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Interview de Kalisia - janvier 2009.

Interview : Kalisia

logo du groupe Kalisia
La musique classique a ses grands noms, le jazz a ses grands noms et le metal a ses grands noms. Et dans ce dernier courant musical on peut écouter toutes sortes d'excellents groupes dans des styles encore plus extrêmes les uns que les autres. Seulement en France, on n'avait pas encore de précurseur, d'éclaireur, de guide en matière de metal progressif à tendance extrême. Kalisia est celui -là. Avec un album d'une telle envergure qu'est « Cybion » que nous avons tant attendu durant ces dernières années, le voici enfin qu'il nous arrive pour commencer cette nouvelle année. Un projet aussi complexe qu'amibitieux se devait d'être décrit et explicité. Voici donc les propos de Brett  Caldas-Lima (guitares, chant , programmation), « l'homme à tout faire »...
par Arzhu - janvier 2009.

Salut, Brett, alors, évidemment la première question que tout le monde se pose c'est pourquoi avoir mis autant de temps pour sortir cet album ? Qu'est-ce qu'il s'est passé pendant ces treize longues années, raconte nous tout en détail...

Il faut penser qu'à la sortie de “Skies” nous avions 20 ans, nous avons donc du finir nos études, remplir nos obligations civiles... Nous avons commencé à travailler sur le successeur de “Skies” je dirais en 1996. Nous avons assez rapidement choisi la voix du concept album d'un seul morceau (bien avant la sortie du “Crimson” de Edge Of Sanity). Finalement, après être venu à bout de la composition et des paroles, ce qui s'est déjà avéré une tâche extrêmement ardue (c'est facile de dire qu'on va faire un morceau d'une heure, ça l'est moins de le rendre intéressant, qu'il colle aux paroles et au concept, bref, qu'il soit bon), il a fallu passer à l'enregistrement à partir de 2003 qui s'est montré être un véritable cauchemar, comme si nous étions maudits. Ensuite une fois tout ceci terminé, avec l'artwork qui s'est également fait en parallèle, nous avons cherché un label que, tel David Vincent, nous ne trouvâmes jamais... Et nous voilà donc aujourd'hui à la veille de 2009. Tu sais, plus on vieillit et plus le temps passe vite, et aujourd'hui en regardant en arrière j'ai du mal à comprendre pourquoi tout ce temps moi même...

Au cours de ces années écoulées et notamment en 2002, vous aviez enregistré un sampler medley qui faisait office de bande-annonce pour l'album.... Quel était l'intérêt de cette démarche pour Kalisia, de faire patienter le public afin que Kalisia reste dans les têtes, ou pour prouver , même si vous n'aviez rien à prouver, que le groupe bossait vraiment sur le projet d'album qui lui tenait tant à coeur ?

Rappeler notre existence, éventuellement refaire parler de nous un petit peu, donner envie à ceux qui ne nous connaissaient pas de s'intéresser à notre musique. A ce moment là, l'album devait sortir peu de temps après, on n'avait vraiment pas idée de ce qui nous attendait, on pensait le plus dur derrière...

Et alors , à ce jour, quel est le line-up officiel de Kalisia ? On sait que Loïc est parti en 2004, Laurent Bendahan en 2007, que vous aviez fait plusieurs auditions de chanteuses et que tu as fais la connaissance d' Elodie du groupe Auspex qui, en plus du chant, a aussi fait des parties de flûte traversière et de saxophone...

Voilà, il reste donc aujourd'hui Thibaut, Laurent P. et moi des membres d'origine. Elodie fait partie du groupe et devrait nous accompagner sur scène (si scène il y a) en soulageant également Laurent de quelques parties de synthés, et Bruno (de Fairlight, groupe de death atmosphérique du sud de la France avec lesquels nous sommes de très bons amis) remplace Loïc. Nous n'avons pas encore trouvé de batteur, ça s'avère être une tâche très ardue. Nous auditionnons des gens et devons revoir quelqu'un le mois prochain, on croise les doigts pour que ça le fasse avec lui !
C'est que notre futur batteur doit avoir des bras, des jambes, mais aussi un cerveau pour mémoriser et assimiler “Cybion” et un cœur pour interpréter la musique comme il le faut, être un véritable musicien, et ce n'est pas simple... Les batteurs sont rarement livrés avec tous ces accessoires (humour).

Peut-on connaître les raisons du départ de Laurent Bendahan, est-ce que ses parties ont été conservées sur l'album ? 

Laurent est effectivement sur l'album. Les raisons de son départ sont les sempiternelles “divergences humaines et musicales”.

pochette de l'album de Kalisia

Ensuite , forcément on se demande ce qu'il y a dans cet album, en treize années on évolue, la musique de Kalisia a certainement évoluée aussi. A quoi correspond « Cybion » au jour d'aujourd'hui ? 

Parce que musicalement c'est très progressif et symphonique, on y retrouve non seulement du Metal sous toutes ses formes, dont des choses comme Dream Theater, Ayreon ou Cynic, mais également plein de parties prises dans la musique du monde entier à différentes périodes du vingtième siècle. J'entends par là que j'ai découvert des parties orientales, de la musique funky, de vieux rock à la Doors, du Isaac Hayes ,de la musique new age, des trucs comme Era ,en plus techno...Il y a tellement de choses qu'il est difficile de décrire votre musique ...
Le seul moyen de savoir ce qu'il y a dans l'album, c'est de l'écouter. Je suis très mal placé pour le décrire, et si tu me demandes à quoi correspond “Cybion” aujourd'hui je pourrai juste te répondre “à une décennie de nos vies”, ce qui ne va pas trop avancer les gens sur le contenu du disque...
Il y a effectivement un grand nombre d'influences, que j'espère être digérées, qui correspondent à nos goûts variés (je peux sans problème écouter un album de Britney Spears après un disque de Bloodbath par exemple...).
Ceci dit, les parties “funky, techno, hispanisante ou autres” sont tout de même assez anecdotiques et viennent juste pimenter un peu le tout, aèrent l’ensemble, et servent en quelque sorte de balises, de repères facilement identifiables pour l'auditeur dès les premières écoutes. “Ah ouais le passage techno, ah voilà le passage funk...”. C’est important d’avoir des points de repères pour s’y retrouver un minimum, un morceau aussi long ne serait pas digeste sans.

C'est vrai, elle ne sont pas très longues effectivement...L'album sort au mois de janvier 2009, finalement en autoproduction avec plus tard une distribution par Season of Mist (ils sont partout ces gens là!!). Tu peux nous en dire plus sur le problème qui s'est posé avec les labels pour ne pas avoir pu signer avec une maison de disque ? 

Qu'est-ce qui leur faisait le plus peur, la complexité de la musique de Kalisia ou la complexité du packaging de Kalisia et l'ambition, peut-être démesurée pour eux, d'un tel projet ?
Nous ne sommes pas commercialement intéressants. Notre projet est invendable, trop cher, trop à part, trop complexe..., et personne ne veut plus prendre de risques aujourd'hui. Alors nous l'avons pris en finançant tout nous mêmes. Nous savons que nous ne nous rembourseront pas, surtout en proposant un tel produit (digipak, double CD, livret 36 pages) à un prix aussi bas... mais on peut s'y résoudre par passion. Ce qu'un label ne peut évidemment pas. Et le soutien des artistes qu'on admire et présents sur le disque représente bien plus pour nous que celui d'un businessman comptable.

photo de Kalisia

Cela fait plaisir de lire ça, la musique avant tout, ça commence tellement à se perdre...

Le problème, c'est que même encore aujourd'hui, faire de la musique, ça coûte de l'argent. Donc je comprends qu'on ne veuille pas jeter son argent par les fenêtres en investissant dans un projet de fous furieux... Mais sans prise de risques, l’art s’endort et meurt. En ce qui nous concerne, on croise les doigts, surtout qu'on propose quelque chose d'original et d’honnête d'un point de vue “marketing” (le vilain mot que voilà)... Espérons que les gens suivent notre démarche et nous soutiennent.

Quel a été le problème avec l'usine, vous deviez recevoir les cd's fin décembre et pas mi-janvier 2009 ? Que s'est-il passé exactement ?

La malédiction Kalisia dans toute sa splendeur, tout simplement. Ils nous ont rédigé le devis et on l'a approuvé et payé, tout était sur les rails. Mais j’ai ensuite reçu un coup de téléphone dans lequel ils m’informaient qu’ils s’étaient trompés et avaient oublié la TVA, alors qu'elle était censée être incluse. Ne pouvant rajouter 20% du montant total (qui est déjà très élevé...), il nous a fallu renégocier un nouveau devis avec un digipak moins luxueux (mais qui reste encore au dessus du lot...), refaire la maquette aux nouvelles dimensions. Un travail dont je me serai très aisément passé surtout en ce moment ! En fait le seul véritablement déçu dans l'histoire c'est moi car j'ai eu entre les mains ce que les gens allaient acheter en me disant “Putain ça tue des huîtres !”. Alors maintenant, je trouve ça moins bien évidemment mais les gens trouveront, j'espère, quand même le produit super.

Surtout qu'ils s'impatientent !!...

Qui ?

Les gens quand même !!

On est maudits je te dis... Mais bon, qu’on les reçoive mi-décembre ou mi-janvier, on avait prévu de n’envoyer les pré-commandes qu’en janvier pour éviter les pertes multiples par la Poste pendant les périodes de fête. Alors ça ne change finalement pas grand chose pour les fans, qui ont de toute façon appris la patience grâce à nous ! ;-) Et puis après le fiasco de la pochette CD de “Skies”, je m’attends au pire. Saloperie de vaudou !

Finalement combien de temps aura duré la composition seule de l'album ?

Et ensuite sais-tu à peu près combien d'heures de travail ont représenté l'enregistrement, mixage et mastering ? Comment l'album a-t-il été enregistré, vous avez fait tout ça en plusieurs fois, bien sûr...?
La composition de l'album, je dirai de 1996 à 2002 avec quelques petits arrangements par la suite. Ensuite l'enregistrement de 2003 à 2007, bien entendu en plusieurs fois et avec des périodes d'arrêt total. Je ne pourrais pas te dire combien d'heures j'y ai passé, et je ne veux même pas le savoir, je crois que je me tirerais une balle dans la tête. Plusieurs dizaines de milliers d’heures, ça c’est une certitude... Entre la composition, l’écriture, l’enregistrement, le mixage, la conception du site web, les illustrations et le packaging, la promotion...

Vous avez inclus un deuxième cd bonus qui contiendra le mcd « Skies » mais aussi quatre reprises. Parle nous un peu de cette idée de mettre deux cd's et de ces reprises...

Elle a germé pendant une de ces périodes d'arrêt total auxquelles je faisais allusion plus tôt. Pendant toute une année j'étais tout simplement en attente qu'un des membres du groupe se libère pour faire son boulot... On avait trouvé qu'il serait sympa de remixer “Skies” et de l'inclure en bonus, et comme il me restait de la place sur le CD bonus, du temps et de la motivation, j'ai choisi de rendre hommage à quelques uns des groupes qui nous avaient influencés à nos débuts, en me limitant toutefois à un par style. J'ai donc jeté mon dévolu sur Dream Theater (pour le côté Metal progressif), Cynic (pour le côté death expérimental), Emperor (pour le côté black metal) et Loudblast (pour le côté death metal). Et j'adore l'idée que les reprises de Dream Theater et d'Emperor s'enchaînent... Je ne pense pas connaître beaucoup de groupes qui peuvent se permettre ce genre d'écart stylistique.

photo de Kalisia

Ok...-« Cybion » est annoncé comme un concept album, tu peux nous en dire un peu plus sur le contenu de celui-ci ? De quoi s'agit-il exactement ? Est-ce que c'est un concept basé uniquement sur l'album ou il existe une sorte de porte de sortie qui permet une suite plus tard ? 

Je ne veux pas trop en dire car j'aime l'idée que les gens y réfléchissent eux même, essayent de trouver les clés, comprennent sans qu'on leur mette le nez sur les choses. Quand on l’a compris, il est évident qu’il ne peut avoir de suite à l’histoire comptée dans “Cybion”. Du moins pas dans l'état de connaissance actuel de la science. Et quand bien même... J'avais commencé à écrire une nouvelle car le scénario que suit “Cybion” est très touffu, regorge de personnages, de détails et de développements qu'il était impossible de retranscrire intégralement en paroles pour ce seul disque, mais j'ai laissé tomber au bout d'une dizaine de pages car cela représentait trop de travail et que j'en avais déjà largement assez comme ça !

En parlant d'écriture,je suppose que l'écriture a du aussi prendre pas mal de temps, est-ce que les paroles ont été l'oeuvre d'une seule personne ou c'est collégialement que vous avez matérialisé la pensée de ce concept album ? Comment ont été choisis les thèmes, les mots, les histoires ?

Les paroles découlent de ma collaboration avec Laurent P. Ça s'est fait via un grand nombre d'échanges de mails, de scripts et de propositions et ont nécessité de longs mois de travail et de réflexion.

Ce qui me fait venir à cette question : s'agissant d'un concept, l'idée globale est donc au départ en pensée, avant toute création matérielle, tant pour la musique que les paroles... Comment avez-vous fait pour créer les passages que vous vouliez imaginer ? Est-ce qu'on commence d'abord par écrire la musique puis les paroles ou plutôt l'inverse, afin de coller au mieux à l'idée qu'on a du morceau ou de tel ou tel passage ?

C'est en fait un aller-retour constant et incessant. Comment optimiser l'impact de telle action en musique, quelles paroles collent le mieux à l’ambiance dégagée par la musique, etc... Si une des parties du concept semble plus violente, plus sombre et moins “symphonique” ce n’est par exemple pas un hasard.

Déjà avec « Skies », vous étiez beaucoup attirés par tout ce qui touche à la science-fiction ou plutôt l'anticipation, l'espace... D'où vient cet attrait pour ce genre de sujets, est-ce que l'un d'entre vous a suivi un parcours scolaire particulier en relation avec ce type de connaissance ou simplement c'est une passion commune qui a fait que... ? 

“Skies” n'était pas trop “science-fiction” il me semble, c'était vraiment plus de la psychologie et de la philosophie, une réflexion sur l'Homme. Pour “Cybion”, c'est juste que Laurent P. et moi aimons beaucoup ça. Nous avons lu pas mal de livres de science-fiction à une époque et nous nous en sommes inspiré pour créer notre histoire. C'est, comme tu le dis, plus de l'anticipation que de la science-fiction à proprement parler, on est loin des sabres lumières ou autres créatures baveuses et on est plus proches d'univers à la Frank Herbert, Philip K. Dick ou Arthur C. Clarke. Au delà des planètes, civilisations et vaisseaux, le noyau du concept reste toutefois l'Homme, sa psychologie, son évolution ou, au contraire, sa régression... Disons qu’on reste tout de même dans le domaine de la philosophie et de la réflexion, mais projetée dans le futur.

Continuons sur le concept, vous êtes allés jusqu'au bout de votre projet, vous n'avez même pas laissé un seul centimètre de chose non contrôlée. Tu as créé le « Kal », qui est le langage pour ce disque , avec ses propres règles grammaticales, son étymologie, sa calligraphie... Explique-nous...

Détrompe toi, nous avons volontairement laissé une place au chaos et à l'improvisation malgré les apparences. Enfin, parfois bien malgré nous, mais nous n'avions de toute façon pas l'expérience et surtout les capacités matérielles pour tout contrôler. Pour ce qui est du Kal, je voulais en fait utiliser une langue distinctive pour certains passages, notamment pour la chorale. Je voulais qu'elle chante en latin mais j'avais la flemme de l'apprendre. Et puis cela n'avait aucune justification dans l'histoire, alors qu'une langue nouvelle, universelle, commune entre toutes les races de l'univers, une sorte d'espéranto galactique, en avait beaucoup plus, et est même une nécessité quand on y réfléchit. Alors j'ai étudié différentes langues comme... le latin (sic), le sanskrit, l’anglais, l’arabe, le grec, l’allemand, le japonais, et même le quenya ainsi que le tengwar pour obtenir le Kal, un langage crédible et articulé, qui ne ressemble à aucun autre, qui ne soit pas du français avec des mots différents. Je lui ai également crée une calligraphie propre. Et un avantage certain, c'est que je vois mal quelqu'un venir me voir pour me dire “Y a une faute de conjugaison là” ! En revanche je tiens à préciser que je n'ai pas inventé de mots dont je n'aurais pas l'usage, je suis fou mais pas complètement non plus ! Mon “dictionnaire” s'agrandissait donc au fur et à mesure de mes besoins (ne me demandez pas comment dire “chaussette” ou “lave-linge” en Kal !!!). Je ne parle donc pas le Kal couramment.

photo de Kalisia

Les images qui sont à l'intérieur du booklet, bien évidemment complètent à la perfection l'ensemble de la création, encore une fois qui a choisi l'idée maîtresse de ces images et quel graphiste s'est occupé de faire prendre vie à ces idées ?

La lourde tâche de mettre en image notre vision est revenue à deux jeunes montpelliérains, Guillaume alias Anders Lazaret et Matthieu alias Ultimeatome, respectivement dessinateur et infographiste (www.ultimeatome.com). Nous voulions un livret conséquent et c'est le cas puisqu'il comporte 36 pages ! Ils ont réalisé les illustrations à partir de nos storyboard : en gros, on leur décrivait précisément les images (des scènes clés du concept ou des passages exploitables visuellement) et ils devaient les rendre réelles. Ils ont abattu un travail titanesque pendant plusieurs mois, mais sur la fin, ne travaillant plus ensemble et ayant sans doute perdu de leur motivation (c’est qu’il en faut pour venir à bout d’un projet pareil), ils nous ont remis les fichiers photoshop que j'ai pu modifier à ma guise pour les finir. J’ai refait quelques unes d'entre elles qui ne correspondaient pas à nos attentes, et ai également fini le packaging et la mise en page.

Parlons un peu des guests qui apparaissent sur l'album dont tu parlais au début....Vous avez bénéficié d'un soutien phénoménal de la part d'artistes du monde du Metal dans son sens le plus large tels que Angela Gossow d'Arch Enemy, Arjen Lucassen d'Ayreon, Paul Masvidal de Cynic, Ludovic de SUP, pour ne citer qu'eux. C'est vraiment impressionnant... Quel a été l'élément qui a fait que ces personnes ont participé à votre projet, c'est une démarche de votre part, vous les avez contacté, comment ça s'est fait ?

Crois-moi, ce n’est pas l’argent qui a motivé ces personnes à nous soutenir et participer. En fait chaque histoire est très différente. Par exemple pour le chant death sur la reprise de Cynic, je souhaitais retrouver Dana Cosley, la chanteuse live de Cynic en 1994 et qui se chargeait du chant death. Mais après plusieurs semaines de recherches intensives, il était impossible de retrouver sa trace, elle avait tout simplement disparu de la surface de la terre. Même les membres de Cynic ignorent ce qu’elle est devenue. Alors j’ai dû me résoudre à chercher quelqu’un d’autre. Je me suis toutefois rattaché à l’idée d’une growleuse, et j’ai envoyé un message à Angela Gossow sur son Myspace, n’en attendant rien du tout, mais très très rapidement elle m’a envoyé un message hyper sympathique en me disant qu’elle aimait ce qu’on faisait et qu’elle était partante. Elle était en train d’enregistrer les parties chant de “Rise of the Tyrant”, le dernier album en date d’Arch Enemy et donc ça tombait bien elle pouvait faire ça en studio. Je n’en croyais pas mes yeux. Jamais je n’aurais imaginé ça possible. Il y a d’autres personnes qui évidemment n’ont pas répondu du tout aux sollicitations, ou d’autres dont la seule motivation était l’argent. Mais un mec comme David Scott McBee, un Américain qui chante comme un dieu, a même insisté pour payer le studio de sa poche lui même !!! Enfin, d’autres ont donné leur accord et devaient participer comme Patrick Rondat par exemple, mais se sont désistés à la dernière minute.

Les chansons qui figurent sur l'album ont été mûrement travaillées et exploitées, mais avez-vous préparé d'autres morceaux en prévision d'un successeur ? Avez-vous eu malgré tout le temps de mettre de côté des morceaux qui sont soit encore à peaufiner, soit déjà terminés pour amorcer ne serait-ce que l'ombre d'un successeur ou « Cybion » est l'oeuvre d'une partie de votre vie, voire de votre vie, et il sera difficile d'aller au delà ?

L’album durait environ 1 heure 30 avant qu’on ne décide de couper dans le tas pour en réduire la durée à quelque chose de plus supportable pour l’auditeur. Je ne sais pas si nous garderons des éléments non utilisés, ou tous ces riffs que nous avons mis de côté parfois à regret car ils ne s’intégraient pas. L’avenir nous le dira, pour l’heure, je ne pense vraiment pas que « Cybion » ait de successeur avant longtemps, cela dépendra toutefois des retours, de l’accueil du public.

On pourra se procurer l'album en digipak, mais comme on ne peut pas y couper, vous avez également pensé à une version digitale en mp3, téléchargeable c'est ça ? Et la version qui sera distribuée via Season of mist , elle sera différente ?

Il y a effectivement 3 manières de se procurer l’album. Tout d’abord en commandant le digipak deluxe sur notre site internet (www.kalisia.com) pour 14 euros (plus le port), c’est la meilleure manière de nous soutenir car c’est avec cela qu’on a une chance de rentrer dans nos frais, puisque l’argent nous revient directement. Ensuite, un peu plus tard, à partir du mois de Février, en l’achetant dans les magasins via la distribution de Season (Fnac, Virgin, Furet du Nord...) (pour une somme forcément indépendante de notre volonté, mais on a tout fait pour que le disque soit bon marché, surtout en rapport avec le packaging et la durée). Et enfin en mp3 via notre site également, ou dès que possible sur iTunes et autres plates-formes. On n’a aucun contrôle sur le prix de vente sur iTunes, c’est Apple qui décide. En revanche sur notre site il sera disponible pour seulement 3 euros (sans livret, sans le cd bonus). Il n’aura pas de système de protection, le genre de truc trop pénible qui fait qu’on ne peut pas écouter ce qu’on a acheté où on veut, genre dans la voiture ou sur certaines chaînes, je trouve ça insupportable et ça gêne plus les gens qui ont acheté le disque que les pirates. Tout comme je trouve intolérable de payer 10 euros pour acheter un album dématérialisé en mp3 (mais encore une fois, pour iTunes on n’a absolument pas notre mot à dire). Mais franchement, 3 euros, tout le monde peut les payer et j’espère que les gens en feront la démarche pour écouter sans nous voler. L’excuse du “c’est trop cher” ne tient plus dans ce cas précis. Et cerise sur le gâteau, ceux qui téléchargent l’album et qui l’aiment disposeront d’un bon de réduction de 1,50 euros sur le prix du digipak. Je ne vois pas comment faire plus équitable (sans perdre de l’argent évidemment).

Bon, votre démo « Skies » qui avait été rééditée en mcd par Adipocere avait eu un succès phénoménal à l'époque , et vous avait tout de même dotés d'une excellente réputation. Il n'y a pas un peu de stress qui s'installe petit à petit pour cette sortie de « Cybion » ? Pas mal de monde attendait ça, et cette longue attente en est aussi une des raisons...

Non, je crois que le stress est derrière. Je vais te dire, aujourd’hui je suis tellement fatigué que je crois que je me fous bien ce qui peut arriver à “Cybion”, ce n’est plus de ma responsabilité. Evidemment, j’espère qu’il sera bien accueilli et se vendra suffisamment pour rembourser nos dépenses et emprunts. Je croise aussi les doigts pour que les fans ne soient pas déçus.

J'en reviens encore une fois à votre passé, mais c'est en faisant référence à celui-ci que je veux parler de votre avenir... Vous n'aviez pas fait beaucoup de concerts à l'époque, certes avec du beau monde... Vous comptez changer tout ça à l'avenir ou on ne pourra profiter de Kalisia que sur cd ?

Parce que cela me paraît difficile de jouer « Cybion » sur scène vu la complexité de l'album et le fait que ce soit un unique morceau non ? Ça demanderait pas mal de monde sur scène peut-être...
Cette question est en suspens au sein même du groupe en ce moment. Allons nous donner des concerts ou pas ? C’était prévu, c’était même un rêve. Mais aujourd’hui nous n’avons pas de batteur (on cherche, on cherche), et l’investissement financier pour se préparer à la scène est plus que conséquent, et c’est sûr qu’investir autant dans le vide, sans connaître l’intérêt du public pour nous, est suicidaire, surtout après avoir autant dépensé pour le disque. Et pour ma part cela fait plus d’un an que je souffre d’une tendinite au bras droit et que je ne peux pas jouer de guitare, c’est donc également une source de stress supplémentaire.

photo de Kalisia

On vous a souvent comparé à Dream Theater ou Cynic, c'est clair que c'est flatteur, et à propos de Cynic, cette différence de temps entre le mcd et l'album, accentuera encore plus cette similitude avec eux, c'est toujours possible...Tu as écouté « Traced in air » ? Ton avis sur la qualité de cet album, mais aussi sur la longueur, car pour ma part, je l'ai trouvé un peu court ?

Etant devenu un proche du groupe, j’ai fait part à Sean et Paul de mes impressions détaillées sur les 3 titres démos qu’ils avaient enregistré l’an dernier avant de trouver un deal. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais même si je trouve que “Traced in Air” est un excellent album, j’en suis déçu. Trop court, trop “simple”, pas assez de ce côté jazz fusion qui faisait la magie de “Focus”, pas de place pour la basse sous mixée et sous exploitée, du chant death trop anecdotique et toujours relégué au fond, uniquement présente comme pour donner du crédit au fait que c’est bien Cynic... Autant “Focus” était un magma musical, dans lequel tous les instruments, basse et batterie y compris, étaient lead et formaient malgré tout une unité cohérente, autant ce nouvel album, pour caricaturer, c’est du chant clair un peu trafiqué avec de la musique d’accompagnement (de haute volée certes). Du Æon Spoke en un peu plus metal quoi... J’aurais sans doute beaucoup plus apprécié s’il n’avait pas été apposé le nom de Cynic dessus, mais encore une fois c’est un excellent album qui est dans mon top de l’année !

Tu es producteur dans l'enregistrement, le mixage, et le mastering de groupes Metal et Rock, avec à ton actif des combos tels que Akphazeya, To-Mera et bientôt un live, si on peut en parler... Je suppose que cela te prend énormément de temps en plus de Kalisia, comment ça se gère tout ça ? Est-ce que le fait aussi de cotoyer tous ces groupes d'horizons différents à contribué à l'éclectisme de « Cybion » ?

Non pas du tout, car je me suis mis à produire des groupes alors que “Cybion” était déjà terminé. En fait c’est pour “Cybion” que j’ai commencé à toucher au son de manière professionnelle. Nous souhaitions faire produire l’album par quelqu’un d’extérieur, par un grand “nom”. Mais en considérant le budget que cela nécessitait par rapport au monstre dont nous devions accoucher, il nous a semblé qu’il serait peut-être préférable qu’on fasse les choses nous même, en investissant dans du matériel. A l’époque j’étais infographiste, et j’étais tout à fait conscient du fait qu’avec un emploi à plein temps, je n’arriverais pas à produire “Cybion” convenablement. J’ai donc quitté mon emploi et me suis lancé dans l’aventure. En revanche j’ai apporté beaucoup à certains des groupes que j’ai produit par la suite, dans les arrangements, structures de morceaux... Et ce grâce à l’expérience que m’ont apporté la composition et la réalisation de “Cybion”. En fait, pour être honnête, tout me parait simple à côté... Le plus dur souvent, c’est de faire entendre raison aux musiciens qui, au moins ils s’y connaissent, au plus ils se la racontent et débitent des idioties au kilomètre.

Cette interview touche à sa fin, Brett, je te remercie grandement et je te laisse finir avant que tu ne retournes travailler...

C’est sans doute l’interview la plus longue de l’histoire du metal, je doute que quiconque en soit arrivé au bout, mais si c’est le cas, chapeau et merci !

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