|
AFTER
FOREVER - Nightmare - Dark Moor - Amaran J'ai
du attendre une heure avancée de la nuit pour écrire ces
quelques mots. Car il fallait atteindre ce tremblant état de
transe caractéristique des nuits sans sommeil pour oser. Oser
transformer cette publication de haute tenue en mur de lycée
sur lequel les adolescents surpris de leur propre audace écrivent
en lettres géantes et maladroites leur amour pour leur petite
camarade de classe. Il fallait aussi être dans cet état
halluciné nocturne pour effleurer l'immense sentiment de vertige
qui m'étreignit lorsque débarqua sur la scène ce
prodige érotique qu'est la chanteuse d'After
Forever : Floor. La chronique du concert, le récit
des exploits lyriques de la divine, vous les trouverez ailleurs. Tel
n'est pas ici mon propos. J'en serais d'ailleurs bien incapable... Floor
! Floor, c'est d'abord un cas d'école botanique. Elle est à
ma connaissance le seul exemple de plante carnivore comestible. Cette
femme est une carnassière. Elle n'a pas cette pudeur qui consiste
à charmer son auditoire : elle préfère le dévorer.
Il faut la voir jeter vers la foule non pas des sourires, mais des rictus
de sexualité exacerbée. Elle ne danse pas, elle fait la
guerre, progressant dans l'air soudain torride comme des soldats rampent
sur le terrain boueux des champs de bataille. Avec elle, l'atmosphère
semble se solidifier tant ses gestes recréent parfaitement la
caresse de la chair. Quand elle meut ses bras outrageusement sculptés,
chaque corps ressent la brûlure de sa peau blanche comme un acier
chauffé à la flamme du pêché. Quand elle
mord l'air de sa bouche rubiconde, chaque cuisse, chaque épaule,
chaque hanche éprouve aussitôt l'âpre contact de
cette mâchoire de louve. Sans jamais quitter son piédestal,
Floor prodigue aux corps des sévices que seuls les dieux peuvent
infliger sans être haïs. Machos, peureux, esprits faibles,
fuyez devant cette artilleuse du désir et des sens. Floor est
une dominante, elle soumet, dompte, intime, impose. Elle fait partie
de ces rencontres qui peuvent changer certaines certitudes. Alexis Kieffer - Decibels Storm - janvier 2004 |