Bonne ambiance, fatigue, souvenirs, voire courbatures pour beaucoup...Voici simplement ce qu'une seule date peut offrir à tout amateur de musique metal en toute simplicité. Une seule date bien annoncée signée Base Productions, une seule date bien fréquentée avec des groupes sincères et proches d'un public toujours en quête croissante d'une brutalité musicale percutante...Mais avant de nous projeter dans la réalité si cruelle et rude du lendemain de concert, revenons quelques heures en arrière, le temps de profiter d'un show réunissant des groupes reconnus, dans une atmosphère vraiment bon enfant et surtout dans une salle digne de ce nom, ce qui devient rare....
Enfin en tous les cas, la proximité des groupes dont on soulignait l'importance tout à l'heure est bien réelle puisque voir encore Werther tenir le stand de merch avant le début du concert de Ananta, c'est quand même preuve de dispositions pour les relations humaines; même si l'affluence au stand de merch n'est plus ce qu'elle était...
C'est toujours un plaisir d'aller voir un concert à la Rock School Barbey, placée intelligemment entre la place de la victoire et la gare, avec quelques bonnes places de parking. Il y a un peu de monde finalement, malgré le milieu de semaine, même si la participation du public n'est pas aussi importante que celle qu'il y avait eu pour Kreator et Eluveitie, les fidèles de Gorod sont là, et surtout la jeunesse fougueuse fan de Dagoba a pu répondre présent pour la majorité. Cette soirée est placée sous un triptyque éclectique qu'est la découverte, la technique et la notoriété.
Concert annoncé pour 21h00, respecté à la lettre, ce qui fait preuve d'une précision d'horloger et surtout d'une immense déférence envers le public… non ? Bon, ok, peut-être que c'est aussi parce qu'on est en semaine et que les adultes bossent le lendemain et les plus jeunes doivent aller à l'école... Mais quand même, c'est toujours plus appréciable comparé à certains concerts récents de Guns 'n' Roses... Bref, juste le temps de boire un petit coup avant de monter à l'étage pour découvrir ce qu'Ananta a dans le ventre.
Ananta,, la découverte....
Effectivement la découverte, parce que d'une part, le concert annonçait bien évidemment Dagoba et Gorod, et même jusqu'aux portes de la Rock School où était affiché une simple page blanche avec pour inscription DAGOBA + GOROD, on ne savait toujours pas qui pouvait bien chauffer la salle en première partie pour ces deux groupes désormais phares de deux scènes distinctes mais pourtant bien de notre cher hexagone.
Donc une fois en haut, l'affichage numérique présente en fond de scène la somptueuse pochette de « In Media Res », leur premier album sorti en 2008. Et c'est définitivement la découverte, puisque ce groupe dont la plupart des medias ont dit qu'ils avaient certaines similitudes à mi chemin entre des groupes tels que Textures, Sybreed, Fear Factory et Soilwork n'était jamais parvenu jusqu'à mes oreilles pourtant qui trainent partout...
La grosse impression qui ressort en tout début de concert c'est que Ananta possède un gros son qui tâche, c'est une certitude. Les montpelliérains arrivent assez rapidement à se mettre en osmose avec un public venu se faire disloquer la nuque en bonne et due forme ce soir. Ça envoie sec, ça poutre comme il faut, et à la vitesse de la lumière, la plèbe se rallie à la cause Ananta plus facilement qu'à l'accoutumée lorsque on ouvre le bal. Et par conséquent les premiers pogos vont bon train. Musicalement Ananta joue parfaitement bien, mais le petit hic pour ma part c'est que ce genre de metal sans étiquette qui se rapproche d'un death melocore, aux aspirations indus metal, est trop répétitif à mon goût pour pouvoir m'émouvoir plus que ça. Cette redondance incessante de riffs syncopés ne pénètre pas dans mon esprit comme une endorphine orgasmique, mais plutôt comme une litanie répétitive. Oh, bien évidemment, en live, ça met la grosse pêche, Matt le chanteur se démène bien devant un public dont les plus furieux se placent bien devant la scène et où les plus « fatigués » leur préfèrent les gradins disponibles en fond de salle avec la sono. Et malgré ses petits problèmes de connexion au niveau du micro, avec un fil qui ne fait que se défaire, l'ambiance est de plus en plus chaude...
Durant quarante minutes Ananta balance ses morceaux avec un professionnalisme irréprochable, en chauffant une salle déjà bien brûlante. Les rythmiques saccadées de leurs morceaux sont faites pour le live même si je n'y reviendrais pas moi-même sur cd, les claviers permettent de prolonger la mélodie vers un style ouvert à un plus large auditoire. En fin de show, nous avons eu droit à un nouveau morceau qui figurera sur le prochain album, tel annoncé par Matt. Un morceau intense mais pourtant beaucoup plus calme et planant que ses confrères de la set-list de ce soir. Un morceau qui d'ailleurs faisait pas mal penser à du Depeche Mode sur les vocaux clairs chantés, mais qui pourtant montre une évolution du groupe, et dont j'en préfère largement la teneur. Pour terminer, Ananta assène au public un dernier coup de massue, avec un titre des plus brutaux qui ne laisse personne de marbre et où le déchenillage de char d'assaut au lance roquette inévitablement ne fait pas de survivants...
Bonne entrée en matière pour cette soirée, avec un groupe qui ne diffère pas beaucoup de la légion de groupe de death melocore de ces dernières années, et pour lequel j'y donnerai plus d'adhérence à la vague Heaven Shall Burn, mais qui sait malgré tout généreusement offrir son style en live.
L'attente syndicale et la présence du tout girondin...
C'est comme pour tout, si les groupes ont besoin de temps mort, le public aussi. Alors que Ananta range son matos et que Gorod se prépare à monter sur scène, il faut refaire tomber la pression automnale... Une grande partie redescend à l'abreuvoir, un tiers de cette partie va dehors s'intoxiquer à la cigarette, le reste discutaille çà et là, pour au bout de dix minutes un quart d'heure, remonter voir les enfants du pays. Mais en attendant, on constate que malgré tout, pour une date comme celle-ci pas mal de monde du coin a fait le trajet. Cela nous permet de partager quelques mots avec une ribambelle de personnes de la scène bordelaise et girondine, Manu, bassiste de Demented qui nous parle de l'avenir du groupe, mais aussi de Pierrick d'Obsecure et même Denis de Mutilate The Stillborn, jeunes groupes death et thrash de la scène bordelaise. Ce n'est pas tout, quelques autres mots échangés avec le guitariste de Breakdust qui prépare leur nouvel album prochainement, on aperçoit au loin Jess, guitariste de Jenx, ou encore Cyriex guitariste d'Offending/Asmodée venu voir ses potes de Gorod, mais également Guillaume l'ex-chanteur de Gorod... Tout ce petit monde est là tranquillement à attendre le show des maître du death technique français... Comme quoi ce que l'on dit de plus en plus se vérifie, il y a plus de groupes que de personnes pour les écouter, alors il vaut mieux que les autres groupes viennent soutenir leur confrères sinon il n'y aurait plus grand monde dans les concerts !!
La technique...
De la même manière que Ananta a débuté à l'heure, Gorod commence son show à 22h00. C'est la première fois que je voyais Gorod depuis le départ de Guillaume. La dernière fois que je les ai vu c'était au BT59 à Bègles, lors de la passation de pouvoir entre Sandrine et Samuel l'actuel batteur du groupe. Alors depuis il y a eu beaucoup de changement, l'arrivée d'un nouveau chanteur donc, à savoir Julien Deyres de Zubrowska. On se demande si avec Samuel qui venait lui aussi de Zubrowska, ces toulousains ne seraient pas devenus la source à membres de Gorod. On découvre aussi pour la première fois sur scène le nouveau guitariste de Gorod, après quelques essais d'autres personnes, finalement ils ont enfin trouvé leur guitariste, à savoir Nico qui succède à Arnaud.
Il est difficile à mon humble avis de rejoindre les rangs de Gorod qui au départ était une petite famille et du fait de leur technique à outrance ne permet pas au premier instrumentiste venu de se goinfrer des morceaux du groupe tellement les titres sont complexes.
Enfin en tous les cas, rapidement intégré comme nouveau guitariste, Nico joue à merveille tous les titres de Gorod, en faisant des petites mimiques. D'ailleurs ces mimiques, ainsi que sa manière de jouer et surtout le visage de celui-ci, rappellent quelque part notre feu Chuck Schuldiner, leader de Death, pour les profanes. C'est assez troublant comme constat.
Gorod démarre sur des chapeaux de roues, et malgré quelques headbangings et quelques pogos bien sauvages, l'audience reste concentrée sur les guitares, la basse et la batterie de Gorod, parce que si le son est nettement moins puissant que l'était Ananta et que le sera Dagoba, Gorod maitrise la musique. Pendant de longues minutes à regarder jouer Matthieu et Nico, je me suis demandé désespérément comment on pouvait faire pour retenir autant de notes à la suite pendant aussi longtemps...
C'est avec une main de maître que les morceaux s'enchainent avec des doigts qui défilent à la vitesse de la lumière sur des manches magiques. Tout le monde ressent la prouesse de l'interprétation mais aussi de la création, tandis que Barby dont la barbe si longue n'est plus, peut-être de peur qu'on le confonde avec Jesus, chanteur d'Offending, arrose le public de ses petites figures de style. Des figures de styles tant lorsqu'il joue à en faire bouger le tapis, mais également lors des temps mort entre les chansons. Cet homme là a du rêver d'être chanteur et de parler à la foule pour mettre le feu sur scène, un très bon show man.
Pendant toute cette déferlante également d'une quarantaine de minutes, de riffs endiablés, de démonstration technique, on sent qu'en plus d'aimer la scène, ils aiment faire de la musique pour ce qu'elle est. Matthieu et Barby s'éclatent comme des gosses sur leurs guitares et l'on ressent cette joie à travers ce show.
Question chant, je me demande si je ne préférais pas celui de Guillaume à celui de leur nouveau chanteur, qui pourtant hurle comme un dément avec lui aussi quelques problèmes de connexion au niveau du micro. Julien Deyres me rappelle Albert Dupontel dans ses grimaces de chant et surtout Grand Corps Malade lorsqu'il parle pour annoncer les titres des chansons. Des chansons dont ils ont pas mal puisé dans le sac à vieilleries.
Inlassablement, Sam tape sur ses fûts pour donner la réponse à des guitares boostées, ceci rappelant que malgré le fait qu'il ne bouge pas de sa place, on l'entend et la batterie de Gorod est à armes égales avec le reste. Le temps de remercier Ananta et Dagoba, comme le veut la tradition, et de saluer son public bordelais, Gorod assure une prestation electrique qui ravira le public. Tout ceci ne fera que nous mettre en bouche dans l'attente de leur futur Ep « Transcendence », Gorod rules !!
L'interlude étant du même acabit que le premier, alors nous en passerons les détails...
La notoriété...
Enfin le moment tant attendu par beaucoup de fans qui ont fait le déplacement est arrivé. 23h00 la lumière s'éteint, l'introduction arrive doucement, l'ambiance s'électrise, la chaleur monte et tout le monde attend les marseillais. La sortie de leur dernier album « Poseidon » étant un franc succès parmi le public actuel, Dagoba arrive en terrain conquis. Et c'est parti, la foule en délire se décompose sauvagement pour envahir tout le devant de la scène en se poussant comme des furieux pour ne rien laisser en état. Ça bouge de partout, les fans se lâchent encore plus qu'ils ne l'avaient fait depuis le début, surtout la plus jeune partie d'entre eux, en hommage à un des groupes qui laissera certainement une empreinte dans l'histoire du metal français du début du millénaire.
Dagoba sont dans la place et plus rien ne les arrêtera. Si techniquement ce groupe n'arrive pas à la cheville d'un Gorod, si musicalement Dagoba scinde les mentalités et divise les avis des pour ou contre, il est indéniable d'affirmer qu'en concert c'est une grosse machine de guerre. Une machine de guerre qui est aussi rodée par les années bien évidemment. Shawter qui adore avoir les cheveux mouillés, se les arrosant au moins une fois pendant le show, dirige son équipe en capitaine de navire pour détrousser toute cette foule furieuse et enragée qui s'affronte devant eux.
Izakar met le feu, il est également très déchaine, ainsi que Werther et Franky qui lui tape comme à son habitude comme un psychopathe. La force de Dagoba réside fortement dans leur batteur qui domine le public par sa technique, par sa sympathie et son accessibilité toujours sincère, ce que les gens apprécient plus que tout.
Au bout de la deuxième ou troisième chanson, peut-être sur « Black smokers », Shawter demande à la foule de se séparer en deux parties de chaque côté de la salle et alors que le morceau détruit toute forme de vie à l'intérieur de la Rock School Barbey, tels deux équipages pirates à la recherche de la plus petite pépite d'or, les fans courent chacun en face de l'autre pour se croiser dans un ultime combat. On a l'impression d'assister à la scène d'anthologie du film « Gangs of new york » de Martin Sorcese, c'est très sympathique à voir dans la Rock School. Au cours des chansons qui défilent, avec un visuel numérique en fond d'écran qui même s'il a ses limites permet d'accompagner efficacement les morceaux, tout le devant de la scène est en transe c'est une grosse tuerie dans le public proche du groupe, tandis que comme pas mal d'autres personnes plus « âgées », je me suis retiré dans les gradins pour assister à la suite du show sans trop me fatiguer.
Dagoba met le feu, ça chauffe sur le plancher et alors que Shawter demande au public de ne retenir seulement que trois paroles « Waves of doom » certainement un des titres les plus brutaux de l'album, pour chanter avec lui ; par deux fois au cours du set nous aurons eu droit à un circle pit règlementaire mais sans moulinet inverse, en plein milieu de la salle, et à une seconde séparation pour affrontement. D'ailleurs au cours d'un des circle pit, un des participants en a perdu sa chaussure, qu'un autre participant a balancé intelligemment sur la scène à côté de Franky, afin qu'il ne puisse plus la récupérer.
Dagoba est un colosse aujourd'hui, un colosse qui sait séduire le public qu'il a en face de lui, avec des rythmiques puissantes, un son également très puissant sur scène pour seul but la destruction pendant le show. En fin de set, la lumière s'éteint de nouveau, tandis que tout le monde demande le retour du groupe sur scène. Ce que Dagoba fait bien évidemment, un rappel servant à ça, pour nous offrir encore une bonne dizaine de minutes presque le quart d'heure de tuerie musicale, avec ferveur. La plèbe est ravie, elle en a eu pour son argent.
Que dire de plus, Dagoba est un géant maintenant, tout le monde se plie, et ce groupe est généreux tant sur scène que hors de scène.
La fin....
Explorations, voyage, envoûtement, surprises, exaltation auront été les émotions et auront constitué l'impression générale pour un concert avec trois groupes différents qui pourtant auront mis d'accord la plupart des membres du jury de ce soir.
Bordeaux a vu les flammes se soir, en compagnie de Ananta, Gorod et Dagoba...