Interview : Nemost

Bonjour à vous… Nemost a sorti une demo en 2008 qui a tout de même été bien accueillie, et maintenant ce premier album, ce qui est toujours une concrétisation d'efforts. Vous avez de nouveau opté pour une production par vos propres moyens, mais au vu de l'accueil positif qui était constaté pourquoi ne pas avoir tenté de chercher un label qui s'occupe de “The Shadow's Trail” ?
Est-ce une solution que vous avez choisie par manque de propositions ou bien c'est plus parce que vous préférez tout gérer vous même comme cela se fait de plus en plus ?
TimCod (chant) : Bonjour ! L’album était bien évidemment la concrétisation de plusieurs années de travail, d’efforts, mais c’est aussi un moyen de trouver un label. Il est nécessaire de prouver son savoir faire pour être reconnu un minimum, et la démo n’était pas assez représentative de nos capacités musicales. Avec « The Shadow’s Trail », on a un produit fini qui permet, je pense, de démarcher les labels ; c’est maintenant que la recherche va commencer. Nous avons un line up stable, un set abouti et une présence scénique travaillée qui s’améliore de concert en concert. Nemost n’est encore qu’au début de sa vie, et je pense que tant que ce parcours évolutif n’était pas fait, nous n’étions pas prêt à démarcher. On a voulu s’armer pour proposer quelque chose de solide.

On retrouve sur cet album les trois titres qui figuraient sur votre démo de 2008, alors c'est une question qui devient plutôt obligatoire : Une production est une production et à moins de ne retrouver des chansons dans un best of, pourquoi forcément avoir réinséré les trois morceaux de la démo précédente ?
Est-ce que c'est parce que vous ne vouliez pas laisser ces chansons là en perdition à travers une démo qui n'aurait pas eu la même reconnaissance que peut avoir un album ?
Samuel Eymonym (guitares) : « Sardanapale », « Whisper » et « Orcus » font encore maintenant partie de nos titres phares, et il nous semblait impensable de ne pas les enregistrer avec un son à la hauteur. Et puis chacun de ces titres a subi des évolutions, a mûri au fil des mois, surtout avec l’arrivée de Merry DotA et Thybo qui n’étaient pas là à l’époque de la démo.
Parce qu'aussi finalement la durée de “The Shadow's trail” est relativement courte à peine un peu plus de 36 minutes, surtout que l'on passe vraiment un bon moment à l'écoute de cet album. Comment vous expliquez cette durée plutôt courte ?
Samuel Eymonym (guitares) : C’est vrai que ça pourrait donner l’impression d’un manque d’inspiration, mais c’est loin d’être le cas! C’est surtout qu’en 2009 on a eu beaucoup à faire, notamment avec le Fallenfest dans lequel on s’est investi à fond. De plus nous avons intégré deux nouveaux membres, il a donc fallu se concentrer avec eux sur les compos existantes. Cependant nous avons d’ores et déjà trois nouveaux morceaux prêts pour le deuxième album et un quatrième est en préparation. Le public pourra en découvrir deux sur scène le 30 avril.
Et cette demo est sold-out ou il vous reste encore quelques exemplaires de côté ? D'ailleurs à combien d'exemplaires avez-vous tiré la démo à l'époque et en comparaison à combien d'exemplaires a été sorti “The Shadow's Trail”, ça représente tout de même un investissement conséquent.... ?
Johan Nat (guitares) : La démo n’a pas été commercialisée, nous en avons donc tiré une centaine surtout pour faire la promotion du groupe. « The Shadow’s Trail » en revanche, a été pressé à 1500 exemplaires. Nous sommes déjà entrés dans nos frais car nous avons eu la chance de travailler avec des personnes compétentes et très bon marché, et également celle de travailler avec les bons sponsors. C’est vrai que sans cela, faire presser un album représente un investissement assez lourd pour un groupe non signé.
Et quand on voit le prix d'achat de l'album à savoir 6 euros, ce n'est rien par rapport à tout ce que l'on peut voir en autoprod ou même en signature. Les sorties étant au départ entre 11 et 13 euros.
Comment avez-vous fait pour avoir un prix de vente aussi bas, il faut tout de même rentrer dans ses frais non ?
Samuel Eymonym (guitares) : On a parié sur le nombre. En vendant 100 CDs à 5 euros on rentre autant d’argent qu’en en vendant 50 à 10 euros, mais deux fois plus de gens connaissent notre musique ! Et c’est vraiment notre priorité, partager avec le plus grand nombre.
On remarque dans l'artwork de votre demo, et bien évidemment celui de “The Shadow's trail” que cette espèce de “Mandala”, de rosace occulte revient de nouveau, on a l'impression que c'est un peu la marque visuelle de Nemost, un repère oculaire qui permet à l'auditeur de reconnaître immédiatement...
TimCod (chant) : C’est tout simplement le logo du groupe, tout à fait. J’ai très tôt établi une charte graphique dans mon artwork, avec le logo en couleurs, et en noir et blanc. Cette rosace qui au départ était un dessin d’Arthur Sire, je l’ai remaniée pour en faire le logo actuel. On le retrouve sur tous les flyers, les
T-shirts, les stickers etc...

En tous les cas, s'il est une chose remarquable, avant de parler de votre musique, c'est qu'il existe chez vous un professionnalisme impressionnant. La qualité du design, de l'artwork... J'en reviens encore à votre visuel, mais Nemost semble attacher une importante part à son image. De plus on ressent directement en regardant la pochette et le booklet de “The Shadow's trail” la mélancolie qui touche votre musique... Comment vous êtes arrivés à trouver ce juste milieu, cet équilibre entre la musique que vous créez et cette impression d'amertume qui ressort de cette pochette... ?
Qui est à l'origine de la création de cet artwork ? J'adore ces couleurs automnales...
Thybo (batterie) : Merci pour ce que je considère réellement comme un compliment, à savoir ton allusion à notre professionnalisme. Comme la majorité des groupes, nous avons à cœur de partager et faire connaître notre musique, cependant nous gardons toujours à l’esprit l’énorme productivité de la scène metal et donc la concurrence qui en résulte. Aussi nous avons très rapidement abordé notre projet avec un grand sérieux. Ainsi, chacun s’est vu attribuer des tâches dont il a la charge, cela nous permet d’être plus efficaces dans notre gestion quotidienne de Nemost. Outre l’expression évidente de notre motivation et de notre passion pour cette scène metal, cela nous est apparu comme le meilleur moyen de toucher rapidement un plus large public, de plus en plus exigeant de nos jours.
J’espère d’ailleurs que dans un avenir proche notre démarche nous permettra de collaborer avec un label, tout comme elle nous a déjà permis d’obtenir certains contrats d’endorsement comme celui avec la marque Velvet pour ses cymbales.
TimCod (chant) : Concernant l’artwork, je suis en fait technicien audiovisuel et je suis donc le graphiste du groupe. Le visuel de l’album que j’ai réalisé est clairement ma tentative de donner une version graphique de la musique de Nemost. Je voulais un patchwork de sentiments que j’ai retranscris. En outre, je travaille avec Martial Soula, qui est le photographe officiel de Nemost ; c’est avec lui que j’ai réalisé les clichés nécessaires à la conception de tout cet univers visuel.
Une des premières impressions qui se dégage fortement de Nemost, c'est la forte personnalité vocale de TimCod. J'ai trouvé que son timbre de voix, est un genre de timbre qu'on aime ou pas, mais en tous les cas qui ne se confond pas dans la masse... Personnellement je lui trouve des intonations proches de celles de Ville Laihiala de Sentenced, avec aussi un style tel que celui de Mathias Lodmalm de Cemetary, cette voix cassée et chaude en même temps. Est-ce que c'est un constat qu'on vous rapporte souvent, et justement vu que sa voix se prête à un style relativement dark, est-ce que vous modifiez certaines ambiances, après écriture, afin que la voix de TimCod colle plus facilement à l'essence du morceau ?
Samuel Eymonym (guitares) : Pour la composition, c’est soit Jo soit moi qui apportons le « squelette » de départ du morceau avec en priorité les guitares, et parfois déjà des idées pour la basse, la batterie et le chant. Ensuite chaque musicien réarrange sa partie à sa convenance et on met en commun. Une fois qu’on a une partition assez élaborée, on la travaille en répète et on peaufine, en modifiant les structures et les arrangements quand c’est nécessaire.
TimCod (chant) : Pour ma part j’essaye ensuite de jongler avec les différents types de voix qu’offrent le death, le dark ou même le grunge. C’est toujours agréable de se voir comparer à des artistes reconnus, mais c’est bien la première fois que le constat est fait pour Sentenced et Cemetary.
La production de cet album, me semble vraiment bonne, mais on ne sait pas grand chose dessus, vous avez été assez avares d'informations sur le booklet finalement. On sait juste que l'enregistrement et le mixage ont été réalisés par Lucas D'Angelo de Black Curtains que vous remerciez, le mastering par Sylvain Biguet, mais quand est-ce que tout ceci a été effectué, et où ?
Est-ce que tout le résultat de “The Shadow's Trail” est le fruit d'un labeur fait “maison” ?
Johan Nat (guitares) : L’enregistrement s’est déroulé sur plusieurs mois car Lucas d’Angelo travaillait en même temps sur ses propres projets musicaux. Nous avons donc commencé à travailler sur l’enregistrement dès l’automne 2009 (principalement en home studio, avec quelques passages en studio pro pour la voix et les guitares acoustiques). Le mixage a commencé début 2010 sur encore 2 mois, également en home studio. Lucas d’Angelo et moi avons passé des semaines à étudier chaque détail, en faisant bien sur valider systématiquement par le groupe, pour un rendu le plus propre possible. A vrai dire nous pourrions y être encore, comme Lucas le dit si bien un mixage n’est jamais fini, on peut toujours trouver un détail à perfectionner.
Puis nous avons fait masteriser l’album chez Sylvain Biguet (qui a travaillé avec Trepalium et Klône entre autres). Grâce à son studio suréquipé et un travail sur le son très professionnel nous avons la chance d’avoir un rendu dont nous sommes plus que satisfaits pour un premier album. C’est donc bel et bien un labeur « fait maison » pour sa grande majorité.

Parlez nous un peu de l'enregistrement également des batteries, mais aussi du remerciement à Lucas Ferry, que vous remerciez pour sa participation à la basse, qu'en est-il ?
Thybo (batterie) : Mon souhait et celui du groupe était d’avoir un son de batterie propre et puissant, et éviter un son trop « cheap ». D’autre part nous savions bien que nous n’aurions jamais le budget pour passer le temps nécessaire à l’obtention d’un tel son si nous avions dû le faire en studio. C’est ainsi qu’après discussion avec les membres du groupe et avec Lucas d’Angelo, nous sommes arrivés à la conclusion qu’un mix de batterie programmée et de mes vraies cymbales enregistrées en studio serait plus approprié.
Cela me paraissait un compromis d’autant plus acceptable que de nos jours quasiment 100% des grosses caisses sont triggées, de même que de plus en plus de caisses claires et parfois même les toms ! Cependant, en terme de programmation il est très difficile d’obtenir toute la chaleur et les harmonies d’une vraie cymbale. Cela nécessite l’humanisation du jeu, déjà effectuée pour la part de batterie programmée, c’est pourquoi je tenais absolument à avoir de vraies cymbales sur l’album.
C’est donc au Capitol studio que s’est déroulé l’enregistrement sur une journée. L’écoute de l’album me conforte dans l’idée que ce compromis est acceptable bien que j’espère pouvoir enregistrer intégralement ma batterie pour notre prochain album.
Johan Nat (guitares) : Concernant Lucas Ferry, c’est notre ancien bassiste. Il a participé à l’enregistrement d’une partie des morceaux de l’album, et en vertu de ce qu’il a apporté nous pensions qu’il méritait de garder une place sur cet album.
La musique de Nemost est difficilement classable, c'est ce qui est intéressant, justement je parlais des Sentenced et Cemetary, vous avez cette faculté de jouer une musique à la fois triste et profonde comme on l'entend dans la scène doom/death, presque goth, du moins la scène moins récente. Mais également, il y a ce côté dark metal que vous avez su capter comme Moonspell, en faisant ressortir des rythmiques brutales, presque death qui emmène l'auditeur au fond de l'abîme...
Le monde musical de Nemost se compose de quels courants musicaux, pour proposer des passages nettement plus brutaux comme sur « Skin for skin » et d'autres tellement noirs et nostalgiques ?
Johan Nat (guitares) : Nos principales influences restent des groupes comme Opeth, Katatonia, Paradise Lost ou Daylight Dies pour les parties « prog/mélancolique », et Dark Tranquillity, Nevermore ou encore les anciens album d’ In Flames pour la part « death/melo » de nos morceaux.
Il se trouve que sur cet album, Sam et moi avons proposé des compositions assez complémentaires, puisque Samuel a d’avantage apporté au côté mélancolique (« Whisper », « Unexpected »), tandis que j’ai composé des morceaux un peu plus violents dans l’ensemble (« Skin for Skin », « Orcus »).
Nous ne voulions pas être étiquetés dès notre premier album comme un groupe au style très précis, il était important pour nous de garder une liberté d’évolution. De même, nous considérons qu’un album à 9 titres similaires est un album qui ne s’écoute pas jusqu’au bout, d’où l’intérêt d’avoir une panoplie d’influences très diversifiée au sein du groupe.
Pour la sortie de « The Shadow's Trail », vous avez également réalisé un clip vidéo pour la chanson « Sardanapale » dont le tournage a du vous prendre du temps puisque vous avez tout de même monté une petite histoire à travers cette chanson.
Comment s'est passé ce tournage, à qui avez-vous fait appel pour la réalisation du clip ?
TimCod (chant) : J’ai réalisé moi-même ce clip, sur tout l’aspect image. On a choisit d’écrire le scénario à partir de l’histoire du morceau. J’ai contacté Alain Cogne pour m’épauler sur la réalisation du projet, nous avons le même métier dans l’audiovisuel. Nous avions en effet besoin de son regard extérieur au groupe pour réaliser un produit de qualité. Il y avait une deadline, le clip devait être diffusé dans « Zone Metal » sur MTV Pulse. Il a donc fallut tourner et monter assez rapidement, c’était très intense ! Ainsi, le clip de Nemost est une véritable co-réalisation à tous les niveaux : écriture, tournage et post production. C’est beaucoup de nuits blanches, pas mal d’heures au téléphone, beaucoup de sueur, quelques frayeurs et une ou deux grosses bosses.
Et vu que vous avez réalisé l'album vous même, pourquoi vous n'avez pas inclus une piste vidéo sur le cd pour insérer le clip dessus ? Ça coûtait peut-être trop cher ou c'était juste une question de timing ?
Johan Nat (guitares) : C’est surtout le timing qui a joué, puisque notre soirée de lancement d’album était déjà programmée et que nous avons rencontré un sérieux souci technique juste avant le pressage. Nous avons préféré avoir notre album pressé avec la meilleure qualité possible plutôt que d’essayer d’y intégrer la vidéo en le faisant avec empressement et être au pied du mur une fois les cd livrés si il y avait un problème avec le clip. Le cd était déjà attendu depuis plusieurs mois, aussi nous avons du faire la part des choses. Cependant le clip est disponible gratuitement sur notre myspace et sur youtube, aussi les fans n’y perdent pas !
Un petit retour en arrière et quelques mots sur le Fallenfest 2009, où vous avez quelques bons souvenirs... Est-ce que cette expérience reste pour vous quelque chose de constructif humainement tout d'abord mais également professionnellement ? Est-ce que cela vous a aidé à faire connaître un peu plus le groupe ?
Samuel Eymonym (guitares) : Le Fallenfest représente en gros la totalité de notre premier semestre 2009! On a enchaîné les tours à tel point, comme je le disais tout à l’heure, qu’il ne nous restait plus beaucoup de temps pour autre chose.
Ceci dit cela a été une super expérience, notre deuxième tour à la Boule Noire notamment reste pour moi le meilleur concert de Nemost. C’est pas tous les jours que se présente l’opportunité pour un groupe peu connu comme nous de jouer dans des salles aussi prestigieuses que la Boule Noire, le Trabendo ou encore la Cigale !
Bon maintenant que l'album est sorti, il va falloir aussi repartir sur les routes pour le défendre un petit peu quand même. Vous avez prévu une tournée à partir du mois de septembre c'est ça ? Il y a déjà des dates calées ou pas ?
Johan Nat (guitares) : Plusieurs soirées de lancement ont déjà eu lieu (une au Black Dog et une au Katabar). Notre premier concert sonorisé pour l’occasion est organisé le 30 mars en tête d’affiche, avec Elephant Shu, Free-x-Jam et Thy Frozen Beauty au Muzik Jam Palace de Montreuil. Enfin, comme tu le signales, une tournée en France est en cours d’organisation pour la fin septembre/ début octobre. Toutes les infos seront disponible sur myspace et facebook dès que l‘ensemble de la tournée sera programmée.

Bon est-ce qu'on a fait le tour de Nemost ? Merci encore pour cette interview, si jamais j'ai oublié quelque chose, il est encore temps d'en parler....
Et pour terminer ou peut-on se procurer l'album à part auprès de vous, est-ce que vous avez obtenu de bonnes distributions pour disséminer « The Shadow's trail » un peu partout en France ou en dehors de nos frontières ?
Johan Nat (guitares) : Merci à toi pour cette interview! L’album est vendu avant tout sur Internet (www.nemost.bigcartel.com), et à nos concerts à moindre prix. Nous sommes également distribués au Rock’n’roll Voltage à Paris. Nous n’excluons pas d’entrer en contact avec des distributeurs plus importants, mais pour un groupe non signé cela s’avère souvent assez compliqué.
Une dernière chose : si vous avez aimé « The Shadow’s Trail », venez voir ce que ça donne en live, vous ne serez pas déçus ! Merci à ceux qui ont acheté notre album, et surtout à tous ceux qui ont déjà pu prendre du plaisir en écoutant Nemost ! À très bientôt sur scène !
Liens :
page myspace : www.myspace.com/nemost