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FURYFEST
Le Mans , Parc des Expositions - 24, 25 et 26 juin 2005.
Trois jours de folie furieuse et une affiche de malade, c'est ce que proposait le Furyfest pour cette fin de mois de juin. Enfin un festival d'envergure en France pour les musiques extrêmes, avec une programmation à l'esprit ouvert et sans esprit de clocher ! Le public ne s'y est pas trompé, et a fait honneur à ce projet ambitieux en se déplaçant en masse au parc des epxositions du Mans, dans une très bonne ambiance de fiesta. Chapeau bas à l'équipe d'organisation pour ce pari réussi en termes de programmation et d'affluence, et gageons que les déboires comptables de la structure n'hypothèqueront pas une prochaine édition. En attendant donc un éventuel Furyfest 2006, l'équipe de Decibels Storm a fait le pélerinage et vous rapporte ses impressions !
live-report de Alexis Kieffer, Christophe Noguès et Patrick Etuy
photos : Christophe Noguès
remerciements à l'équipe presse du FuryFest.
1er jour : vendredi 24 juin
AK : Je n'épiloguerai pas sur mes forts regrets de ne m'être point muni d'un couvre chef au moment d'affronter les deux bonnes heures de cagnard qui furent nécessaires pour retirer nos accréditations... Ce serait d'autant plus indécent que j'ai cru comprendre que certains, pourtant bien méritants, en avaient été privés in extremis pour des raisons discutées.
C'est donc déjà bien bronzés que nous franchissons l'enceinte de ce qui s'avère être le plus gros festival extrême jamais organisé en France.
Ma première préoccupation, l'humain est ainsi fait, est de mendier un bouchon de bouteille d'eau auprès des stands de nourriture afin d'en munir la mienne puisqu'il avait été décidé que les bouchons étaient interdits sur les bouteilles venant de l'extérieur mais autorisés sur celle vendues à l'intérieur. Une sorte de préférence nationale quoi...
Le site est vaste, la déco de certain stands est plutôt réussie et il règne une ambiance bonne enfant qui fait plaisir à voir.
Les t-shirts Darkthrone côtoient sans animosité les baggies et aucun fan de Slayer ne tente de piétiner les punks qui déjà jonchent le sol : une belle cérémonie !
Petit tour des salles, dans l'ordre, la Velvet, puis la Rotonde et enfin la Mainstage. Première certitude : il va faire chaud.
Premier contact musical : Uncommonmen From Mars, sur la mainstage. Les Français jouent une pop-punk sur laquelle il m'est assez difficile de disserter tant elle m'est étrangère. Tout au plus peut on se réjouir que le son apparaisse bon sur cette scène et qu'en outre, cette salle qui a la plus grosse capacité, soit relativement aérée.
C.N. : Amen ! Non je ne suis pas croyant mais ce fut ma première réaction quand le groupe de Casey Chaos entra sur scène. J’avais entendu tant de bien sur leurs prestations scéniques t leur album « We have come for your parents » avaient tellement marqué mon esprit que je m faisais une joie de les voir enfin sur scène. Ce fut une petite déception… Le concert ne fut pas mauvais, mais la sauce ne prit pas vraiment. La faute à un Casey en faisant trop ? Je ne sais pas. Mais le show fut en deçà des capacités du groupe. Correct mais sans plus.
Un petit tour dans la forum stage pour voir les belges d'Arkangel tout casser sur scène. Leur deathcore est ultra puissant et leurs riffs vous arrachent la tête. Du gras et du lourd ! Bonne surprise.
A.K : on, en fait, la plus grosse attente de l'après midi concerne Cult of Luna, Jesu et High on Fire. Eh bien, (presque) personne ne les verra car leurs horaires de passage ne seront absolument pas respectés. Jesu a finalement joué une demi-heure en début de soirée, High on Fire en fin de soirée, pendant My Dying Bride, et Cult Of Luna, je ne sais même pas quand... Et dans les trois cas, sans que jamais ces modifications d'horaires n'aient été annoncées. Donc : pas vus. Donc les putains de boules. Grosse boulette, grosse déception.
Plus positif : le set de Sick Of It All (mainstage). Les New Yorkais ont asséné avec une classe insolente trois gros quarts d'heure de pugnacité et de tonicité et auront réussi l'exploit de ménager une empathie réelle avec le public alors même que leur hardcore ne s'exprime jamais mieux qu'en club habituellement. Prestation sans surprise, certes, mais également sans aucune faute de goût, sans répit, avec un son excellent et un état d'esprit remarquable.
C.N : Une fois de plus, les frenchies d'Anorexia Nervosa nous ont offert une excellente prestation. Avec puissance, ils enchaînent les meilleurs morceaux de leur répertoire. Même si le son n'est pas parfait, ils semblent moins desservis que certains des groupes qui les ont précédé sur la forum stage.
Ils finissent leur set sur le récent mais déjà classique "Sister September". Mais après quelques secondes, les Anorexia Nervosa ont le droit à un petit rappel et c'est avec plaisir qu'ils nous balancent leur reprise des "Tsars" d'Indochine. Vu la réaction du public, ils auraient même mérité de jouer dans la grande salle. Du tout bon.
A.K. : Viennent ensuite Patton et sa suite de Fantomas. Evidemment, une telle musique n'est pas forcément le meilleur remède à une déception qui ne passe pas d'avoir raté les trois groupes cités plus haut. Tourmentée, imbittable, chaotique... la musique de Fantomas n'est pas de celles qui adoucissent les moeurs, ni même consolent... Elle empêche toute accoutumance et finalement toute implication, surtout sur une scène aussi grande que la mainstage. Le batteur Bozzio est certes un monstre et Buzz Osborne place çà et là des riffs d'une mammoutherie étonnante... mais juste derrière, c'est le bordel organisé. C'est Fantomas quoi, à quoi bon feindre de le découvrir.
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N'ayant pas écouté leur album commun, mais connaissant leur aptitude au chaos, c'est sans aucune réelle attente que je me rendais au concert de Jello Biafra and the Melvins . Et alors que je m'attendais à du gros bordel, nous eûmes en fait droit à un heavy punk d'une grande classe, avec un Jello Biaffra chantant étonnament juste, fort et, pour tout dire, bien. Si j'osais, j'avancerai l'appellation de Glenn Hughes punk. Lyrique et présent physiquement, Biaffra m'assoit littéralement. Derrière, les Melvins sont tout bonnement impeccables dans leur rôle de locomotive infatigable. Excessivement carré, ce set est une sacrée bonne surprise. Jello Biaffra raconte certes beaucoup de conneries entre les morceaux, mais je m'en fous, du moment qu'il assure pendant ces derniers. Et c'est bien le cas, à 100%. En voilà un qui justifie son cachet.
C.N. : Jello Biafra, le chanteur culte du groupe punk culte Dead Kennedy's, patron du label culte Alternative Tentacles, et hurleur sur les albums de Lard, le projet culte de metal-punk-indus d'Al Jourgensen de Ministry, était au Fury Fest ce soir pour une date unique en Europe, accompagné du groupe culte de Seattle les Melvins. Soirée culte en perspective !!
Jello Biaffra n'est même plus un simple chanteur, c'est un véritable maître de cérémonie, déclamant, mimant et gesticulant sur chacun des morceaux, se lançant dans des diatribes engagées contre l'Amérique conquérante, pollueuse, libérale et guerrière. On en attendait d'ailleurs pas moins de celui qui était déjà le poil à gratter des fascistes, républicains et autres puritains américains, il y a déjà plus de 20 ans.
Et derrière lui, les Melvins assurent comme jamais. Ca riffe sévère et ça cogne dur.

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Il y a une justice : Lacuna Coil qui n'avait absolument pas sa place sur ce festival joue dans ce four à merde qu'est la Rotonde et son acoustique absolument dégueulasse. Leur prestation sera à leur image : inutile, sans saveur, incolore, inodore... Aucun cliché ne nous est épargné, aucune complaisance n'est évitée...Un concert de Lara Fabian ne doit pas être beaucoup plus fade.
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Consolation : My Dying Bride, aux alentour de 23h00, exact, a été somptueux et ceci est d'autant plus remarquable qu'ils ont joué dans la Rotonde. Le groupe a délivré une prestation majestueuse, avec comme à l'accoutumée cette formidable capacité à vriller les esprits lors de passages en mid tempo dévastateurs.
Seul bémol, une setlist discutable, faisant par exemple l'impasse sur "For you". Mais Aaron est excellent, surtout dans ses parties agressives. Les Anglais ont réussi l'exploit de créer un climat d'intimité glauque et froide dans cette fournaise qui était tout sauf destinée à rendre justice à une quelconque recherche d'atmosphère. Très fort, mais on le savait déjà.
C.N : Anthrax : Belladonna chante encore bien mais il fait un peu vieille pute sur le retour, et niveau charisme ou présence scénique il n'arrive pas à la cheville de John Bush. Dan Spitz fait son truc dans son coin et semble sortir d'un lifting ou d'une séance d'UV et Frank Bello prend des poses à la con (genre toutes les 5 minutes il pointe son doigt vers le fond de la salle ou vers quelqu'un).
La prestation est certes carrée et puissante, ça fait plaisir d'entendre tous ces hits, notamment ceux issus de "Among The Living", et j'ai pris du plaisir à les voir sur scène, mais on ne m'enlèvera pas de l'esprit que ça reste 2 crans en dessous de l'unité et de l'énergie qui régnait au sein d'Anthrax sur la tournée de l'année 2004. Cette reformation est là pour faire du fric (certes Anthrax en a plus besoin que Metallica…) et j'espère que ça ne va pas durer trop longtemps. Charlie paie tes impôts et arrête les conneries ! John Bush rules !
2ème jour : samedi 24 juin
C'est dans un état proche de l'Ohio que nous débarquons sur le site du festival pour ce deuxième jour de Furyfest (notre petite équipe n'ose pas imaginer dans quel état nous serons à la fin de ces trois jours de bruit et de fureur)...
P..E. : Après quelques déambulations hagardes, nous nous réveillons pleinement avec le set réussi de The Old Dead Tree : les Parisiens sont montés en puissance au cours des derniers mois, et cette venue au FuryFest, bien qu'un peu matinale, est une preuve supplémentaire de leur reconnaissance nationale. Une reconnaissance toute méritée au vu de leur prestation sans faille, leur dark rock intelligent et émotionnel trouvant vite un écho auprès des spectateurs, malgré une apparition en début de journée pas évidente à gérer en terme d'atmosphère et de motivation du public. un set qui a convaincu toutes les personnes présentes que la voie est ouverte à The Old Dead Tree pour de grandes choses.

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C.N. : Coprofago fut une véritable découverte, je connaissais le groupe de (bonne) réputation, mais je n'avais jamais entendu une seule note de leur musique. Leur death-thrash technique et expérimental a de quoi dérouter de prime abord, mais se révèle finalement très attractif au bout de quelques morceaux. Et à avoir et entendre les réactions du public, ils y avaient des connaisseurs dans la salle !
Cephalic Carnage est le prototype du groupe de chez Relapse Records : une vraie bande de fous furieux qui fait de la musique de fous furieux ! Leur grind stoner est aussi efficace sur scène que sur disque, et le groupe se donne à fond. Une excellente prestation.

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A.K : Immolation s'est réellement tiré avec maestria de ce Vietnam sonore que constituait la Rotonde. Leur set est mené tambour battant, avec une envie et une constance qui font plaisir à voir s'agissant tout de même de vétérans qui ont assurément écumé tous les continents sans jamais recevoir le succès qu'ils méritent en terme de business. Mais leurs fans sont heureusement de leur trempe, c'est à dire décidés. L'accueil est donc plus qu'excellent et le concert prend vite des allures de triomphe. Le groupe régale le public de sa technique sans faille, de sa hargne, de son unité hors du commun : un vrai bloc, parfaitement soudé et alors même que leur batteur historique (Alex Hernandez) n'y est plus. Assurément de grands messieurs. La demi-heure est très vite passée.

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C.N. : Ayant loupé Dissection sur scène au mois de novembre à Lyon (regrettable erreur…), je me faisais une joie de les voir ici. Un oral de rattrapage en quelque sorte. Quelle déception ! Le son fut pitoyable, et de fait les morceaux à peine reconnaissables. Visiblement, les Suédois se déplaçaient sans ingénieur du son…
A moins que ce ne soit, Dave Mustaine qui ait arrosé leurs amplis d'eau bénite ?
Enorme déception
A.K. : La venue de Dissection au Fury Fest avait tout pour plaire : la perspective de voir un culte, un contentieux avec Dave Mustaine, des concerts précédents dont il a été dit le plus grand bien. C'est donc avec un début d'érection que je me place, à l'avance, devant la mainstage, étant convaincu que les Suédois vont dispenser à tous les autres groupinets une sacrée leçon d'iveulitude. Un mauvais a priori cependant : nous en sommes en plein jour (18h00) et je me demande bien comment ladite iveulitude va rendre en diurne. Le début de "At the fathomless depths" (samplé semble-t-il) m'arrache à ces pensées outrecuisantes. Et puis, lorsque l'intro est terminée, la batterie démarre... Et je sors !!!!!!! Oui, je me casse... Car quelle honte, quelle affaire pathétique, quelle grosse merde !!! Le son est en effet le pire que l'on puisse imaginer. La batterie, elle-même dégueulasse, n'en est pas moins ultra-sur-mixée et bouffe littéralement tout l'espace sonore. On n'entend ni voix, ni guitare, ni basse... Affligeant... Comme prévu, le jour finit de casser toute ambiance et les mecs qui sont sur la scène, et que j'ai du mal à qualifier de "Dissection" passent dès lors pour des pitres de la dernière espèce. Je ne sais à qui incombe la faute, mais ce qui est en revanche clair, c'est qu'elle ne peut retomber sur l'acoustique de la salle puisque la mainstage a procuré aux groupes un son très acceptable pendant tout le week-end.
On fait les comptes : Jesu, High on Fire et Cult Of Luna, pas vus.
Dissection : à chier
Ah, on peut dire que j'ai le pot...

C.N. : Depuis quelques années, Dark Tranquillity est devenue une valeur sûre en ce qui concerne la qualité des prestations scéniques, et une fois de plus ils nous donné une belle leçon de métal. Avec un show similaire à celui de leur récente tournée avec Kreator, ils ont enchanté un public acquis à leur cause.
Il est vrai qu'il est difficile de résister à "Wonders At My Feet", « Punish My heaven » ou à un "Final Resistance" !
J’ai déjà vu mieux de ces suédois mais ça reste du haut niveau.

C.N. : Le concert de Kreator fut excellent : son puissant, interprétation sans faille, une set-list imparable (Impossible brutality, People of The Lie, Extreme Aggression, Pleasure To Kill, Violent Revolutions, etc), et un public au taquet. Mille Petrozza est un excellent frontman, qui sait haranguer la foule. Tout bonnement génial.
A.K. : Après Dissection, on se disait qu'une longue expérience si possible non entrecoupée de périodes carcérales était encore le meilleur des vaccins contre les prestations mauvaises. De l'expérience, c'est justement ce dont Kreator a à revendre. Les Allemands attaquent comme on pouvait s'y attendre avec le titre éponyme de leur dernier disque, "Ennemy of God". Ben mes vieux, ça allume sévère. Et ça continuera. Kreator va littéralement mettre le public à genoux par sa violence, sa dextérité, sa hargne et sa maîtrise. Le groupe va balayer l'ensemble de son répertoire et délivrer si ce n'est la meilleure prestation du festival, en tout cas l'une des plus cohérentes. Mille Petrozza et son chant si bileux vont convertir à la cause du thrash teuton même les moins érudits en cette matière qui doivent bien admettre que c'est bien un grand groupe qui joue, là, devant eux. Merci.
Et puis, c'est décidé : je reste encore dans la mainstage... La fatigue, sans doute. A ce moment là, c'est Turbonegro qui sy' présente. Je ne vais encore pas faire mon prétentieux : je ne connais pas le groupe. Mais fort de l'expérience Melvins/Biaffra de la veille, je pars cette fois sans a priori. Bien m'en a pris puisque le groupe aux trois guitaristes a délivré une prestation bluffante. Rarement heavy-rock aura aussi bien sonné, surtout sur une grande scène. Au delà de l'attitude bouffonesque du groupe qui arbore un look Village People des plus hilarants et joue à fond la carte "bad-gay-boy", il s'agit d'un concert extrêmement solide. Un concert au cours duquel même un novice comme moi ne s'ennuie pas un seul instant. A comparer, comme ça, j'y pense, à la prestation boursoufflée de Glucifer en première partie de Monster Magnet il y a un an...Y'a pas photo. A revoir d'urgence dans un club.
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Si Enslaved avait joué en premier groupe de la première journée, on aurait a priori trouvé scandaleux de les voir confinés sur la Velvet, scène la plus petite. Car, il faudra s'y faire, Enslaved est désormais énorme, fort de son dernier album, "Isa", consacré à l'échelle mondiale comme l'une des 2 ou 3 plus fortes réussites de l'année 2004. Et pour une fois, le public suit.
Ayant cependant pu apprécier l'horreur du son qui accompagne les prestations dans la Rotonde, et étant acquis que la mainstage aurait été trop grande (même si des groupes bien plus mineurs l'ont foulée, allez comprendre...), le choix de la Velvet est finalement bon.C'est donc devant une salle comble (à vue de nez, 2000 personnes) et une atmosphère subtropicale qu'Enslaved se produit. Premier constat : le son est énorme.
Le groupe a choisi de piocher dans les titres d'"Isa", dont l'éponyme, pour débuter le concert. C'est carton sur carton. Enslaved démontre une maîtrise d'autant plus étonnante que cette entrée définitive dans le monde des professionnels ne s'accompagne d'aucune complaisance, d'aucun adoucissement. Le chant black de Gruttle est haineux, les parties de batterie sont cataclysmiques, quant aux riffs d'Ivar, ils sont toujours taillés dans le roc, même si ce dernier est désormais plus ouvragé. Seul le chant clair du claviériste tombe parfois un peu à côté, mais on m'a dit qu'il s'agissait manifestement d'un problème de retours, puisqu'à Paris tout s'était très bien passé pour lui. Enslaved ira ensuite explorer les titres plus anciens de son répertoire, remontant même jusqu'à son premier album, histoire de bien prouver (mais qui en eût douté ?) qu'ils ont toujours l'âme noire. Cette prestation fut un condensé d'intelligence et d'intensité, d'authenticité et de modernité. Il s'agit définitivement pour moi DU concert du festival. Enslaved apparaît désormais hors d'atteinte de la part des autres groupes extrêmes et ira maintenant, c'est certain, chercher ses concurrents dans la catégorie du dessus. Jamais depuis Carcass un groupe undergound et honnête n'a été aussi près de décrocher la grosse timbale. Espérons que cela finira mieux, c'est à dire : pas.

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Malgré les litres de flotte perdus pendant le concerts d'Enslaved "in the sauna", je parviens à me hâter suffisamment pour ne pas rater une miette de celui de Neurosis, dans la Rotonde. A ce sujet, je comprends mal qu'un tel événement (concert européen unique) soit programmé dans ce hangar à la sonorité chiottesque. Il n'y aurait eu strictement aucun scandale à ce que Neurosis prenne occupe la tête d'affiche du premier jour à la place d'Anthrax. Ou même, j'ose, de Megadeth, ce samedi. D'autant que les racines du festival, comme celles de Neurosis; sont hardcore... Passons.
Dire que Neurosis a été grand n'est pas juste. Il a été écrasant et en même temps libérateur. J'ai rarement assisté à un tel enlèvement littéral du public, constamment happé par les ambiances de fin du monde distillées par le groupe. Voici encore une prestation qui respire l'intelligence et la science de la scène. Se concentrant sur leurs réalisations les plus récentes, donc les plus lentes et les plus oppressantes, Neurosis utilisa à merveille ce qui les caractérise, à savoir l'alternance de passages aliénants, avilissants et de décharges violentes et libératrices. La pesanteur du son et du climat atteignent allègrement leur objectif : la nombreuse assistance comprend qu'elle est en train de subir un viol auditif en règle et qu'en plus, elle aime ça... Du boulot en perspective pour les psys ! En tout cas, la confirmation n'est pas surprenante : Neurosis est TRES grand. Peut-être le plus grand de ce festival (ceci n'enlevant rien au report d'Enslaved, car nul ne conteste que Neurosis est en taille plus gros qu'Enslaved).

C.N. : Même si Megadeth a longtemps fait partie de mes groupes favoris (Rust In Peace reste toujours un de mes albums de chevet), les dernières années de la carrière "pre-split" avaient eu tendance à me saouler. J'étais aussi resté dubitatif à l'annonce du retour de Dave Mustaine, malgré la bonne tenue générale de "The system has failed". Qu'allait donc donner une formation composée uniquement de nouveaux musiciens sachant que Megadeth n'a jamais été un extraordinaire groupe live au contraire de Slayer ou Metallica ? Et bien c'est simple… ça tue ! Oublié le jeu batterie de Nick Menza, oubliées les lignes de basse de Dave Ellefson et oubliés les 3/4 des guitaristes solos (on ne peut oublier la virtuosité de Marty Friedman…). Si ce n'est la voix de crécelle de Mustaine, la technique et la puissance des musiciens est au top. Et le son fut plutôt bon.
C'est dire le plaisir à l'écoute de cette série de classiques (Peace Sells, Hangar 18, Tornado of Souls, In My Darkest Hour, Symphony Of Destruction) soutenus par un public visiblement heureux.
Le concert se termina sur l'énorme "Holy Wars", véritable classique parmi les classiques. Excellent !
3ème jour : dimanche 25 juin
C.N. : Il fallait se lever tôt ce dimanche pour voir le concert de Furia et je fus de ceux-là… Les maconnais ont la pêche et Damien le chanteur bouge ses fesses pour réveiller un public endormi par 2 jours de concerts et d’excès en tout genre. Et en quelques morceaux, la sauce prend ! Récents comme anciens, les titres sont bien accueillis et Furia reçoit tous les applaudissements qu’il mérite. Un petit featuring de notre barbu et bedonnant cher ami Frank Arnaud plus tard, Furia quitte la scène avec la certitude d’avoir mis les metalleux de la main stage dans sa poche. A bientôt !
Ce fut un réel plaisir de retrouver ces guignols d’Ultra Vomit sur la Main stage ! Le trio n’arrête pas de déconner et son chanteur sort une vanne toutes les 30 secondes mais… quand ça joue, ça le fait grave ! Leur grind fun et bon esprit fonctionne parfaitement sur scène. Résultat : concert trop court ! On en aurait bien repris un petit quart d’heure de plus !
P.E. : un autre ovni de la journée fut sans conteste le débarquement sur la scène de la Rotonde des allemands de Knorkhator, une bande d'énergumènes complètement improbables, vétus de tenues de latex argentées façon catcheurs tendance disco et délivrant un set à base de thrash partant dans tous les sens ! Pas déplaisant mais carrément cosmique !
Comme celle de Lacuna Coil la veille, la présence à l'affiche d'Epica peut laisser perplexe : certes on saluera le pragmatisme et l'ouverture d'esprit des organisateurs, qui ont sûrement pris acte de l'engouement énorme que suscite les désormais fameux "groupes à chanteuses" auprès du public Metal, mais bien que je sois amateur du genre et des deux formations en particulier, il faut reconnaitre que les deux groupes étaient en décalage avec le reste de l'affiche, globalement hardcore et Metal extrême. Pour en revenir à Epica, le show du Furyfest, très honorable, n'a fait que confirmer nos précédentes impressions sur les prestations live de ce groupe hollandais : un jeu carré mais décontracté, une chanteuse affolante de charme et qui sait tenir sa scène et son public, et une fois encore un recours trop massifs aux samples, notamment sur les choeurs, qui donnent la désagréable impression que Simone Simons repose parfois sa voix grâce à cet artifice.
A.K. : Comme celle de Lacuna Coil, la présence ici d'Epica constitue pour moi une incompréhension de première grandeur. D'autres en parleront donc mieux que moi.
Des qui ont toute leur place ici en revanche, ce sont bien les ricains de Mastodon !
Pas fâché de voir les fauves en vrai...Leur prestation est sans histoire, carrée, lourde, massive. On regrette presque qu'il y manque un degré supplémentaire, au choix, de violence/folie/spontanéité. Le métier entre à grands pas, il n'y a pas de doute. Pas un hasard finalement qu'ils tournent avec Slayer. Ne boudons pas : il s'agit d'un concert plus qu'agréable : excellent. C'est sans doute à ceci qu'on reconnaît les grands ou futurs grands : l'excellence ne suffit plus !

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P.E. : J'étais particulièrement impatient de revoir Illdisposed, après la bonne surprise du concert parisien quelques semaines auparavant. Direction donc la Velvet Stage pour soutenir les Danois ! Las, le groupe débarque sur scène et explique rapidement que l'ordinateur qui pilote leurs samples et autres boucles a été paumé lors de leur transfert. Il faut dès lors constater que sans ses arrangements électroniques malins et dévastateurs, Illdisposed se retrouve dans la peau d'un banal groupe de thrashcore à la prestation certes honorable, mais un peu ronronnante et qui perd de sa saveur au fil des minutes ; Grosse déception au vu de leurs précédentes prestations alcoolisées mais démentielles.
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C.N. : Soilwork est devenu un bon groupe de scène. Aujourd’hui, le groupe se donne à fond, et quand résonne, les 1er accords de « Stabbing The Drama »… on se dit que ça le fait carrément ! Et le public ne s’y est pas trompé en répondant massivement aux injonctions de Speed. Y’a pas à dire, ils sont forts ces suédois !
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A.K. : N'ayant pas encore subi ma première grosse suée de la journée, je me dis que le passage de Behemoth sur la Velvet stage est là une excellente occasion de réparer ce manquement... Fidèle à sa réputation, la salle est en bien le four escompté, et l'effet est immédiat : moins 5 litres d'eau dans le corps...
L'eau, c'est manifestement ce à quoi carbure Behemoth, car ils tiennent une de ces formes ! Après, savoir si la musique qu'ils jouent depuis 2 albums est ou non une grosse arnaque commerciale, je laisse ça à d'autres, plus taliban encore que moi. Toujours est il qu'au vu du "carré" de leur prestation, on peut d'ores et déjà affirmer que la lourdeur de leur son sur album n'est pas uniquement une question de studio : il y a de la technique et de l'expérience derrière tout ça. Malheureusement, ce set quasiment entière basé sur leurs titres death récents n'a pas su véritablement créer l'ambiance et si l'on est 1000 fois au-dessus de ce que servit Dissection, on est en revanche loin d'Enslaved par exemple. Oui, ce fut carré...
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C.N. : In Flames, comme la plupart des groupes suédois présents, est un groupe rodé à la scène. Les morceaux s’enchaînent, l’énergie est là, le public répond massivement (« Only for the weak »), mais il manque le petit plus qui transforme un bon show en super concert. Très agréable quand même !
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A.K. : En terme d'affiche, le passage d'Obituary est à peu près au dimanche ce que Dissection était censé être au samedi : placé juste avant les plus grosses pointures, avec pour objet avoué de rasseoir une gloire passée immense. Fort heureusement, le prestation d'Obituary ne fut en rien comparable avec la mascarade du groupe dont je ne veux même pas citer le nom une nouvelle fois. Le son est mammouthesque : on suffoque. C'est lent, rugueux et culte. Et aussi, un peu convenu ? Oui, un peu... Deux titres du nouvel album sont lâchés : ce sera du sans surprise. Au delà de ça, il faut quand même avouer que le pied est immense d'entendre tous ces classiques, surtout piochés dans "Cause of death". Ce qui engendre d'ailleurs une réelle frustration : pas de "The End complete", pas de "Final thoughts", pas de "Splattered"... Eh oui, il manquait vingt bonnes minutes pour que le compte y soit. Il faut dire que le groupe a commencé avec 10 minutes de retard, et a fini à l'heure, ce qui n'arrange rien. Un goût d'inachevé pas très agréable donc. Dommage.
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Un léger détour par Napalm Death, pour s'assurer que le groupe est bien forme : il l'est. Cette confirmation acquise, on quitte la Rotonde car :
- la température n'y est plus supportable
- on en a marre du bruit (eh oui...)
Le set de Motörhead n'appelle strictement aucun commentaire, si ce n'est qu'il confirme que le groupe a définitivement tourné la page du "bruit pour le bruit". Il s'agit désormais d'excellents concerts de heavy'roll, un point c'est tout. L'âge sans doute... Sans doute aussi lui qui fait que Lemmy (qui se teint les cheveux, ma main à couper) soit aussi statique... Un show très très très pépère.
C.N. : Un petit tour vers la Velvet Stage pour entendre quelques excellents accords des vikings d’Amon Amarth. La salle est bondée, la chaleur est insupportable, et je ne peux même pas accéder à l’avant-scène pour prendre quelques clichés. Tant pis, je sors et prends une bouffée d’air frais. Ouf !
A.K. : On a l'impression que chaque festivalier a gardé une petite réserve d'énergie pour le dernier concert : Slayer. On n'épiloguera pas sur les circonstances financières qui ont entouré la venue du groupe. Mais il est clair qu'à ce prix là, ils avaient intérêt à s'enlever le doigt de l'anus !!! C'est ce qu'ils ont fait, mais alors, là, bien comme il faut ! Déjà, la setlist est exemplaire. Mis à part un petit détour obligé par "Disciple", le dernier album est totalement ignoré, de même que "Diabolus..." et "Divine intervention". Je discuterai un autre jour sur le terrible aveu que ceci représente. Pour l'instant, qu'on me permette de goûter ma joie sans retenue. Pensez donc, un show entièrement basé sur des titres anciens, dont un putain de "Black magic" qui m'a vraiment fait plaisir. "Season in the abyss" apparaît comme le disque le plus utilisé puisqu'on retrouve outre les obligatoires "War ensemble" et "Season in the abyss" (écourté), "Spirit in black", "Dead skin mask" et "Blood red". Juste derrière, il y a "South oh heaven", avec l'éponyme, "Silent scream" et "Mandatory suicide". Après, ce sont d'autres incontournables : "Raining blood", "Angel of death" et "Postmortem". Le groupe assène une heure et quart de guerre, devant un public qui tire ses dernières cartouches et se livre à fond. Alors je préviens aussi que pour ce qui est de savoir si Arraya devrait faire une petite cure de pastilles Pulmol ou si Hanneman gagnerait en crédibilité s'il arrêtait de croire que sa guitare peut jouer toute seule, ce sera pour plus tard également. Là, j'ai pris une grande claque finale, et je ne veux pas en savoir plus.
C.N. : Slayer monte sur scène devant une audience toute acquise à sa cause mais assez fatiguée. D'ailleurs, Tom Araya l'a bien remarqué, se fendant d'un "It's been a long day, no ?". Même si le jeu de scène des dieux du thrash restent le même, la set-list se trouve elle enrichie de morceaux que l'on n'avait pas entendu depuis un moment sur scène : "Spirit in Black", "Necrophiliac", le vieux classique "Black Magic" et l'excellent mais trop rare "Silent Scream". Pour le reste, c'est carnage sur scène avec la collection de hits habituels "South of Heaven", "Season in The Abyss", "Raining Blood", "War Ensemble" et la petite douceur finale "Angel of Death". Dave Lombardo cogne sur ses fûts d'une telle force que cela en devient effrayant, et la paire de chirurgiens-bouchers guitaristes enchaînent riffs et solos avec fureur.
A.K. : C'est éreintés, dégoulinants, sales et barbus que nous quittons le Fury Fest 2005. Vivement la douche !
Histoire de bien remuer le couteau dans la plaie, j'ai commencé à écrire ce report en écoutant le dernier album de High on Fire, ce qui m'a fait derechef maudire les regrettables cafouillages du premier jour, car je le confirme, ce groupe tue et j'envie jusqu'à la septième génération ceux qui ont pu assister à leur prestation.
Ceci dit, dans la mesure où les trois groupes déprogrammés de la première journée ont tout de même fini par jouer, on peut franchement affirmer que le line-up de cette édition 2006 était jubilatoire. Il aurait pu l'être encore plus si des fautes de goût telles que Lacuna Coil et Epica n'avaient pas été commises et si un ou deux groupes dark avaient été programmés en sus (Paradise Lost ? SUP ? Anathema ?). Ceci est un avis strictement personnel et la vérité demeure que ce festival bourré jusqu'à la gueule en avait sacrément... de la gueule !
Alexis Kieffer, Christophe Noguès et Patrick Etuy
- Decibels Storm - juillet 2005
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