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ATROCITY - Leaves' Eyes - Darkwell- Battlelore
Paris, La Locomotive - 28 novembre 2004

Les moins jeunes d'entre vous se souviendront d'un temps, pas si reculé, où était diffusés chaque dimanche après-midi les effroyables "Thé Dansant", animés par le non moins spectral Jacques Martin. Les metalleux sont toujours à l'affut de bonnes idées, et c'est donc avec bonheur que La Loco renouvellait le genre en ce pluvieux dimanche 28 novembre, dans une sorte de goûter dominical autour de Battlelore, Darkwell, Leaves Eyes et Atrocity ; ça semblait mal barré pour des cours de tango ou de cha-cha-cha.

Dernière date de la tournée, le concert de Paris a été booké au dernier moment, ce qui eu pour conséquences majeures de voir le show relégué dans les sous-sols de la Loco (la scène principale accueillant déjà le concert de Trisomie 21, un groupe français qui traine ses chromosomes dans la scène gothique depuis le début des années 80), et de constater, hélas, une affluence relativement modeste. Mais les absents allaient une fois de plus avoir tort...

Battlelore monte sur scène dès 15h30. Pour ceux qui n'auraient jamais vu ces Finlandais, il faut se représenter une sorte de téléscopage visuel entre les Visiteurs et le Seigneur des Anneaux : affublés de peaux de bêtes ou de robes moyenageuses, d'épees en vrai latex du XIIeme siècle et de peintures de guerre à la Braveheart, Battlelore se lance avec enthousiasme dans une demi-heure de rock n' troll.
Force est de constater que ces délires vestimentaires s'accordent plutôt bien à l'attitude bon enfant du groupe, qui ne se prend pas trop au sérieux et semble surtout désireux de passer un bon moment avec son public et de partager sa musique dans la bonne humeur. On se laisse donc prendre sans réticence à la sauce Battlelore, et il faut avouer que le charme de la frontwoman Kaisa, sorte de croisement improbable entre la chanteuse Sandra (pour le regard félin) et M. Spock (pour les oreilles d'Elfe immigré clandestin) n'y est pas étranger. Les plus bourrus finissent par capituler lorsque la belle explique, dans un français hésitant et entre deux sourires enjoleurs, son plaisir de jouer pour la première fois à Paris.
Bref, une fois le coté visuel digéré, Battlelore ça cartonne : jouant un Metal sans prétention, bien péchu et tout en sachant se faire mélodique, les Finlandais ont tout pour être reconnus comme un combo synonyme de set réussis, de bon temps scénique et de petits plaisirs partagés avec le public. Battlelore ne deviendra peut pas 'the next big thing' mais semble bien parti pour se faire une petite réputation européenne bien méritée.

Darkwell grimpe à son tour pour un show d'une petite demi-heure. Mené également par une chanteuse, le groupe joue un Metal assez formaté, la structure des morceaux et l'approche musicale montrant clairement que ses membres ont des influences pop bien digérées. Certains plans fleurent bon les années 80, une source rapidement confirmée lorsque le groupe embraye sur la reprise du fameux "Don't You (forget about me)" des Simple Minds. Le set couvre toutes les productions du groupe, ce qui permet d'ailleurs de constater de sacrées différences d'approche selon les morceaux. Plutôt bien maitrisée, la musique de Darkwell fait cependant regretter l'atmosphère de spontanéité du set de Battlelore, et le chant féminin semble par moments manquer de fraicheur et d'enthousiasme, peut-être un signe de fatigue en cette fin de tournée. A revoir dans d'autres conditions pour se faire une opinion définitive ?

L'intérêt des concerts à La Petite Loco (c'est à dire dans une cave à peine plus grande que mon appartement), c'est que la convivialité est forcément là. La preuve lorsque je m'aperçois que l'abruti de 2 mètres qui m'écrase les pieds n'est autre qu'Alex Krull, et que la charmante Liv Kristine Espenaes se tient à 50 centimètres de moi, attendant de monter sur ce qui tient lieu de scène. Pour ceux qui auraient loupé un épisode, Liv Kristine est madame Krull dans le civil, et c'est donc tout naturellement que, à la suite de son éviction de Theatre of Tragedy, les musiciens de Atrocity ont fait office de backing-band pour l'enregistrement de son album solo puis ses concerts. D'où la tournée commune de ces deux groupes qui n'en sont en fait qu'un seul, Alex Krull poussant le vice jusqu'à faire les choeurs sur le set de Leaves' Eyes, et Liv Kristine lui rendant la pareille pendant le show d'Atrocity.
Bref vous voyez le décor : c'est dimanche aprèm', et on se fait une grande réunion de famille dans la cave familiale.

Leaves' Eyes débute donc cette double tête d'affiche matrimoniale, et Liv Kristine assure d'entrée avec une voix extraordinairement cristalline (du jamais-vu depuis le concert de Within Temptation au même endroit en 2001). Il faut cependant préciser que la belle est parfois doublée par des samples, ce qui semble aider un peu sur certains passages.
Derrière, le groupe bucheronne à fond, et le nouvel album se déroule sans accroc, via "Norwegian's lovesong", "Secret" et "Ocean's Way" (avec un Alex Krull un peu envahissant), ainsi que "Lovelorn" ou encore "For Amélie", chanson inspirée par le film de Jean-Pierre Jeunet.
Le public, conquis d'avance, acclame la Norvégienne, visiblement agréablement surprise par cet accueil sans réserves. Proche du public et sans prétention, Liv Kristine Espenaes Krull met donc le public parisien dans sa poche en une petite heure de Metal atmosphérique aux rythmiques bien appuyées.

Après une pause de 20 minutes, on prend les mêmes et on recommence, et seul un changement de guitares vient différencier le backline. Alexander Krull est désormais aux commandes, et attaque délibérément le set d'Atrocity à fond les ballons, histoire de rappeler qu'il est censé s'agir de deux projets musicaux différents, et tant pis si la présence de Liv Kristine pour les nombreux choeurs n'aide pas à la distinction, en tout cas visuellement. Atrocity débute sur "Reich of Phenomena" (apocalyptique) et enchaine sur un "Clash of the Titans" vengeur, avant de servir le magnifique "Gods of Nations" (mélodique en diable et introduit par un "Fuck god, fuck christ, fuck allah" par un Alex Krull décidément très en forme). Suivent "Enigma", l'indispensable "Blut", l'extraordinaire reprise de "The Ten Comandments", puis "Apocalypse" et "Omen".
Atrocity termine, en guise de final dantesque, sur la reprise de "Shout" des Tears for Fears, en compagnie des membres de Battlelore et Darkwell, la plupart en peignoir et sortant du bain, le bassiste de Battlelore arrosant tout ce beau monde de gel douche. On vous aura prévenu, venez à la dernière date d'une tournée à vos risques et périls.

Cette après-midi décidément très conviviale se concluera par une séance de dédicaces très relax au stand merchandising, les membres d'Atrocity et Liv Kristine distribuant signatures, sourires et remerciements aux fans présents.
Une chose est sûre, des dimanches après-midi comme ça, on en veut plus souvent !

 

Patrick Etuy - Decibels Storm - novembre 2004