieux roublard et à remporter la mise
haut la main. Je n'ai que rarement été à ce point
impressionné par un chanteur. Grand Monsieur. Grand groupe.
Grosse partie. A revoir impérativement, et à soutenir
indéfectiblement (mais ça, on le savait déjà
!)
Quel
contraste avec Glucifer !
Non que le groupe ne soit pas en place... Mais comme il fut soporifique
! Si je n'ai rien contre le punk (je veux dire, la musique !), j'avais
cependant cru me souvenir que le but était de mettre le feu
aux poudres et non de les noyer sous des morceaux convenus et ringards....
Curieusement, le public a semblé apprécier cette prestation,
alors qu'il apparaît objectivement qu'aucune qualité
majeure ne s'en dégageait, avec tous ces titres strictement
identiques les uns aux autres... Un son correct, certes, mais ceci
ne peut suffire à égayer ces pauvres mid-tempos spinaux.
Très longuet...
Monster
Magnet avait décidé de monter une tournée
orientée vers les clubs. Enfin..."décidé",
façon de parler. Disons plutôt que la France n'est pas
forcément une terre d'élection pour le rock stoner et
qu'assembler 400 personnes en province et en semaine pour ce genre
de musique est déjà un bel exploit... Ce qui fut fait
ce soir.
C'est donc devant un Transbo-Club petit mais plein que le groupe est
arrivé, tranquille, sûr de son fait.
Il attaque fort en balançant "Bummer" du Lp "Powertrip".
Et là, quelque chose se produit d'indicible. Une magie passe
immédiatement. Déjà, le son est énorme.
Fort, mais clair, avec des instruments nettement distincts les uns
des autres. Non, le son de Monster Magnet sur scène n'est pas
une bouillie. Ensuite, il y a cette sensation de cohésion et
de force collective. Certes, l'attention est surtout captée
par Dave Wyndorf, sorte d'Iggy new-yorkais prodigue en déhanchements
hallucinés et mimiques agressives (carburant cependant, c'est
à noter, à l'eau claire). Mais le reste du groupe n'est
pas en reste et les deux guitaristes ne se privent pas de monter sur
les retours pour bien montrer qu'ils tiennent aussi la baraque. Et
comme ils le font bien ! Les parties de guitares de ce soir furent
un régal de tous les instants, tant en riffs qu'en solos. Très
impressionnant !
Le groupe eut la bonne idée de ne délaisser aucun des
ses albums, nous gratifiant notamment d'un "Dinosaur vacuum"
de légende, avec en son milieu un petit coup de "Brainstorm"
fort à propos... Certes, les plus grincheux purent, avec certes
raison, regretter que ne soient pas joués des classiques tels
que "Crop circle", "Superjudge" ou encore "Twin
earth", premier tube du groupe. Mais comme Monster Magnet était
en grande forme, même les morceaux moins exposés sonnèrent
comme des tubes ce soir. Et puis, nous eûmes tout de même
droit à un "Space lord" d'anthologie et à
un "Negasonic teenage warhead" explosif. De toute façon,
ce soir, tout pétait ! Loin de leur réputation de dilettantes
camés, les mecs de Monster Magnet ont délivré
une prestation d'un professionnalisme impressionnant. Tout simplement
1h40 de bonheur.
Ce
concert fut une guerre de conquête gagnée avec les honneurs
les plus hauts et le bon goût le plus exemplaire. Je le classe
parmi ce que j'ai vu de mieux sur scène, au côté
de noms comme Slayer, Metallica, AC/DC et Carcass. Rien de moins.
Alexis
Kieffer - Decibels Storm - avril 2004