ALICE IN CHAINS
- Stone Sour - Blood Simple Il est parfois des concerts qui tiennent presque du miracle, et celui d'Alice In Chains au Bataclan à Paris est désormais sur la liste : miracle de pouvoir retrouver Alice In Chains sur scène en 2006, miracle de constater que leur nouveau chanteur fait honneur au groupe et à feu Layne Staley, miracle que le concert ait pu se terminer après une sérieuse panne technique. Ce 22 juin il fait beau à Paris, et les deux tour-bus garés devant le Bataclan permettent de bien réaliser que oui, c'est donc vrai, Alice in Chains joue ce soir. Depuis la mort du frontman Layne Staley en 2002, bien peu en effet auraient pu croire que le groupe de Seattle tournerait à nouveau et viendrait jusqu'à Paris, et on sent qu'une bonne partie du public est ici en quasi-pèlerinage, deux ou trois nostalgiques ayant carrément ressortis leur chemise à carreaux pour l'occasion. Blood Simple ouvre les hostilités, balançant sans vergogne et avec agressivité un thrash-metal fortement teinté de hardcore, évoquant parfois un Pantera qui aurait été abonné du CBGB. Tout s'éclaire lorsqu'on réalise que le groupe est en grande partie composé d'anciens membres de Vision of Disorder, un des hérauts du metalcore dans les années 90 et dont deux albums étaient sortis sur Roadrunner. Stone Sour suit, et force est de constater qu'une bonne partie du public est venue pour le groupe de Corey Taylor et James Root, respectivement vocaliste et guitariste de Slipknot. Roy Mayorga officiant à la batterie, on se retrouve bel et bien avec un all-star band sur scène, tous très décontractés, Corey Taylor plaisantant avec le public dans un français honorable. Musicalement il faut bien reconnaître que le hard-rock américain de Stone Sour ne casse pas trois pattes à un canard, et la popularité du groupe ce soir doit sans doute pas mal au pedigree de son frontman. Le groupe se fait néanmoins plaisir, et chauffe les premiers rangs à blanc pendant près d'une heure, délivrant au passage quelques nouveaux morceaux, à paraître sur leur futur second album "Come What(ever) May". C'est sous les acclamations d'un Bataclan plein à craquer que Alice In Chains entre sur scène : Mike Inez, Jerry Cantrell et Sean Kinney sont visiblement ravis d'être là, et le groupe attaque d'emblée un "Sludge Factory" dévastateur, rejoints par leur nouveau vocaliste William DuVall. DuVall est le chanteur/guitariste de Come With The Fall, un groupe qui a servi de backing band sur les tournées solo de Jerry Cantrell. Ayant été invité à se joindre à Alice In Chains pour cette tournée de reformation, on imagine sans mal la pression pour ce jeune métis au look de Ben Harper : assurer convenablement son rôle de frontman tout en gérant l'héritage de Layne Staley. Ne faisons pas durer le suspense, le bougre s'en sort haut la main, et après un début de concert un peu en retrait, William DuVall fait admirablement honneur à Alice in Chains : son interprétation est fidèle et juste, sans donner aucune impression de chercher à imiter son illustre prédécesseur, et les doubles voix avec Jerry Cantrell sont un réel bonheur. Ses quelques interventions dans un très bon français finiront de convaincre le public que Alice In Chains a fait un excellent choix pour ce retour sur scène. Mike Inez saute quant à lui dans tous les sens, Sean Kinney est magistral à la batterie, et les classiques s'enchaînent comme dans un rêve : "Rain When I Die", "Dam That River", "No Excuses", "Rooster", "Angry Chair", "We Die Young", "Down in a Hole", "Junkhead", "Again" ou encore "Them Bones". La chaleur est suffocante, le public hurle sa joie et chante avec le groupe, Alice in Chains est aux anges, et tout le monde s'attend donc à un rappel dantesque lorsque le groupe quitte la scène au bout de 50 minutes de concert torride. Un roadie installe une talk-box sur le micro de Jerry Cantrell, et c'est parti pour un "Man in the Box" au son apocalyptique. Le bonheur est de très courte durée, car alors que le groupe est à 2 mesures d'attaquer le premier refrain, la guitare de Jerry Cantrell n'est brutalement plus amplifiée, et le groupe s'arrête de jouer en pestant, tandis que le public s'arrache les cheveux ou se met à croiser les doigts. Quelques secondes plus tard la console de façade se met à clignoter comme un vrai sapin de noël avant de s'éteindre lamentablement. La chaleur ou un vulgaire court-circuit viennent d'avoir raison du rack de Jerry Cantrell, et l'ensemble de la sono semble avoir pris un choc dans la foulée. C'est l'affolement parmi les roadies, car l'incident se produit à 22h25, et le Bataclan a un couvre-feu fixé à 22h30 !
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