AFTER FOREVER - Nightmare - Dark Moor - Amaran
Les Pennes Mirabeau (13), Jas'Rod - 18 janvier 2004

J'ai du attendre une heure avancée de la nuit pour écrire ces quelques mots. Car il fallait atteindre ce tremblant état de transe caractéristique des nuits sans sommeil pour oser. Oser transformer cette publication de haute tenue en mur de lycée sur lequel les adolescents surpris de leur propre audace écrivent en lettres géantes et maladroites leur amour pour leur petite camarade de classe. Il fallait aussi être dans cet état halluciné nocturne pour effleurer l'immense sentiment de vertige qui m'étreignit lorsque débarqua sur la scène ce prodige érotique qu'est la chanteuse d'After Forever : Floor. La chronique du concert, le récit des exploits lyriques de la divine, vous les trouverez ailleurs. Tel n'est pas ici mon propos. J'en serais d'ailleurs bien incapable... Floor ! Floor, c'est d'abord un cas d'école botanique. Elle est à ma connaissance le seul exemple de plante carnivore comestible. Cette femme est une carnassière. Elle n'a pas cette pudeur qui consiste à charmer son auditoire : elle préfère le dévorer. Il faut la voir jeter vers la foule non pas des sourires, mais des rictus de sexualité exacerbée. Elle ne danse pas, elle fait la guerre, progressant dans l'air soudain torride comme des soldats rampent sur le terrain boueux des champs de bataille. Avec elle, l'atmosphère semble se solidifier tant ses gestes recréent parfaitement la caresse de la chair. Quand elle meut ses bras outrageusement sculptés, chaque corps ressent la brûlure de sa peau blanche comme un acier chauffé à la flamme du pêché. Quand elle mord l'air de sa bouche rubiconde, chaque cuisse, chaque épaule, chaque hanche éprouve aussitôt l'âpre contact de cette mâchoire de louve. Sans jamais quitter son piédestal, Floor prodigue aux corps des sévices que seuls les dieux peuvent infliger sans être haïs. Machos, peureux, esprits faibles, fuyez devant cette artilleuse du désir et des sens. Floor est une dominante, elle soumet, dompte, intime, impose. Elle fait partie de ces rencontres qui peuvent changer certaines certitudes.

Alexis Kieffer - Decibels Storm - janvier 2004