IN
SLAUGHTER NATIVES - Karjalan Sissit - Wappenbund - ICK
Lyon,
Rail Théâtre - 9 octobre 2004
Comment
appelle-t-on un gaillard déguisé en SS et prônant
le retour aux valeurs traditionnelles ?
Un polichinelle dans le terroir !!!! Mon Dieu que je suis drôle
quand je veux !
Non, plus sérieusement, le pédigrée de l'association
organisatrice me l'avait fait subodorer et les événements
allaient me donner raison : il s'agissait bien d'une soirée
en noir et brun ! Mention spéciale à la très
bonne imitation du Führer (la majuscule ne manifeste pas la déférence
mais une observance stricte de la grammaire allemande qui met des
majuscules aux noms communs) avec son pantalon trop court, sa jolie
cravate et son mignon pull jacquard. J'ai aussi bien aimé celui
qui avait mélangé l'uniforme nazi et un col d'ecclésiastique
(et qui a failli se vautrer, une bière à la main, en
butant sur la jambe négligemment étendue d'une personne
assise à terre !).
Les stands regorgaient quant à eux de produits intéressants
du genre "Mèche et moustache, le magazine du Führer"
et faisaient la part belle à des associations progressistes
telles que "Nazisme et dialogue"...
Qui, après, osera encore dire qu'il n'y a plus de jeunesse
? Lol !
J'en connais qui, à la vue de ce spectacle, auraient plissé
le nez et déguerpi en chouinant leur mère. En ce qui
me concerne, j'ai préféré jouer les voyeurs et
me régaler des ces images quand même assez rares pour
le commun des mortels auquel j'avoue appartenir. Sans compter qu'il
y avait quand même en bout de course le concert ultra exclusif
d'In Slaughter Natives, soit l'événement dark de la
décennie en France, excusez du peu.
Ils pouvaient bien rebrûler le Reichstag : rien ne me ferait
bouger !
J'avais
eu le nez creux en squattant une place stratégique, soit un
banc placé sur le flanc du Rail Théâtre. De cette
façon, je parviendrais à me prémunir contre une
attente prévisible et à recueillir à mes côtés
les êtres les plus susceptibles de vouloir rapidement s'asseoir
: les filles !
Ca n'a pas loupé puisque la plus jolie bipède de la
soirée, une blonde grâcile, vint rapidement m'y rejoindre.
Effet de mes oeillades appuyées ou de l'heure vespérale
? Toujours est-il que sa charmante présence et les quelques
mots émis de sa voix suave me permirent de mieux supporter
les trois prestations qui allaient précéder l'entrée
en scène d'ISN.
On
commence avec les Français d'ICK,
sortes de hérauts benêts d'extrême droite de la
cause anti-capitaliste, qui ont saoûlé leur monde avec
leur mélange de chanson réaliste déclamée
par une voix saturée et de boucles électroniques maladroites
et naïves.
Leur seul mérite est d'avoir vu "Les Valseuses" et
d'avoir samplé un passage de leurs dialogues ("France
de merde..."). Une espèce de rap pétainiste qui
rappelle que le "S" de "NS" veut dire socialiste...
Et en plus, ils ont joué une bonne heure, putain, ça
n'en finissait plus. La blonde n'a pas du tout apprécié,
chose en quoi je l'ai parfaitement approuvée (de toute façon,
elle aurait pu, sans sourciller, me faire avouer le meurtre de Kennedy
et le vol de la Joconde...)
Vient
ensuite Wappenbund.
Ce trio allemand évolue dans un registre un peu plus organique
puisque ses séquences lourdes et glauques sont relevées
de percussions live. On a même vu (mais pas entendu) une guitare,
c'est dire... Pour être tout à fait honnête, leur
prestation, très froide et très puissante, n'a pas été
mauvaise et cet ambient rituel accompagné d'un chant en allemand
a relativement bien passé l'écueil scénique.
Si je dis que l'ensemble est répétitif, on va me traiter
de "mec qu'a rien compris" vu que la répétitivité
est un des fondements de la musique électronique. Certes, mais
ISN allait montrer que cette loi n'est pas d'airain. Et je dis donc
que sur la fin de Wappenbund, je me suis un peu emmerdé.
Le
cas de Karjalan Sissit
est beaucoup plus limpide : foutriquets ils sont, foutriquets ils
resteront. J'ai déjà dit sur ce site à quel point
leur album est médiocre, combien il repompe tout ce qui se
fait en indus-ambient-sympho depuis 10 ans, à commencer par
ISN. Eh bien, alors que d'autres auraient profité de leur passage
sur scène pour donner un petit coup de boost à leur
musique asthénique, eux ont au contraire trouvé le moyen
de la rendre encore plus indigeste par le recours trop massif à
des passages bruitistes. Ils n'ont même pas eu l'intelligence
de pousser un peu les passages orchestraux qui garnissent certains
de leurs morceaux, l'ensemble étant noyé dans des séquences
bêtasses et sans réelle consistance.
Ajoutez des images de fond tout à la gloire de l'armée
finlandaise et de la vie au grand air dans les années 40 en
Karélie, et vous obtenez une sortie complètement ratée,
bien à l'image du groupe. Suomi, Finland, mais pas Perkele
!
J'en
étais à me dire qu'un concert électro était
décidément voué à la médiocrité
et redoutais d'être effroyablement déçu par ISN.
Pour la déception, tu repasseras !
In Slaughter Natives
a donné une prestation d'une puissance et d'un relief rares.
Il faut en premier lieu louer l'intelligence de J. Havukainen qui
a délibérément choisi de ne jouer que peu de
morceaux déjà connus, nous gratifiant au contraire de
ce qui m'a semblé être pour la majeure partie des inédits.
On n'avait ainsi nullement l'impression d'assister au simple passage
d'un disque à volume élevé. D'autant plus que,
pour électronique qu'elle était, la musique laissait
tout de même une réelle place à l'humain. D'une
part au travers des coups de percus que l'instrumentiste placé
à gauche d'Havukainen distillait en tapotant sur un capteur
digital de son engin.
Et d'autre part, grâce à la forte présence scénique
d'Havukainen qui, au choix, murmure, gronde, hurle ou gémit
sur tous les titres.
Les rythmes sont carnassiers, les samplings orchestraux jaillissent
comme des diables, les sons sont triturés, mélangés,
les cloches vont du glas au tocsin... Cet ensemble vous fait taper
du pied et headbanger aussi sûrement qu'un Cathedral entonnant
"Midnight mountain", c'est dire. On est à mille lieues
du profond ennui qui avait émaillé la soirée
jusqu'ici. On parle maintenant de vrai concert, de vraie prestation
scénique, de son qui pète et vous saute à la
face. D'ailleurs, détail révélateur, j'ai dès
le second morceau quitté mon banc et sa gracieuse garniture
afin de me placer au milieu de la salle et en prendre plein les étiquettes.
Ce fut chose faite, et bien faite. D'autant plus qu'ISN eut tout de
même la magnanimité de jouer trois titres de son mythique
"Enter now the world", moment de pure félicité,
à peine gâché par un léger problème
technique au début d' "Angel meat".
Je ne puis achever cette chronique sans parler de ce qui contribua
brillament au climat malsain installé par ISN : les images.
L'écran distilla pendant l'heure de cette prestation des choses
d'une cruauté parfois insoutenable telles ces vues de cadavres
jetés en proies aux vautours comme le veut la coutume dans
une certaine partie de l'Inde. Il fallait oser. Il a.
Les 150 personnes présentes ce soir, pourront un jour dire
"j'y étais".
Elles ont à l'évidence vécu un grand moment et
pour celles dont la musique était la principale motivation,
les souvenirs en resteront longtemps vivaces.
Maintenant, on veut Raison d'Etre, et vite !
Alexis
Kieffer - Decibels Storm - octobre 2004