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Avec déjà trois albums à leur actif et dix ans d'expérience, les Français d'Hypnosis poursuivent inlassablement leur quête de la fusion entre metal et électronique. Le groupe nous dit tout sur ses projets et son nouvel album "Cyber Death"

par Clem - janvier 2005.

 

Bonjour, commençons dès maintenant par l’inévitable première question : « Pouvez brièvement présenter Hypnosis, son histoire, son passé, son présent et son futur » ?
Hello ! Hypnosis est un groupe qui s’est formé en 1993, mais j’aime à dire que le départ du groupe tel que nous le concevons aujourd’hui se situe réellement en 1996 avec la stabilisation du line-up autour de Cindy (guitare/chant), Patrice (basse) remplacé aujourd’hui par Régis et moi-même, Pierre (guitare/chant/machines), car c’est ce line-up là, par ailleurs responsable des 3 albums du groupe, qui nous a permis de faire évoluer notre death-metal originel, d’explorer de nouveaux horizons, de tenter de nouvelles choses et finalement de créer le metal hybride que nous pratiquons aujourd’hui… Quant à notre futur, je dirais que nous souhaitons simplement poursuivre l’aventure le plus longtemps possible, continuer à créer une musique originale et personnelle, et finalement continuer à nous faire plaisir… tout simplement !

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Parlons maintenant si vous le souhaitez du nouvel album « Cyber death ». Quel visage du groupe montre-t-il aujourd’hui ? Quelle évolution traduit-il depuis votre premier album ?
« Cyber death », notre troisième album, est le résultat de toutes ces années d’évolution. Je considère chaque album comme un instantané de l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvions au moment où nous l’avons composé. Pour « Cyber Death », nous voulions à la fois construire des compositions efficaces, taillées pour la scène, mais aussi aller le plus loin possible dans la fusion entre death-metal et éléments électroniques. C’est pourquoi cet album est énormément basé sur le travail des samples mais aussi porté par des riffs de guitares accrocheurs, tout en conservant les éléments caractéristiques de notre style tels que l’alternance entre mon chant guttural et la voix si originale et personnelle de Cindy.

Comment cet album a-t-il été accueilli par la presse spécialisée et par les fans ? Ces retombées sont elles à la hauteur de ce que vous attendiez ?
Je dois dire que, comme nous nous y attendions un peu, les réactions sont plutôt mitigées. En effet certains métalleux sont totalement hermétiques à l’utilisation de machines et particulièrement à tous les beats jungle ou techno que nous avons inclus dans cet album, cela nous a notamment valu de nous faire purement et simplement démolir dans nombre de webzines, aux Etats-Unis en particulier. Alors que d’autres personnes, toujours à la recherche de nouveaux sons et de nouvelles sensations, se sont montrées beaucoup plus enthousiastes ! Concernant les fans, je dois dire que le public que nous avons eu la chance de rencontrer sur toutes les dates du Cyber Tour 2004 s’est montré plutôt réceptif, voire enthousiaste dans l’ensemble, même si certains sont carrément surpris au premier abord, et ces réactions nous ont procuré un certain plaisir !

Tu parlais d’auditeurs surpris au premier abord, je partage cette opinion car j’ai trouvé que les premières écoutes de cet album sont difficiles, la faute peut-être à un style pas forcément évident à cerner au premier abord, mixant allègrement divers styles de métal et influences plus futuristes. Mais l’on se prend par la suite au jeu puis on se laisse séduire par ce métal novateur. Que pensez-vous de ce point de vue et le partagez-vous ?
Avec ce nouvel opus, je pense que nous avons réussi à créer notre propre univers, notre propre langage musical et par conséquent, il est certain que cela demande un effort à l’auditeur pour y pénétrer, puis comprendre notre musique ainsi que la démarche artistique qui y est liée. Il est vrai que cette notion de différence et de surprise éprouvée à l’écoute de notre musique revient souvent, et je suis plutôt d’accord avec cela, mais j’espère qu’une fois le cap de la surprise passée, les gens pourront vraiment apprécier ce que nous faisons ! De toute façon, nous avons résolument choisi cette voie qui consiste à composer la musique telle que nous la ressentons, avec pour unique but d’y retranscrire fidèlement nos émotions. Si cela doit nous empêcher de toucher un plus large public, et bien tant pis, car pour nous, le fait de rester honnête et sincère est l’élément principal illustrant notre démarche artistique… et j’espère vraiment que c’est de cette manière là que les gens nous perçoivent.

En parlant d’éléments qui vous différencient de la masse, la boîte à rythme est bien présente, pensez-vous qu’elle soit un élément essentielle de la personnalité d’Hypnosis ? Ne trouviez-vous pas de batteur suffisamment performant pour retranscrire ce que vous souhaitiez ? D’ailleurs, est-ce un choix qui perdurera sur vos prochaines productions ?
Nous avons depuis longtemps pris l’habitude de travailler avec des machines, et je pense que c’est une méthode qui nous convient bien. Nous avons parfaitement intégré leur utilisation à notre processus de composition et nous voyons cela plutôt comme un atout, un outil de plus qui nous permet d’évoluer sans limites !!! Après, il est vrai que nous aimerions bien pouvoir compter sur les services d’un batteur, en concert notamment, mais malgré plusieurs tentatives, nous n’avons à ce jour pas encore trouvé la personne idéale pour occuper ce poste. Il faut dire que le metal est un style particulièrement exigeant pour les batteurs, et qu’en plus se rajoute pour un groupe tel que le notre le souci de devoir jouer au clic sur les samples et autres machines, cela ne simplifie évidemment pas le problème, car les batteurs compétents et motivés ne sont pas légion par chez nous ! Je pense donc que nous continuerons à employer des machines, qui d’ailleurs font maintenant partie intégrante du style d’Hypnosis. Mais qui sait ? Peut-être rencontrerons-nous bientôt la perle rare ?

Vous n’êtes pas sans savoir que l’étiquetage de votre style est « obligatoire », d’une manière ou d’une autre, pour pouvoir permettre d’accrocher les auditeurs et auditrices potentiels…Que pensez vous de « death-metal futuriste » ? Laquelle trouveriez vous la mieux adaptée à Hypnosis ?
Pour ma part, c’est une définition qui me convient. C’est vrai que je n’aime pas trop les termes death-indus ou death-electro, car ils donnent l’impression d’avoir affaire à deux styles juxtaposés, moitié metal, moitié musique électronique. Or, ce n’est pas le cas. Pour moi, notre musique est essentiellement metal à base death, mais c’est avant tout un metal moderne, qui a évolué au fil des ans, et celui-ci représente notre vision, notre interprétation du metal en 2005. Nous y avons également ajouté des éléments différents comme le clavier ou le chant féminin, et d’autres plus modernes comme les samples ou les programmations, mais toujours dans un souci de créer une musique homogène et sincère. Je pense de plus que ces éléments électroniques font maintenant partie de toutes les musiques actuelles et du rock en général… Au départ, nous avions choisi le terme « modern & hybrid death-metal » afin de qualifier notre musique, non seulement pour montrer l’attachement à la scène death-metal dont nous sommes issus, mais aussi par souci constant d’évolution et de progression, résolument tourné vers l’avenir…Donc oui, « death-metal futuriste » est une étiquette qui résume assez bien la situation !

Pouvez-vous nous en dire un peu plus au sujet de la vidéo professionnelle réalisée par Dean Venetza, qui figure en bonus de l’album ? Comment avez-vous été amené à travailler avec lui et quelles été vos aspirations pour mettre en image le morceau « Who » ?
Dean et toute l’équipe d’INARI ont vraiment fait un boulot formidable sur ce clip et le résultat est largement à la hauteur de nos espérances ! Nous connaissions Dean depuis quelques années et l’idée de tourner une vidéo nous trottait dans la tête depuis un bon moment déjà. Lorsque nous avons repris le chemin des répétitions après un long break, « Who ? » fut l’un des premiers morceaux à être retravaillé. C’est d’ailleurs un morceau très important pour nous, puisqu’il s’agit du premier chapitre du concept-album « Humanoid », que nous considérons comme le fondement de notre identité musicale et artistique. Le clip illustre donc la création du personnage central, son éveil à la vie et la souffrance qui l’accompagne (douleur de la première respiration, lumière aveuglante…), ainsi que ses premières questions (qui est-il ? que fait-il là ? qui sont ces gens autour et que lui veulent-ils ). Nous avons donc essayé de retranscrire tout cela, tout d’abord au travers du jeu d’Eric qui incarne l’humanoïde, mais aussi par la reconstitution minutieuse d’un laboratoire clandestin (il ne faut pas oublier que l’humanoïde est créé à des fins belliqueuses !).
Tout cela est le résultat de plusieurs semaines de travail en étroite collaboration avec Dean et toute son équipe, depuis la trame du scénario de départ jusqu’à l’installation des décors et placements des lumières en passant par la recherche et la confection des accessoires, puis pour finir : le tournage, étalé sur deux week-ends. Je profite d’ailleurs de ces quelques lignes pour remercier encore une fois tous ceux qui se sont investis à nos côtés pour rendre possible la réalisation de ce projet !!!

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Passons maintenant au sujet qui fâche ! Trois albums et trois labels différents, pouvez vous nous en dire plus sur ce qui a pu vous conduire à chaque fois à ces changements de label ? Aujourd’hui, la situation avec Crash vous convient elle et débouchera-t-elle sur une certaine stabilité qui pouvait vous faire défaut jusqu’à présent ?
Concernant notre toute première signature chez Black Lotus, je pense que nous attendions beaucoup (trop certainement) de leur part et que nous avons quelque part été déçus de ne pas faire plus de promo lors de la sortie de l’album, de ne pas avoir de soutien pour tourner correctement, et lorsque nous avons obtenu de meilleures propositions, la décision de quitter ce label s’imposa d’elle-même.
Malheureusement, ces propositions n’ont pas abouties et nous nous sommes retrouvés avec notre second album enregistré sans le moindre label pour le sortir. Nous avons donc décidé de frapper aux portes des labels français et l’album est sorti quelques mois plus tard chez Sacral Productions. Je dois dire que cette fois-ci, il n’y a pas eu de promesses inconsidérées, ils ont été très honnêtes avec nous… Cependant, nous nous sommes rendus compte qu’Hypnosis ne faisait pas partie de leurs priorités, ou peut-être ne savaient-ils pas trop comment travailler un groupe comme le nôtre, plutôt atypique au sein de leur catalogue.
Toujours est-il que nous avons, de nouveau, décidé de changer de label pour ce nouvel album et si tout n’est pas encore parfait, j’espère que cette signature permettra de nous replacer dans le peloton de la scène metal française et européenne.
En tout cas, nous bénéficions aujourd’hui tout de même, avec Crash Music, d’une plus grande exposition que pour les albums précédents.

J’espère que cela portera ses fruits. A ce sujet, qu’avez-vous prévu pour promouvoir ce nouvel album dans les semaines et mois à venir ?
Nous avons déjà fait une tournée d’une vingtaine de dates à travers quelques pays d’Europe (France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Italie et Espagne) entre septembre et novembre 2004, afin de promouvoir la sortie de « Cyber Death ».
Nous repartons pour une mini tournée de sept dates (six en France et une en Belgique) avec Lex Talionis (brutal grind/death apocalyptique) entre le 17 et le 26 Février… Après, il est vrai que le fait de décrocher une place sur une tournée réunissant quelques groupes reconnus serait un plus considérable pour asseoir l’essor du groupe, mais ce n’est pas si évident que cela, pour des raisons budgétaires que tu peux imaginer, entre autres.
Nous allons tout de même nous y employer, et surtout ne pas baisser les bras car la scène est une passion dévorante pour le groupe, j’en profite d’ailleurs pour passer ce message aux organisateurs de concerts à travers toute la France !

N’est-il pas frustrant d’avoir commencé il y a plus de dix ans et de ne pas pouvoir passer à la vitesse supérieure, alors qu’il ne faut que deux ou trois ans pour certains groupes pour asseoir leur nom et réputation ? Finalement, n’est-ce pas la faute à ce style quelque peu ardu et résolument hors des modes que vous pratiquez toujours aujourd’hui ?
En effet, c’est très frustrant !
En fait, le plus difficile à accepter est de se dire que finalement, même si nous avons sortis 3 albums, peu de gens nous connaissent, et par conséquent les associations et autres activistes impliqués dans l’organisation de concerts ne songent quasiment jamais à faire appel à Hypnosis pour leurs manifestations. Nous sommes donc obligés de jouer dans des bars et petits clubs à travers la France et au-delà, comme si nous venions tout juste de sortir une démo…Mais bon, nous n’avions jamais vraiment eu l’opportunité de tourner jusqu’à présent, surtout que cela a permis au groupe de rencontrer plein de groupes et de gens géniaux !
Le fait de pratiquer un style résolument hors des modes ne doit pas non plus jouer en notre faveur, mais nous faisons cette musique avec nos tripes et notre cœur, alors nous continuons le combat en espérant bientôt pouvoir inverser la tendance !

Etant donné que vous êtes acteurs de la scène metal made in France depuis un certain temps, j’aimerais savoir comment vous la jugiez aujourd’hui ? Pensez vous que le contexte actuel puisse vous être plus favorable ?
Ce qui m’impressionne le plus aujourd’hui est le nombre de sorties d’albums !!! Et qui plus est, d’albums de qualité, car il est indéniable que le niveau a énormément progressé, de même que les techniques d’enregistrement. De plus avec l’outil internet, il est plus facile de faire la promotion de son groupe à l’échelle mondiale. Mais cette multitude de groupes existants fera peut-être aussi que l’on passera à côté de groupes de talent, qui n’auront pas eu la même chance que les autres ou qui n’auront pas fait les bons choix au moment opportun.
De toute façon, je pense que la musique reste un milieu où il est difficile de percer et où seuls les plus motivés survivront !

C’est sur cette dernière question que je vous laisse, si vous avez un message particulier à faire passer, un mot à dire à nos lecteurs et lectrices, c’est le moment ! Bonne chance à vous pour le futur et bonne année 2005 ! Bye !
Bonne année à toi aussi, et merci pour cette interview et longue vie à Decibels Storm (quand je pense à l’époque où je recevais chez moi le premier numéro du fanzine alors sur papier, ça ne me rajeunit pas !).
J’invite aussi tous les métalleux/ses curieux/ses et ouvert(e)s d’esprit à jeter une oreille sur notre musique et sur notre site internet (www.hypnosismetal.fr.st).
Faites-vous votre propre opinion, et continuez à soutenir la scène française car elle a plus que jamais besoin de vous ! En espérant vous croiser très bientôt sur les routes !!!!