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DEEP PURPLE - Sed Lex
Toulon, le Zénith Omega - mardi 28 octobre 2003
 

Première remarque, un peu chauvine, mais néanmoins sincère : décidément, quelle belle salle que ce Zénith de Toulon. Bonne acoustique, belle disposition des gradins, abords agréables : cela méritait d'être souligné à l'occasion de la 10ème année d'exploitation de la salle. (Et, entre les lignes : faites jouer les groupes à Toulon plutôt qu'à Nice ou à Marseille !)

Concernant la prestation des Français peu connus de Sed Lex, disons qu'ils symbolisent tout ce dont le metal est en train de crever : référence constante au heavy des années 80, total défaut d'originalité, absence absolue d'attraction sur les jeunes et du moindre grain de folie…
Si l'on met de côté ces défauts, qui, vu l'âge moyen avancé de l'assistance ne constituaient ce soir pas une tare rédhibitoire, on peut dire que Sed Lex s'en est bien tiré. Leur heavy-metal bon enfant entièrement dévoué à la cause maidenesque est bien passé, le niveau technique du groupe étant bon, le son très clair et la présence scénique des musiciens correcte, malgré un chanteur prononçant l'Anglais à peu près aussi bien qu'un politicien français bien connu. Un bon chauffe-salle, même si un groupe plus teinté blues-rock eût peut-être été préférable.

Deep Purple arriva sur scène aux alentours de 21h15 pour honorer son seul concert sur le sol de France. A vue de nez, ce sont environ 3000 personnes qui ont pris place dans le Zénith. C'est peu pour un groupe comme Deep Purple. Mais au vu de la promo quasi-inexistante, le nombre est finalement respectable. D'autant plus que le public sera excellent pendant tout le concert, manifestant avec ferveur l'enthousiasme qui sied par principe à la venue d'une légende.
La légende ne sera hélas pas tout à fait au rendez-vous.
Après les départs de Blackmore et Lord, le seul actif qui reste au groupe est son patrimoine, et j'espérais qu'il l'exploiterait avec abnégation. J'y crus d'ailleurs pendant dix minutes, le concert débutant par deux classiques : "Highway star" et "Strange kind of woman". Feu de paille ! La représentation, d'à peine une heure et demie, fut en effet composée dans sa grande majorité de titres du dernier album, "Bananas", contre lequel je n'ai rien, mais dont, soyons honnêtes, tout le monde se fout comme de l'an 40.
A peine eûmes-nous droit à "Lazy", "Smoke on the water" et "Space truckin". Un point, c'est tout. Oui, vous avez bien lu : pas de "Child in time", ni de "Speed king". En fait, aucun titre de ce monument impérissable qu'est "In Rock". Incompréhensible. Que Paradise Lost ne joue plus les morceaux de "Gothic" peut se concevoir vu le changement de registre du groupe. Que Deep Purple ignore "In Rock" n'est pas admissible. C'est d'autant plus regrettable que le groupe était très en forme, disposant d'un son clair et affûté, d'une pêche remarquable et d'un guitariste hors-pair en la personne de Steve Morse.

Car, il faut bien le dire, toute question de prestige ravalée, Don Airey et Steve Morse ne sont pas de minces recrues et ils se sont acquittés de leur tâche avec le plus grand brio. Aussi bien qu'un Ian Gillan dont, au passage, la tenue "quinqua-new-age-élevé-au-pur-malt-mais-qui-s'est-mis-au-bio" n'était pas des plus seyantes. C'est peut-être un détail, mais que voulez-vous, quand on est une rock-star et que l'on monte sur scène, ça compte aussi… Autre élément frustrant, la basse de Roger Glover, est, sinon inaudible, du moins sans rapport avec le velouté qui nous plaisait tant sur les vieux albums du groupe. On a finalement l'impression que le groupe qui est devant nous ne fait que reprendre du Deep Purple. Il le fait très bien, car l'excellence des musiciens n'est plus à vanter, mais l'âme manque.
Pour avoir assisté, il y a déjà longtemps (96 ? 97 ?), au concert de ces deux autres légendes que sont Page/Plant, je puis dire que la comparaison en terme d'ambiance et d'atmosphère est cruelle pour Deep Purple, même si la qualité technique du concert fut largement aussi bonne, voire meilleure. Deep Purple, éternel Poulidor, même 30 ans après.
Alexis Kieffer
Decibels Storm - novembre 2003
photos live : Fin Costello (Deep Purple) et Claude Dutang (Sed Lex)