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STRATOVARIUS + SAMAEL + EPICA + AFTER FOREVER + NIGHTMARE + SUPURATION + SOULGRIND + GLOOMY GRIM + GREED + MANIGANCE + ELLIPSIS
8ème Festival de la Rotonde
Hirson (02)
- 22 mai 2004

Cette édition 2004 du festival de La Rotonde aura été ma première venue sur ce site original situé à Hirson, petite commune de l'Aisne (nord-est de la France). Le festival tire en effet son nom du lieu où il se déroule, unique pour ce genre de manifestation, à savoir un ancien complexe de maintenance ferroviaire, incluant des hangars désaffectés, une magnifique tour horloge et, surtout, une immense rotonde, c'est-à-dire un énorme hangar construit en arc de cercle dans lequel devaient être stockées des locomotives et autres machines ferroviaires. Il ne reste de tout cela que les infrastructures de béton livrées aux 4 vents, et qui servent présentement à abriter la quinzaine de stands présents, la scène du festival étant placée face à l'édifice semi-circulaire.

Ayant piteusement loupé la première journée du festival (et donc les prestations, entre autres, de In Extremo, Loudblast et Impaled Nazarene), et arrivé sur le site avec un peu de retard, j'arrive à temps pour voir le morceau final du set d'Ellipsis : un peu court donc pour se faire une opinion du groupe, mais suffisamment pour constater que les Français sont suffisamment à l'aise sur scène pour se sortir sans mal de l'écueil que représente l'ouverture d'une journée de festival.

La deuxième scène, pourtant annoncée sur le site web du festival, étant finalement absente, les groupes vont se succéder sur une scène unique avec un ordre de passage visiblement chamboulé. Manigance prend le relais et s'avère être, en ce qui me concerne, la première bonne surprise de la journée : même si le groupe a quelques efforts à faire en terme de présence scénique, les Français s'en donnent visiblement à cœur joie et délivrent un heavy-metal assez technique. Manigance mérite sûrement d'être vu dans des conditions scéniques plus avantageuses, car leur rapide apparition laisse entrevoir quelque chose de très prometteur.

Les Allemands de Greed prennent donc la suite des opérations, avec un power-metal tendance thrash qui, sans être novateur, n'en est pas moins bougrement efficace. Le groupe assène de lourdes rythmiques avec enthousiasme, mené par un frontman très à l'aise avec le public : Greed n'est visiblement pas venu faire de la figuration, et ça se sent ! Un groupe à surveiller de près.

Suivants sur la liste, les Finlandais de Gloomy Grim investissent la scène de la Rotonde. J'avoue avoir toujours eu du mal à cerner le groupe, qui joue sur une imagerie black ou dark que dément pourtant sa musique. Leur prestation scénique n'a pas permis de faire avancer mon schmilblick, et les discours un peu hasardeux entre chaque morceau de la part d'un frontman visiblement aviné n'ont rien arrangé. Histoire de boire le vin jusqu'à la lie, Gloomy Grim est immédiatement suivi de Soulgrind, qui est composé des mêmes membres subitement démaquillés. On a droit en bonus à Miss Lilith au chant, une sorte de golgoth féminin finlandais qui allait rapidement rappeler à tout le monde que groupe à chanteuse ne rime pas systématiquement avec grâce, douceur et féminité.

Enfants du pays ou presque, nos petits chouchous de SUP/Supuration viennent heureusement et fièrement remonter le niveau de 10 crans. Dommage que le groupe se retrouve à jouer en plein jour, ce qui a affecté à mon sens les atmosphères de leur musique. Mais il s'agit là de chipotage, car alors que le groupe enchaîne quinze ans de compos excellentes, on oublie vite de jouer les fines bouches !

Nightmare prend la suite des opérations, et là encore, excellente surprise de la part des Français, qui se donnent à fond dès la première note. Bien que très réticent face au come-back de tous ces groupes de heavy façon 80's, je dois avouer que Nightmare m'a (presque) réconcilié avec le genre, leurs compos évitant la plupart des mauvais clichés pour ne garder que le meilleur (à mon sens) du style. Mention spéciale à Jo le chanteur, qui ne ménage pas sa peine et son enthousiasme auprès d'un public qui commence à se frigorifier. Car un vent glacial souffle sur Hirson ce jour-là, et le jour déclinant laisse présager une soirée difficile… Nightmare étant en tournée avec After Forever, le public de la Rotonde a la bonne surprise de voir débarquer sur scène la charmante Floor Jensen, qui attaque avec Nightmare une reprise de "The Evil that Men Do" de Iron Maiden. Jouant la surprise jusqu'au bout, Nightmare abandonne son matos aux mains de l'ensemble des musiciens d'After Forever, qui se lancent dans un mini-set surprise de 2 titres devant un public agréablement surpris et ravi de ce bon esprit. Bravo donc à Nightmare pour son attitude dédiée aux fans.

On reste en terre hollandaise avec Epica, qui confirme par sa présence l'extraordinaire essor du groupe en l'espace de quelques mois et avec un seul album à son actif. Epica a tout pour être un futur grand du Metal, et les charmes de la jolie Simone Simons n'y sont sans doute pas étrangers. Mais pour l'heure la jolie Simone a constaté elle aussi que la température sur le site du festival est à 20 degrés en dessous de ce qu'on attendrait d'une journée de printemps, et débute donc son set emmitouflée dans un grand manteau, visiblement tétanisée par le froid et sûrement en train de rêver d'un bon bain chaud. Le groupe se lance cependant et la belle finira par dévoiler sa tenue de cuir, certes sexy mais à l'évidence pas très adaptée au climat de la soirée. Pour en revenir quand même à la musique, il est à regretter que la voix et le groupe sont systématiquement couverts par les très nombreux samples d'arrangements et de backing-vocals, à tel point qu'on en vient à soupçonner que certaines parties vocales de la frontwoman sont exécutées en playback. Là encore, malgré un album très prometteur, il conviendra de voir Epica dans d'autres conditions scéniques pour se faire réellement une idée de ce que les Hollandais et Simone en particulier ont à offrir sur scène.

Changement de registre avec l'arrivée sur scène des Suisses de Samael, confirmant là leur grand retour. Le groupe n'étant pas en tournée mais en pleine préparation de son très attendu nouvel album, c'est donc une très bonne surprise de les voir à l'affiche du festival. En tout cas nos Helvètes préférés sont en grande forme, et délivrent comme à leur habitude un set hyper-carré et dévastateur, entièrement au service de leur compos rentre-dedans. Le bassiste Mas est toujours aussi possédé, Xy pilote sans pitié ses rythmiques electro et ses samples, Makro et Vorph enrobent le tout de riffs nucléaires… bref, qu'on se le dise, Samael est de retour !

Viendra ? Viendra pas ? Empêtrés dans des problèmes internes dignes d'un soap-opéra (pour rappel et en bref : bastons, éviction du chanteur, apparition d'une frontwoman presqu'aussitôt sacquée, internement psychiatrique du fondateur et leader du groupe…), les Finlandais de Stratovarius étaient attendus au tournant, et attendus tout court d'ailleurs. Personnellement, au vu des derniers rebondissements dans l'actualité de la formation finnoise, je m'attendais à ce qu'ils ne se présentent pas à Hirson, mais l'apparition de leur tour-bus en fin d'après-midi allait heureusement me donner tort. Stratovarius a donc évité l'implosion et revient sur le droit chemin : Timo Tolki de retour sur terre, le chanteur Timo Kotipelto réintégré, on aurait presque pu croire à un mauvais rêve. Le groupe investit la scène sous les acclamations du public, et visiblement je n'étais pas le seul à attendre de voir pour y croire.Il reste que le groupe semble être décidé à assurer à fond, mais n'est visiblement pas au mieux de sa forme : On passera sur un Timo Tolki qui semble faire la gueule, petit bémol heureusement rattrapé par ses collègues qui eux semblent tout à fait ravis, mais surtout il faut déplorer la voix fatiguée de Timo Kotipelto, qui se retrouve souvent à coté de ses notes. Prestation certes enthousiaste mais en demi-teinte et pas particulièrement convaincante, dommage, j'attendais mieux de Stratovarius.

Patrick Etuy - Decibels Storm - juin 2004