Interview : No Return

Tout d'abord il y a une question que je me pose toujours, même si elle est principalement pour Alain, mais sait-on jamais les autres membres sont peut-être collectionneurs... Est-ce que vous possédez des versions d'origine de « Psychological torment » et de « Contamination rises » ? Parce qu'en 2007 au Hellfest, j'avais discuté avec Philippe de Misanthrope qui venait de se trouver leur premier split avec Torturer en cd et vraisemblablement il ne l'avait pas. En fait voilà, est-ce que les groupes plutôt « anciens » possèdent leurs premiers albums cd d'origine finalement ?
Alain : je possède les premiers albums en cd et heureusement car ils sont très durs à retrouver à l’heure actuelle !
Et cette période de ces deux albums avec Marquis Marky aux manettes, et le Morrisound, le label Semetary, le Brutal tour ... Est-ce que ces années là sont de super souvenirs, est ce que ça te manque particulièrement ?
Alain : ces années resteront des souvenirs inoubliables car durant cette période on a rencontré des gens qui nous ont beaucoup apporté humainement et artistiquement parlant. Je ne dirai pas que ca me manque particulièrement car chaque période apporte quelque chose de différent et complémentaire à la fois que ce soit au niveau des enregistrements ou des tournées. C’est la somme de toutes ces expériences qui te font avancer et progresser.
Allez, cessons ici la nostalgie et revenons au présent qui nous intéresse... « Manipulated Mind », 8ème album quand même (si l'on considère que « Red Embers » en est un également), comment aborde-t-on les choses quand on sort un huitième album ? Est-ce que l'excitation est toujours aussi intense que pour un premier album ou est-ce qu'une certaine lassitude peut se faire sentir ?
Est-ce qu'on espère d'autres choses, des attentes différentes, des ambitions autres peut-être ?
Alain : Personnellement, l’excitation lors de la sortie d’un album est toujours présente. C’est un moment intense et important car tu proposes aux gens le résultat de ton travail de plusieurs mois et tu ne sais jamais à l’avance s’il plaira ou non. Pour moi il ne peut y avoir de lassitude, car cela voudrait signifier que ta passion s’effrite et alors il vaut mieux arrêter. Le but premier est de sortir le meilleur produit possible et surtout de se faire plaisir avant tout. Maintenant au niveau des attentes tu espères que l’album plaira au maximum de personnes possibles et t’ouvrira davantage de portes mais ça tu ne peux pas le savoir avant.

A contrario lorsqu'on intègre comme Nico et David, et même toi Moreno vu que c'est ton deuxième album avec No Return, un groupe qui a un certain recul en terme de carrière musicale, comment est-ce que l'on prend le train en marche ? Est-ce qu'on se dit « waow, je suis dans No Return, il va falloir que j'assure » ou ça se passe le plus simplement du monde ?
Moréno : Je pense que dès que l'on intègre un groupe "connu" ou pas, il faut toujours se dire "Waow" et se donner à fond et c'est ce que j'ai fait pour No Return.
Puisque qu'on parlait de Nico et David les derniers arrivés, l'intégration s'est-elle bien passée ? Est-ce qu'avec leur arrivée le sempiternel problème de line-up de No Return semble enfin se résorber ?
Alain : l’intégration de Nico et David s’est très bien passée car ce sont des gars avec lesquels il n’y aucun problème humainement et artistiquement parlant.
Tous deux sont compétents et motivés ce qui est très appréciable. Ca fait maintenant 2 ans qu’ils sont là et le line-up apparaît solide mais bon tu ne sais jamais malheureusement ce qui peut arriver.
Ensuite parlons un peu des pochettes; la musique de No Return a évolué à chaque album, mais les pochettes aussi, en fonction des périodes. « Contamination Rises » était très américaine au moment de sa sortie par exemple, c'était quand même l'époque qui voulait ça... Avec « Manipulated Mind » vous avez abandonné le thème de la femme nue qu'on avait pu voir sur les deux derniers albums vers ce concept de foetus avec un jeu de couleur totalement différent et nettement plus intéressant. C'est Felipe Machado qui a réalisé l'artwork, cover et back cover de la pochette... Qu'est-ce qui a motivé ce choix et en fonction de quoi sont choisies les pochettes: du titre, du contenu global des paroles, de l'actualité... ?
Moréno : On a voulu créer un visuel qui reprenait l'idée générale des textes qui s'articulent autour des difficultés psychiques de l'individu. Le principe étant (selon moi) que l'individu nait avec des douleurs et des émotions qui peuvent ressurgir tout au long de son existence et qui peuvent procurer des énergies positives ou au contraire tout à fait destructrices.
C'est cette dernière idée qui est le lien entre les textes...
Felipe Machado, qui a aussi réalisé l'artwork du dernier Blaize Bayley – ou du tribute Kerrang à Maiden, nous a été présenté par notre label Dockyard1 mais tout le travail a été sous la direction de Stanislas W. Decker qui s'est aussi occupé de faire le livret.
Alain a composé l'intégralité des morceaux hormis les paroles, ce n'est pas trop dur de composer seul, sans s'autoplagier après tous ces albums ? Même si l'heure est à la promotion de cet album, est-ce que pour la suite des chansons à venir la composition se fera plus collective ?
Alain : Quand je compose un album je ne me pose pas de questions particulières. Je joue suivant mon inspiration tout en gardant l’esprit de la musique de No Return, le but étant de proposer les meilleures chansons possibles. Maintenant ça ne me gène pas de composer seul car j’adore créer un morceau. Par la suite si Nico et David ont des compos à proposer dans l’esprit
de No Return j’en serais très content.

Loin de dire que les trois derniers albums ne soient pas bons, au contraire, mais celui-ci est particulièrement bien réussi ; la manière de composer a-t-elle été différente cette fois-ci pour arriver à un tel résultat ? Dès les premières notes, les premières chansons, ça poutre bien et on accroche tout de suite, on prend un revers de phalanges immédiat, il n'y a pas trop besoin d'un temps d'acclimatation. Pour moi, il va faire partie du trio de tête des albums de No return, un des meilleurs que vous ayez faits...
Alain : La manière de composer n’a pas été différente des autres albums mais il est vrai que tout en gardant le style de No Return j’ai vraiment cherché en composant cet album à optimiser chaque riff, chaque mélodie pour rendre le plus efficace possible chaque chanson, ce qui permet d’avoir des morceaux agressifs et mélodiques à la fois, renforcés par la présence de solos plus nombreux.
Toujours pour parler de votre musique thrash/death, on peut encore trouver chez No Return des soli dignes de ce nom. J'ai constaté que de plus en plus les groupes qui font du Metal moderne (je ne parle pas du heavy/speed/melo...), aussi brutal soit-il, mettent de moins en moins de soli en misant sur des rythmiques répétitives et puissantes. On ne retrouve plus cet esprit du solo qu'il y avait il y a quelques années, le solo qui faisait qu'on adulait un guitariste en particulier dans tel ou tel groupe... Qu'est-ce que tu en penses ?
Alain : Je suis d’accord avec toi il y moins de solos actuellement chez certains groupes et je trouve ça dommage car un solo peut véhiculer pleins d’émotions et enrichir de manière considérable une composition. No Return a toujours possédé un côté mélodique et il est important de conserver çà à condition bien sur de ne pas jouer la surenchère et de placer un solo vraiment à l’endroit où il faut.
Ensuite, question batterie, il y a du avoir pas mal de travail aussi je pense, parce que Boban est vraiment rapide et percutant...
Alain : Boban a effectué un travail remarquable sur cet album, il a vraiment tout donné et je suis très content du résultat car il s’est investi totalement.
Moreno, tu es un très vieux fan de No return, mais pourquoi n'as-tu pas postulé plus tôt ? Ta voix est une tuerie et encore plus sur cet album, on aurait pu profiter de ces hurlements bien avant !! Par contre, tu as mis des effets sur la voix ?
Moréno : J'avais contacté Alain (en 1998 je crois) quand j'avais su que Laurent (Kristendom)
ne faisait plus partie du groupe mais ils avaient déjà trouvé un autre chanteur...
En tout cas merci bien pour le compliment, ça fait plaisir.
Sinon je n'utilise aucun effet sur la voix mais on enregistre sur plusieurs pistes et en les mixant cela donne ce résultat.
C'est une nouvelle façon de travailler pour moi.
Moreno, juste trois mots (c'est une image !!) comment tu t'organises avec Hate Beyond et No Return, ce n'est pas la porte à côté le Japon, un album est prévu ou pas avec eux ?
Moréno : Avec Hate Beyond on travaille surtout via internet, Warzy (guitariste et compositeur) m'envoie les morceaux et moi je cale les textes de chez moi.
Une fois que tout est prêt je pars à Osaka et on enregistre des maquettes ou un album comme on a fait pour le premier et le label en profite pour nous faire tourner là bas.
On devait enregistrer le deuxième album en novembre 2009 mais on a repoussé en 2010 car Warzy
cette année est très pris entre Los Angeles, Bangkok, Osaka et Tokyo avec ses magasins de guitares.
On espère le sortir fin 2010...
Lorsqu'on est chanteur et qu'on ne fait que le chant dans un groupe, est-ce qu'on a envie de partager l'écriture des paroles avec les autres membres ou plutôt de garder cela pour soi ? Peut-être en se disant que l'écriture d'un texte n'est réservée qu'au chanteur... Je veux dire, sans parler des lignes vocales, est-ce que tu écris toute une chanson et présentes le résultat final au groupe; ou dans chaque stade d'écriture de telle ou telle chanson tu demandes l'avis des autres membres ? D'ailleurs est-il arrivé qu'un des membres te demande d'écrire un texte sur tel ou tel sujet ?
Moréno : Personnellement je n'aime pas changer mes textes une fois qu'ils sont finis.
Lorsque j'écris je me mets dans la peau du personnage, je rédige une histoire d'une seule traite et
je pense que l'émotion qui en ressort est d'autant plus forte et authentique.
Finalement je ne pense pas qu'à un autre moment de sa vie on peut retrouver exactement le même état d'esprit et la même créativité pour retravailler un texte qui a déjà été produit...
Une fois les écrits finis je présente le tout aux autres membres et avec Boban on travaille le placement sur les morceaux.
Je n'ai pas eu encore de demande venant d'un membre de mon groupe mais ça ne me dérangerait pas. Je suis très ouvert sur des textes écrits par d'autre personnes du moment qu'ils sont
sur la même lignée des miens.

Si j'ai bien fait mes devoirs « News item » a été écrite par ta femme et cette chanson parle de la folie meurtrière d'une mère envers son enfant...Qui a eu l'idée de faire écrire cette chanson par ta femme, toi ou elle ? Qu'est ce qui a inspiré les paroles de cette chanson en particulier ? Est-ce que c'est une expérience que vous souhaiteriez renouveler à l'avenir ?
Moréno : Pour celle-ci je laisse la parole à ma femme Karine...
Karine: Je vais essayer de ne pas trop plomber l'ambiance car c'est pour moi la première interview à laquelle je réponds. C'est donc moi qui ai eut l'idée d'écrire ce texte et j'ai choisi le sujet délibérément.
Donc "News Item" relate un abominable fait divers qui s'est produit lors de la naissance de ma deuxième fille.
Peut-être qu'à ce moment là mes émotions décuplaient, toujours est-il que j'ai voulu essayer de comprendre et tout au moins me mettre à la place de cette mère qui trucide son nouveau-né avec un terrible sang froid sans émotion ni regret.
Un peu glauque certes mais je crois que c'est un sujet qui choque tellement que l'on n'ose pas en parler. J'ai choisi le titre "Faits divers" parce que c'est généralement de cette manière que l'on nomme ces abominations dans les journaux.
Voilà je pourrais vous en parler des heures mais je crois qu'il existe des forums féminins spécialisés pour les mères révoltées (rires)...
Moréno : C'est déjà la deuxième fois qu'elle écrit pour nous. Le morceau "Don't Judge Me" de l'album No Return avait été écrit par ma femme.
Je suis fier de pouvoir partager cette passion avec elle et j'espère renouveler l'opération pour les prochains albums...
Alain a déclaré lors d'une interview que No Return a toujours bien marché à l'étranger, dans quels pays s'exporte le mieux votre musique ? Est-ce que justement vous avez beaucoup tourné dans ces pays là ?
Alain : Je pense que l’Allemagne principalement a toujours réservé un bon accueil au groupe de même que les pays nordiques de manière générale. Il est vrai que globalement on a fait plus de dates en Allemagne.
Qu'est ce qui vous a fait changer d'avis par rapport au titre de l'album, puisqu'au départ vous vouliez l'appeler « Puzzle of Life » ?
Alain : Le label souhaitait un titre un peu plus percutant et représentatif de notre style, c’est la raison pour laquelle nous l’avons changé.
Cela ne nous dérange pas dans la mesure où le label sait ce qu’il faut faire au mieux pour le groupe et nous lui faisons confiance pour cela.
C'est Francis Caste (Sainte Marthe Studio-Paris) qui s'est occupé de la prod et de l'enregistrement. Le résultat est ma foi fort bien réussi également, ce qui prouve qu'il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour avoir du bon boulot… No Return n'a jamais été tenté de repartir dans un studio comme le Morrisound à l'époque ou le Abyss Studios chez Tägtgren, un truc du genre ?
Alain : Après avoir écouté les productions de Francis Caste nous avons décidé d’enregistrer avec lui, car le travail effectué correspondait vraiment à ce que nous cherchions. L’enregistrement s’est très bien passé car Francis est très compétent, professionnel et exigeant, ce qui est fondamental. De plus il est toujours à l’écoute du groupe et propose souvent d’excellentes idées. Je pense
que ce qui est important c’est qu’une personne compétente dans le son soit dans le studio, peu importe si ce studio se trouve en France ou à l’étranger.
Personnellement je n'ai pas pu vous voir avec Death Angel, et ça devait être mémorable, mais je vous ai vu il y a longtemps au Jimmy à Bordeaux lors de la promo de « Season of Soul » et aussi lors du Brutal Tour au Krakatoa en 1995... C'était comment avec Death Angel, le concert était à fond ? Comment était l'ambiance ?
Alain : C’était vraiment un super concert avec une très bonne ambiance. Et puis jouer avec Death Angel restera un souvenir mémorable.
Sans parler de l'étranger, vous avez déjà joué dans quelles régions de France pour la promotion de « Manipulated Mind » depuis sa sortie ? Et vous comptez jouer où pour cette année qui commence, donne nous quelques dates futures s'il te plait... Certainement des projets de tournées françaises voir européennes...
Alain : On a déjà joué à Rennes, Lyon, Marseille, Colmar, Strasbourg. Prochainement fin février on jouera à Dijon, Bressuire et on retourne à Lyon pour un festival en mai. On travaille actuellement sur d’autres dates et sur une tournée européenne.
Dans la vie les gens s'accrochent souvent à des symboles, ce qui leur permet d'avoir un repère. Alors au risque de paraître inculte, est-ce que votre sigle à trois branches a une signification particulière avec tout un historique derrière ou est-ce que c'est juste pour avoir une griffe reconnaissable tout simplement ?
Alain : Ce sigle n’a pas de signification particulière, cette hélice est juste un symbole
associé au groupe qui permet de reconnaître No Return.
Bon merci à vous pour cette interview, on espère que « Manipulated Mind » aura le succès qu'il mérite car cet album est réellement une grosse baffe, et je te laisse terminer. A très bientôt...
Alain : merci à toi et à ceux qui nous soutiennent. N’hésitez pas à écouter notre dernier album et à très bientôt sur scène.
page Myspace : http://www.myspace.com/noreturn2006