L'album "Inhuman Rampage" marque le grand retour de DragonForce.
Depuis notre précédente interview avec le groupe, DragonForce a fait beaucoup parler de lui grâce à des concerts très remarqués, sa dextérité musicale extravagante et le fait que le groupe semble avoir relancé à lui tout seul le mouvement heavy-metal en Grande Bretagne.
DragonForce semble donc avoir toutes les cartes en main pour devenir une des locomotives du metal mélodique européen, et ce n'est pas Herman Li (guitares) qui dira le contraire : à la fois humble, extrêmement sympathique mais aussi très sûr du potentiel de DragonForce, il a une nouvelle fois répondu en français aux questions de Decibels Storm lors d'un passage éclair dans notre capitale.

par Patrick Etuy - janvier 2006.

 

Tu sembles avoir une journée promo bien chargée !
Oh oui, et avant je faisais la promo tout seul, mais là ce n'est plus possible, il, faut le faire à deux, partager un peu les interviews. Aujourd'hui je suis avec Vadim (Pruzhanov, claviers).

J'ai appris que vous alliez profiter de la présentation de l'album aux Etats Unis pour faire deux concerts là-bas ?
Ouais, mais ce sont les concerts qui étaient prévus en premier, et on s'est dit "ben on va faire de la promo là bas" ! On a une date au Canada et une à New York. Le concert de New York a été sold-out en une journée, ce qui nous a mené à prévoir encore plus de promo : on va finalement faire 2 jours de promo avant d'aller au Canada faire le concert, puis on revient à New York faire le show et encore de la promo.

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Revenons un peu en arrière, la dernière fois que nous avons eu l'occasion de vous présenter sur Decibels Storm c'était en 2003 lors de la sortie de l'album "Valley of the Damned", que s'est-il passé pour DragonForce depuis ? Je crois savoir que vous avez notamment eu des changements de line-up ?
Oui, on a changé de batteur, on a David Mackintosh maintenant, il jouait dans Bal Sagoth avant. On n'avait pas de bassiste attitré sur le premier album, puis est arrivé Adrian Lambert pour l'album "Sonic Firestorm" [remplacé depuis par Fred Leclercq, ex-Heavenly, ndr].
Lorsque ce second album est sorti, c'est là que tout est monté à un autre niveau, partout : on a fait une tournée avec WASP en Europe pendant 7 semaines, puis quelques festivals puis une tournée en tête d'affiche en Angleterre. Ensuite on a commencé à travailler sur le troisième album et en même temps on est partis en tournée avec Iron Maiden pour des concerts et des festivals. On est revenus pour travailler sur l'album et on a encore fait une tournée en tête d'affiche, et nous voilà !

Ok, ce nouvel album a donc été enregistré quand exactement ?
Mmh, d'avril jusqu'à septembre... Tu peux même dire octobre car on a fini le mixage il y a une ou deux semaines [l'interview s'est déroulée fin octobre 2005. – ndr].

Vous avez joué dans des festivals l'été dernier, vous avez donc interrompu le processus d'enregistrement pour ces concerts ? C'est pas un peu compliqué ?
Oui, et j'aime pas faire ça. On avait déjà fait ça lors de l'enregistrement du premier album et je n'ai pas aimé du tout. Mais là on n'avait pas le choix : on avait commencé l'album, mais on ne pouvait pas dire "oh on ne va pas faire ces concerts, on ne va pas jouer avec Iron Maiden !" On aurait été fous.

Oui, c'est une proposition qui ne se refuse pas !
Ouais ! Alors on est partis avec notre ordinateur portable pour travailler sur les chansons à l'hôtel.

Comment est venue cette proposition de jouer avec Iron Maiden ?
Le manager de Iron Maiden nous a vu jouer, plusieurs fois, à Londres et dans d'autres endroits, et notre Cd est arrivé entre les mains de Steve Harris, ça s'est passé comme ça. J'espère qu'il a aimé ça et que c'est pour ça qu'on a pu jouer (rires) !

Et ça s'est passé comment ?
Très bien ! C'est bizarre parce que avant ça j'avais fait une interview avec Bruce Dickinson pour son émission radio sur la BBC ! "Bruce Dickinson interview DragonForce" (rires). Donc on avait déjà rencontré Bruce. En tout cas c'était génial.

Vu de l'extérieur Iron Maiden a l'air d'une grosse machine avec beaucoup de monde qui travaille sur chaque concert, est-ce que vous avez réussi à faire votre place sur cette tournée ?
Oui, ils sont vraiment sympas, il n'y avait pas de problème du tout, rien, ils aident si il y a un souci. Tout s'est bien passé, et nous on était là juste pour faire notre concert, et pas pour autre chose. Ce qui était bien c'est que dès le premier concert... tu sais on m'a dit que quand tu joues avant Iron Maiden en concert, tu te fais jeter des bouteilles et huer. Mais dès notre premier concert avec eux, il n'y a rien eu de tout cela ! Les gens criaient "DragonForce, DragonForce" ! C'était cool !

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Finalement ça été une très bonne chose pour le groupe, car suite à cela vous avez eu de très bonnes critiques dans la presse Metal et j'imagine que cela a été l'occasion pour beaucoup de gens de découvrir votre musique : plus que l'abum, il semble que ces concerts aient été le meilleur moyen d'exposer ce que vous faites...
Oui, avec ces festivals avec Iron Maiden et les concerts, ça a vraiment accru la popularité du groupe partout où on a joué : au Grasspop on a joué le matin, mais il y avait quand même beaucoup de gens ! En Italie, aux Gods of Metal, ça aussi c'était vraiment bien. Lorsque les gens nous voient ils ont envie d'écouter le CD, et les gens qui connaisent déjà le CD ne sont pas déçus, car ils peuvent voir qu'on joue les chansons sur scène. Il y a toujours des gens qui me demandent : "vous pouvez vraiment jouer ces chansons sur scène ?"...

Honnêtement en écoutant l'album on se pose la question quand même...
... Oui, ben je leur dis "Va sur le site et regarde les dates !". Si Iron Maiden nous laisse jouer avec eux, ça veut dire qu'on peut jouer, ils ne vont pas prendre un groupe complètement pourri.

Est-ce que ce gain soudain de popularité a modifié l'attitude de votre label à votre égard ? Vous avez dû grimper dans leur priorités j'imagine !
Oui, mais même avant la tournée en fait on était déjà une priorité pour eux, car on avait tourné au Japon avec Helloween à la suite du premier album, et cela avait déjà été une surprise pour eux : au Japon dès le premier album !

Une autre conséquence de ce succès a été votre tournée en tête d'affiche en Angleterre ces dernières semaines, pour laquelle plusieurs dates affichaient complet : l'adage "nul n'est prophète en son pays" se vérifie souvent, alors est-ce que cela a été une surprise pour le groupe de rencontrer du succès en Grande Bretagne ?
C'était une surprise, car la tournée qu'on a fait, là, qu'on vient de finir en fait, notre deuxième tournée en tête d'affiche, on a choisi de faire des dates uniquement hors des grandes villes, hors du circuit habituel : par exemple au lieu de faire Glascow on a joué à Aberdeen ou Edimburg, et normalement personne ne joue là-bas ! On a choisi de jouer dans toutes ces villes de "second ordre" et honnêtement on se disait que personne ne se pointerait, et au final : sold out ! Sold out ! Sold out ! Wow ! Et c'est là que les magazines comme Kerrang! se sont interressés à nous, car au début les gens pensaient qu'on était une blague juste bonne pour les Allemands, "Ouais, ça ne vas pas marcher en Angleterre !", mais on a montré que ça marche en Angleterre.

J'allais y venir, car c'est effectivement une double surprise : de voir que DragonForce puisse effectivement avoir du succès en Angleterre, mais aussi de voir arriver un groupe tel que le vôtre de Grande Bretagne, car depuis Iron Maiden ou Judas Priest on avait un peu abandonné l'idée qu'un groupe de Metal mélodique ayant du succès puisse venir de Grande Bretagne !
Oui, il y a des gens qui me disent ça... "Vous venez de Suède ou d'Allemagne, n'est-ce pas ?" Mais je pense qu'on est quand même différent des styles allemands, italiens ou suèdois. Car on écoute tout et on essaie de mélanger tout. Au début on a eu ces réactions car les gens pensaient qu'on était une copie des Allemands ou des Suédois, mais ils n'avaient même pas écouté. "Oh, je suis sûr que c'est une copie de Blind Guardian ou de Gamma Ray". Mais ils ont ensuite écouté et découvert qu'il y avait aussi du death-metal dedans, un peu de tout.

DragonForce

C'est un point intéressant, car l'album ne laisse pas l'occasion de souffler, le ryhtme est très rapide et intense jusqu'à la ballade finale, musicalement c'est très rapidement executé, et de ce point de vue je trouve que l'approche, la démarche est assez similaire au Metal extrême, cette idée d'aller jusqu'au bout le plus vite possible, et ne pas laisser à l'auditeur le temps de s'en remettre...
Mmh, je pense plutôt que c'est comme quelqu'un qui écoute Motörhead pour la première fois, et trouve que c'est fou et brutal. Pareil pour la première fois où tu découvre le death-metal, tu te dis "quelle violence !" Mais après tu trouves ça normal, et quand tu écoutes Death, ça te semble soft !

En fait je pensais surtout à l'attitude "tout à fond" qui se poursuit tout au long de l'album...
Oui, mais en fait la dynamique reste dans chaque chanson : au lieu de faire un morceau mid-tempo au milieu de l'album, on met un passage mid-tempo dans la chanson, et on garde notre style sur toutes les chansons.

Du coup on revient à ce dont on parlait tout à l'heure : est-ce que le groupe est capable de suivre un tel rythme en live pendant une heure ou même plus ? C'est une question légitime quand on écoute l'album...
On joue en fait pendant une heure et demie lorsqu'on est en tête d'affiche et pour nous ce n'est pas un problème. Les gens viennent nous dire "à vous voir jouer ça a l'air facile" : mais c'est parce que c'est notre style ! On joue ça parce qu'on peut le jouer. Au début on force, mais si on arrive à ce niveau c'est à force d'entrainement, comme quand tu joue au tennis ou que tu coures un marathon.

Est-ce que c'est un élément qui a pris part dans la composition de l'album ? Est-ce que vous vous êtes dit "Ok, on veut faire de nouvelles chansons, mais on veut aussi de nouveaux challenges dans le jeu de guitare, de batterie, on veut aller plus loin" ?
C'est exactement ce qu'on a dit quand on a commencé cet album : on s'est dit "on doit aller plus loin, plus de guitares, plus intense !". Le précédent album s'appelait "Sonic Firestorm", et on s'est dit cette fois on va faire un "supersonic firestorm" !

Le titre "Inhuman Rampage" est donc en rapport avec ça ?
Oui, parce que les fans nous disent après les concerts "vous n'êtes pas humains, comment vous faites ça ?"

Une dernière question, concernant votre jeu de scène qui fait beaucoup parler de lui, avec votre manie de faire des sauts à partir d'une plate-forme sur le devant de la scène : d'ou vient ce délire ?
Ben en fait on ne faisait pas ça au début, mais lors de la tournée avec WASP, Blackie Lawless avait un pied de micro monstrueux, et chaque soir, le pied de micro était enlevé pour qu'on fasse notre set, mais la boite qui sert de support restait en place en plein milieu ! On s'est d'abord demandé comment faire avec cette boite en plein milieu de la scène, puis on s'est demandé comment en tirer parti ! On a donc commencé à jouer dessus, puis à faire des sauts périlleux à partir de cette boite, et à la fin on décidé d'avoir notre propre boîte ! Mais une meilleure boîte ! Plus haute, plus grosse... A la fin les gars de WASP faisaient des sauts eux aussi ! Et maintenant on fait le même chose mais avec un trampoline !

Un trampoline ?!?
Oui, mais c'est tout nouveau et on n'a pas encore testé tout ce qu'on pouvait faire avec !

Un mot pour la fin ?
Oui, j'espère que les gens prendront le temps de bien écouter l'album : il est bourré de petits détails, et il faut un peu de temps pour bien le découvrir. Merci beaucoup !