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Interview de Dagoba - juin 2010.

Interview : Dagoba

logo Dagoba
Alors que le Hellfest bat son plein dès le premier jour, on a profité de la présence de Dagoba pour en savoir un peu plus sur « Poseidon », quatrième album du groupe dont le trailer nous a largement laissé sur notre faim...
Retour aux sources dagobiennes, voyage autour du monde, ce nouvel album semble tenir ses promesses tant musicalement que visuellement…
Pour en découvrir son contenu, Franky (batterie) et Izakar (guitare) ont passé un peu de temps avec nous...
par Arzhu (avec l'aimable participation de Little Girl With A Gun du webzine Soilchronicles) - juin 2010.

Bon, déjà 13 ans d'existence pour le groupe, 3 albums, une ascension assez exponentielle. Est-ce qu'à un moment donné, quand on sort maintenant un quatrième album, on a une pression différente de ce qu'il pouvait y avoir sur les autres ? C'est à dire, est-ce qu'on se dit « là il faut que sa plaise vraiment aux fans» ? Parce que,  quand on arrive à un niveau, il faut que ce soit un album qui plaise et pas forcément pour soi, pour la musique...

Izakar : Evidemment, on n'a jamais envie de décevoir les fans, par contre, ça a toujours était une motivation du groupe, de faire ce qu'il avait envie et de pas se mentir à essayer de satisfaire vraiment le public.
Par contre, on n'a pas envie de décevoir c'est certain, et le meilleur moyen de ne pas les décevoir, c'est d'être fidèles à nous mêmes. Après c'est vrai qu'après quatre albums, c'est pas facile d'arriver dans la composition et se dire « bon, beh, faut quand même pas resservir la même chose ». Et en même temps, les fans des fois, ont envie d'entendre la même chose... Donc je pense que ce sont des questions qui sont très contradictoires et j'ai arrêté de me les poser. Je fais ce que j'aime (rires).

Franky : Moi je pense qu'inconsciemment, peut-être que la question se pose.
C'est à dire, premier album, tu te montres vraiment d'une façon spontanée, il y a souvent un côté direct. Avec le recul, tu regardes la discographie d'un bon paquet de groupes, dans le regard des fans, le premier album c'est souvent le meilleur.
Tu mets 7/8 ans, des fois dix à le composer, c'est vraiment ce que t'as dans les tripes depuis ton plus jeune âge.
Le second, il y a un côté balle de break, où tu enfonces le clou, et c'est soit un succès grandissant, soit  un échec. Pour nous, ça a été je pense, le plus gros palier passé « What hell is about ». Le troisième, souvent dans les carrières de groupes, c'est les petites prises de risque... Des tentatives d'horizons différents, ou un côté nouveau. C'est ce qu'on a fait je pense. Et quatrième , je pense qu'inconsciemment, même si c'est pas délibéré, il fallait que la prise de risque précédente ou le fait d'avoir désaxé quelques fans, on revienne à quelque chose de plus fédérateur pour les fans de Dagoba. Personnellement je l'ai ressenti comme ça, et je pense que les gens qui vont écouter ce prochain album, le verront de cet oeil là. Ça semble évident, il y a un retour aux sources, le fait de vouloir remettre le groupe sur les axes des deux premiers, qui est indéniable. Je ne pense pas que ce soit vraiment  fait de cette façon là, de façon schématique de dire: « il va falloir qu'on fasse comme ça », mais je pense que dans nos têtes on s'est dit qu'à trop vouloir se disperser, on va se perdre nous mêmes. Et je pense que cet album là, le retour aux deux premiers est assez évident.

Photo de Dagoba

Est-ce que justement à force de trop évoluer, est-ce qu'on n'arrive pas à un palier où l'on ne peut plus « évoluer » et on est obligé, même avec son propre son, de juste faire du Dagoba simplement ?

Izakar : Je pense que au bout de trois albums, même quatre, on fait du Dagoba. Quand on compose, il sort ce qu'il sort à cette période de Dagoba. Je me rends compte que sans forcément le calculer, on fait toujours des choses différentes. On est plutôt un groupe à naturellement se remettre en questions, pas par rapport forcément aux avis du public mais par rapport à nous mêmes. C'est une des forces du groupe aussi d'arriver à servir quelque chose de différent sans forcément le décider, même si des fois on reprend des astuces des premiers albums, où on essaie de piocher  des influences différentes ; Elles n'ont pas tant changées que ça  depuis un certain temps, et ça donne toujours quelque chose de différent de l'album précédent.
Donc pour moi c'est pas forcément quelque chose de calculé, on s'en rend compte quand même quand on écrit, mais des fois des choses qui devraient sonner de la même manière, ne le sont pas. Ça ne sonne pas de la même manière, quand tu joues dix ans après, t'as pas la même technique, t'as pas les mêmes influences au même moment. Un riff influencé par Fear Factory à l'époque du premier album, s'il est ré-influencé par Fear Factory maintenant, il n'est l'est plus par celui d'il y a dix ans. Il  peut-être influencé, par la continuité qu'il y a eu derrière, enfin... On voudrait répéter les mêmes choses, ce serait tellement flagrant que même nous, ça nous plairait pas.

Donc là, vous êtes signés chez XIII bis, avec une distribution SONY, si j'ai bien compris, vous avez fait deux albums chez Season Of Mist, je suppose que si vous avez signé chez XIII bis c'est que le contrat était plus intéressant, mais quel est l'intérêt de ce contrat ?
Est-ce que c'est d'abord humainement, par rapport au label, financièrement par rapport au contrat lui-même, ou disons, une chose assez visionnaire par rapport à l'avenir ?

Izakar : C'était pas une question de contrat forcément plus intéressant ou pas, parce qu'en fait on était en fin de contrat avec Season Of Mist. On avait deux albums, ça c'est bien passé avec eux, mais c'était une fin de collaboration qui a semblé assez naturelle pour les deux parties. En effet XIII Bis nous a fait une belle offre, et vu la crise du marché que tu peux connaître, c'est pas facile pour les groupes de se faire signer en ce moment. Ils ont témoigné d'une grosse motivation pour le groupe et d'une envie de nous mettre en avant. Pour moi, je suis très satisfait de leur travail jusqu'à présent, même si c'est assez récent puisque ça fait que six mois... ça s'est passé assez naturellement, et c'est quand même autant une question... on va dire,  du fait qu'ils aient accepté de faire de nous une priorité, que forcément une question de contrat clairement chiffré.
Pour moi en Metal, c'est plus important d'être la priorité de son label, que d'avoir forcément beaucoup d'argent pour faire son album parce que c'est pas ça qui le fait forcément vendre et c'est pas ça qui fait forcément la force d'un groupe.
C'est pas une question de budget, c'est même la motivation du groupe et du label et de ce qu'il y a autour, de l'élan général, qui pousse un album.

Autre question qui m'a parue importante, c'est un petit peu  la mode de tous les trailers, avec tous les nouveaux albums, un petit peu tout le monde,  on a vu Tarja qui a fait un truc vraiment court, le votre aussi est hyper court. Pourquoi c'est toujours aussi court, parce qu'on ne voit pas grand chose finalement ?

Izakar : C'est un trailer !

Franky : Ouais, en fait pour moi maintenant les trailers vidéos, c'est plus un « post-it » qui deale la date de sortie. Tout le monde essaie de verrouiller, ces téléchargements, ces disques promo qui circulent, il y a des exclusivités qui se signent avec des magazines, où il ne faut pas dévoiler un titre en entier, parce que sinon l'exclusivité n'est plus. Donc c'est forcément quelques boucles instrumentales, et ça verrouille un peu. Pour moi, c'est vrai que ça laisse trop sur sa faim, c'est à dire que tu ne sais même pas à quoi ça va ressembler.

Izakar : Mais il y en aura d'autres....

Franky : Donc c'est même plus un clip vidéo, pour moi c'est: « l'album il sort tel jour ».Voilà, pour moi c'est un message comme ça.

Izakar : C'est presque l'équivalent d'une bannière finalement.

Franky : Ouais voilà.

vidéo : Dagoba - "Poseidon" (trailer - 2010)

Justement sur ce trailer, on arrive un petit peu à voir avec le titre « Poseidon », les vagues qui arrivent... Est-ce que c'est ça la thématique principale du nouvel album ? C'est l'histoire de quoi ? Du Dieu « Poseidon » ou… ?

Izakar : Non l'histoire de l'album c'est un tour du monde, escale par escale, en bateau, sur un bateau pirate. Et chaque chanson est une escale différente, En gros, je viens de te le résumer, tout se passe autour d'une carte, et chaque chanson est une escale différente de ce navire. Et du coup ça nous crée des ambiances radicalement différentes d'un titre à un autre, parce que ça va se balader, du Moyen Orient, à l'Asie en passant par l'Amérique du sud et d'autres choses....

Franky : Il y a un côté pirate, une imagerie pirate …

Izakar : Une imagerie très axée sur ce côté pirate, en plus je trouve que le fond de ce concept d'album....

C'est concept ou c'est pas concept ?

Izakar : Non, c'est pas vraiment un concept, c'est juste qu'elles ont toutes un lien. Le terme de concept a tendance à faire peur, dans ce milieu là. Moi il me fait pas peur, mais voilà, il y a quand même un fil conducteur, d'une chanson à l'autre, d'un texte à un autre, d'une ambiance à une autre. C'est un truc qui nous a pas mal inspiré, car on savait où aller. J'aime bien, je trouve que ça a un côté métaphorique par rapport au fait d'être musicien et j'aime bien ça.

Photo de Dagoba

Little girl with a gun (du webzine Soilchronicles) : Je trouve que ce que j'ai vu du trailer, ça change vachement dans Dagoba, les influences sont tellement variées, ça fait une sorte de renouveau...

Franky : Sur le visuel ou sur la musique ?

Little girl with a gun (Soilchronicles):  Sur le visuel et sur la musique aussi.

Izakar : Niveau visuel on a touché du doigt, quelque chose qui pour ma part, je suis assez content d'être arrivé à faire, parce que j'ai toujours aimé les albums où il y a des liens entre les chansons. J'ai adoré des albums comme « Antichrist superstar » de Marylin Manson, où il se passe un truc à ce niveau là, une deuxième dimension à la musique tu vois... Et sur cet album là, je pense que ça va être une belle réussite. On avait un petit peu commencé sur « Face The Colossus »  à essayer de créer quelque chose, ça avait pas trop mal marché. Sur « What Hell.. » c'était déjà plus léger, sur le premier c'était plus spontané et moins calculé. Au fur et à mesure des albums, arriver à  se dire avant de composer « on va aller dans cette direction là, ça nous plait, ça nous inspire », écrire tout dans ce sens là, c'était quelque chose... ; Je pense que je vais être assez fier quand le produit sera fini, on verra je ne l'ai toujours pas en main...

Little girl with a gun (Soilchronicles) : La méthode de travail a changé pour le dernier album...?

Izakar : Dans ce sens là, ce qui a changé c'est qu'on avait cette idée d'imagerie, de concept, avant. Alors que d'habitude c'est quelque chose qui vient après....

Vous êtes toujours passés par Cecil Kim pour la pochette ?

Izakar : Oui.

Justement pour cet album, vous êtes retournés encore à l'Hyperion avec Bruno Varea et vous êtes revenus vers Dave Chang qui s'est occupé de votre premier album. Pourquoi être revenus vers lui, est-ce que le boulot de Tue Madsen vous a plu mais ne correspondait plus à vos attentes ?

Franky : Il y a eu un peu de ça. Je pense que les deux albums avec Tue Madsen ont été une page du groupe. Le travail a été monumental sur « What Hell is about », je le réécoute encore maintenant et je trouve que niveau prod, c'est super musclé, super racé, il a sa touche à lui, et pour moi il était à son top niveau.
Sur « Face The Colossus », je t'avoue que personnellement dans mes gouts, il m'a un peu déçu. Légère déception, pour moi, perte de puissance, notamment de la guitare et de la batterie au trop gros avantage des atmosphères et des samples. A mon goût personnel, après c'est des trucs tellement subjectifs, qu'il peut y avoir pour un mix 800 avis différents. Donc j'étais très content à l'avance de retourner chez Dave Chang pour son côté radical, brutal, très « impactant ». c'est quelque chose de voulu, délibéré, et on savait qu'on mettait les pieds sur quelque chose de plus percussif de façon générale.

Pour le mastering c'est toujours Peter Siegfredsen qui fera ça ?

Franky : Non c'est Dave Chang qui va masteriser aussi.

Photo de Dagoba - Franky et Izakar

Donc ça va être quoi véritablement la différence entre « Face the colossus » et « Poseidon » à ce niveau là ?

Franky : Au niveau du mix, c'est assez flagrant quand même, il y avait un côté très coloré, très symphonique, presque musique de films sur « Face the colossus » qui englobait un peu l'agressivité générale pour moi, donc ça peut être pour certains une qualité et ça peut être pour d'autres une petite perte d'agressivité et de puissance. Donc sur « Poseidon » c'est carrément agressivité mise en avant, dynamisme,  côté « direct dans ta gueule » qui est remis au goût du jour. Pour moi c'est vraiment deux mix totalement différents. C'est à dire, il y a une école anglaise, et l'autre il y avait un côté symphonique où ça arrondit vachement les angles. Là les angles, ils sont pires que rectangulaires. Ils sont piquants.

Vous avez tourné toute l'année 2009, jusqu'à dernièrement au mois de mai au Nao Noise Fest ?

Franky : Le Nao Noise fest c'est la dernière date de la tournée.

Entre toutes ces dates de tournée, et maintenant, quand est-ce que vous avez pris le temps indépendamment d'enregistrer, mais déjà de composer ?

Izakar : C'est vrai que ça a été un peu plus rapide que pour les albums précédents, parce qu'il a fallu vite composer, tout en tournant. Ça n'a pas été facile, facile, mais le groupe se connait bien, on est tous confiants, les uns les autres.  Shawter a proposé beaucoup, beaucoup de riffs, on a tous beaucoup travaillé sur l'arrangement dans le temps qu'on avait. Mais par contre c'est vrai  que ça a été plus un travail un peu chacun dans notre coin et après on se réunissait pour vraiment tout concaténer. Mais c'est vraiment un album qui s'est basé sur la confiance mutuelle.
Donc on a vraiment tout réuni au dernier moment, c'est à dire, moi l'idée complète de l'album, je l'ai eue, une fois tout enregistré, une fois que j'ai tout écoute, parce que les voix... Je n'avais aucune idée de ce qu'il y avait sur la voix jusqu'à ce que j'écoute le mix final presque.
Les guitares on les a élaborées un peu en répète, mais j'ai pas mal travaillé dessus en séparé. Après c'est peut être pas l'instrument qui subit le plus de modification au cours du processus, mais bon il y a pas mal de détails apportés. Avec Franck on a pas mal bossé en répète. La basse on l'a enregistré en séparé, dans mon propre studio...

Franky : C'est vrai que c'est allé vite.

Izakar : C'est allé vite, parce que finalement, chacun a travaillé à son rythme, au moment où il avait du temps, et certainement pas quand on était en concert ou dans le bus. Chacun a travaillé quand il pouvait, si je voulais travailler de 2 à 6 heures du mat, et bien je pouvais le faire. Et après, on s'est mis quinze jours dans le studio et c'est allé très vite, j'ai eu plus qu'à enregistrer mes grattes, on a tout réunit, on a tout mis, boom, c'est parti au mix. En quinze jours c'était plié.

Et la famille dans tout ça ?
Parce que tourner c'est bien, enregistrer c'est bien, quand est-ce que vous voyez vos familles ?

Izakar : Il y a des périodes, quand même où c'est jouable.

Est-ce qu'il n'y a pas, non pas des reproches, mais des envies de la famille, de vous voir un peu plus ?

Izakar : Après ça dépend de chacun, mais maintenant ça fait tous longtemps qu'on fait ça, si ça avait du poser problème, la question ce serait posée avant.

Je suppose que la fierté est là quand même, pour la famille ?

Franky / Izakar : Oui.

Franky : Ils comprennent vraiment maintenant les petits sacrifices temporels et financiers par rapport aux reconnaissances et aux récompenses qu'il y a au bout. Ils apprécient même maintenant un peu la musique, et suivent de loin ou se déplacent aux plus beaux concerts, c'est quand même toujours un plaisir de voir les vidéos avec des Metallica, les photos, c'est quand même des moments inoubliables dans la carrière de petits groupes français qui ont démarré... Qui sont passés par les étapes les plus petites et à la limite par des horizons inexplorés pour des groupes français. J'ai l'impression que les portes s'ouvrent à peine maintenant,  avec notamment des Gojira aux Etats-Unis, c'est encore des terrains inexplorés pour les groupes français.
A part des Loudblast qui ont pris ces chemins il y a quelques années, ces exports là sont encore neufs et nouveaux pour ces groupes là.
Donc ils découvrent en même temps que nous l'évolution de notre parcours. Mais je t'accorde le fait que moi par exemple je suis quelqu'un de très famille, il y a des fois je suis un peu sur les rotules entre les tournées et les enregistrements. Le problème qu'il y a en France, c'est que, contrairement aux autres pays ou aux autres tournées, tu vas avoir une tournée européenne d'un groupe qui va faire un mois et demi, où ça va jouer les lundi, mardi , mercredi, vendredi, samedi... En France on peut pas faire ça, parce que c'est déjà dur de faire 500 ou 600 personnes un vendredi/samedi, je t'en parle même pas un lundi/mardi ; Il n'y a pas de promoteur motivé, encore moins de fans et ça génère pas assez d'argent pour les groupes.
Donc en fait nos tournées, malheureusement, se bookent sur les vendredi/samedi de toute l'année. Ce qui fait que ça nous tient en haleine, beaucoup de temps. En étant à Marseille, c'est un enfer d'être désaxés comme ça ; Des fois pour une heure de concert, ça nous grille, le fait de partir la veille, jeudi vendredi samedi, quatre jours pour une heure de concert avec le retour. On joue beaucoup en Belgique, on joue beaucoup dans le Nord. C'est vrai qu'il y a un peu ce problème de timing. Les autres groupes étrangers se mettent dans un tour bus pendant un mois et demi, et ça fait toute la tournée. Hop, l'album il sort et la tournée et faite pendant deux mois. Et on passe soit à un projet à côté, ça peut aider la vie de famille, je les envie un peu par ce côté là,  il y a encore ce côté précaire tournée française...

Photo de Dagoba - Izakar

D'accord, et justement , puisque vous tournez un peu à l'étranger, est-ce que vous avez maintenant un recul sur votre exportation, sur le pays qui vous accepte le plus, après la France évidemment ?

Izakar : C'est dur à dire, le pays qui nous accepte le plus. Les pays qui sont bien ouverts, c'est les pays frontaliers, francophones, la Belgique, la Suisse. On y va depuis qu'on a commencé et ça a suivi, on a un bon public là-bas, pour eux ça s'est toujours très bien passé. Récemment c'est l'Allemagne qui s'est le plus débloquée. Et même si c'est dur de le quantifier encore, on s'en est rendu compte qu'on ne joue pas devant personne, on y est passé quelques fois cette année, c'est un pays qui est très réceptif à la musique de Dagoba, bien qu'il y ait beaucoup de puristes en Allemagne, je me rends compte qu'ils sont beaucoup plus ouverts que ce que je ne pensais.
La Hollande ça marche très bien aussi. L'Angleterre pas terrible parce qu'il y a eu des soucis au départ, avec je pense Terrorizer qui nous a fait une très mauvaise promotion et qui a plombé le groupe en Angleterre.

C'est bloqué ?

Izakar : C'est assez bloqué mais on va débloquer ça à coups de pioche s'il le faut, on va se démerder. La Scandinavie répond pas mal aussi. On y a pas mal tourné au début, en plus la production avec Tue Madsen, pendant deux albums ça a bien aidé. Les pays de l'Est, ça a l'air de très bien marcher aussi, ça c'est impossible à quantifier au niveau vente, parce que tu peux pas trop savoir ce qu'il se passe là-bas mais bon, quand on joue il y a toujours beaucoup de monde. J'ai l'impression qu'en Europe, quand même, le groupe a atteint un certain statut. Sur la scène européenne, on a mis le pied à un niveau un peu au dessus, dans les gros festivals, tu le vois aux horaires à quelle heure tu joues, et devant combien de personnes.
Donc là on a atteint un palier, après c'est un palier quoi.... J'ai pas l'impression qu'on soit énorme non plus, tout reste à faire. Une bonne partie a été faite mais, faut enfoncer le clou, il va falloir aller plus loin aller aux Etats-Unis....

Vous avez prévu quelque chose, une tournée après la sortie ?

Izakar : On est en train là...

Franky : C'est un des objectifs les plus importants pour 2011.

Vous avez déjà calé des dates ou pas ?

Izakar : Aux Etats-Unis non, mais pour la tournée ouais.

Franky : Aux Etats-Unis, non pas encore, on n'y a jamais joué une seule fois. Et il nous faut vraiment une tournée digne de ce nom, en première partie d'un gros groupe pour nous faire avancer.
Je mets en avant le parcours de Gojira, parce que un, c'est des amis et deux, c'est un groupe qu'on respecte beaucoup autant musicalement qu'humainement, notamment pour leur parcours. Et, on adorerait suivre ce chemin là, notamment ce chemin américain.

Petit parallèle avec la question précédente, notre avancée, notre export européen, pour moi les paramètres les plus importants, les plus influents, ont été cette tournée avec In Flames et Sepultura. De 35 jours non stop à travers 14 pays, une vraie tournée metal, notre première véritable tournée metal aussi longue, qui pour moi a fait découvrir le groupe a beaucoup de fans qui connaissaient pas du tout Dagoba. Donc au bout d'un moment, on a beau bricoler, un petit peu en France, un petit peu là, à faire des dates isolées, il faut passer par les vrais outils du metal. Pour moi c'est ces grosses tournées en tour bus qui payent. C'est pour certains fatiguant, mais c'est super excitant. Et ça a toujours marché comme ça, les fans ne le savent pas, mais c'est super onéreux. On n'est pas payé et on sort des sommes entre 20 et 25 000 euros pour jouer, mais c'est la meilleure promotion. Parce que tu vas jouer devant les 5 / 6 000 fans de In Flames, en Allemagne, et là...

Photo de Dagoba - Izakar

Il y a un côté positif...

Franky : Voilà. Il y a un côté challenge, il y a un côté outsider. Si tu arrives à ratisser quelques fans de In Flames / Sepultura, ça veut dire que l'année prochaine, quand tu vas te balader dans le club de 3/400, c'est les 10% que t'as séduit ce soir là. Et pour moi, c'est ce qu'a fait Gojira avec Lamb of God aux Etats-Unis, c'est pour moi le paramètre le plus influent de nos jours. Bien devant internet, bien devant les dates le vendredi/samedi, tu perds trop de temps sur la route. Au bout d'un moment, faut que les groupes français arrivent à intégrer ces tour bus là, de quarante dates. Pour moi c'est ça la clé.

Et comment on arrive à se caler là-dessus ? A arriver à suivre In Flames, est-ce qu'il faut être là au bon moment ?

Franky : Déjà faut avoir la thune, c'est malheureux à dire, mais faut vraiment avoir le capital pour. Faut avoir l'emploi du temps pour. Ça met de côté tous les groupes qui ont soit trop de famille, soit trop de boulot à côté. C'est là où le choix vraiment se fait.
« j'arrive pas à lâcher mon boulot, j'arrive pas à lâcher mes études...hop » Tu peux même pas postuler pour ça. C'est dommage, mais il y a beaucoup de groupes français qui tentent pas ce pari là, par la prise de risque, par le boulot, par les enjeux financiers, le temps ou le bébé qui est à la maison.
Ça c'est les trucs où faut encore être un peu tête brûlée du metal.
Et ensuite faut plaire aux deux groupes. Parce qu'il y a quand même les groupes star qui disent: « non, je ne vais pas m'embarquer ce groupe là, faut que j'aime un peu leurs chansons ».
Il y a un côté sympathique à avoir et il y a un côté business, label, management « ok je te prends ce groupe là... toi à la prochaine tournée enquille moi quelques dates françaises... »
Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, mais pour moi, c'est ce qui a fait le plus gros palier franchi pour Dagoba, sur « What Hell is about », cette grosse tournée In Flames / Sepultura en Europe.

Encore une question, si je ne dis pas de bêtise, la seule vidéo que vous ayez faite c'est «  The Things Whithin » ?

Franky : la seule vidéo officielle ouais.

vidéo : Dagoba - "The Things Within" (2005)

Officielle… Mais comment ça se fait, parce qu'au moins pour « Face The Colossus » c'était quand même encore plus gros, un palier au dessus et il n'y en a pas eu ?

Izakar : Je vais te répondre franchement, c'est uniquement une question d'argent. Malheureusement, on n'a pas les financements pour faire des clips régulièrement. C'est très dur en France aussi de faire avec du metal, on n'a pas beaucoup de garantie de diffusion, et donc peu de gens misent et malheureusement c'est ça la première cause.
Pour faire un beau clip, pour pouvoir rivaliser sur MTV, il faut quand même mettre  un certain nombre de moyens et ça on ne nous les a pas donnés. Je pense que ça risque de changer avec XIII bis, justement ils ont l'air très motivés sur ça. C'est vraiment quelque chose que j'attends, et comme tu dis sur « Face the colossus », il y avait un énorme travail à faire là-dessus, avec des gros singles, des balades, des trucs comme ça. J'étais assez déçu qu'on n’ait pas de clip moi aussi.

Franky : Moi c'est les deux déceptions de « Face the colossus », cruel manque de clip et cruel manque de tournée européenne, de vraie tournée européenne, j'entends par tour bus, trente jours enfermés.

Moi je suis un gros fan de collector, alors, est-ce que pour « Poseidon » il va y avoir encore un format « collector » ?

Izakar : Je crois qu'on a prévu juste deux formats, voire un... Si tu veux, ça nous a posé pas mal de problèmes ce format collector.
Parce que le rayonnage devient très compliqué, notamment sur « Face the colossus » avec le digipak dans  ce sens là (NDLR : en longueur).

Je l'ai...

Izakar : Tu l'as mais si tu veux les magasins ne voulaient pas le mettre parce que ça ne rentrait pas dans leurs putains de trucs... Donc ça nous a causé beaucoup de problèmes, on va essayer de faire quelque chose de joli, esthétique. Je ne sais pas si tu avais le slipcase de « Face the colossus », celui où il y a un fourreau ?

Non... j'ai celui en digibook.

Izakar : Il y en a trois éditions  de « Face the colossus », mais là je crois qu'on part sur un truc esthétiquement beau, donc un slipcase avec le nom du groupe, quand tu l'enlèves tu conserves la pochette intacte.

Et ça, vous avez votre mot à dire largement ?

Izakar : Oui, pour ça oui.

Franky : Oui, pour l'esthétique on a quand même une idée  chaque fois assez précise. Là par exemple pour faire le côté mappemonde, les pages vont être un peu calque tu vois ?

Izakar : En parchemin....

Franky : Donc pour ça on est un peu casse couilles....

Izakar : C'est important.

Franky : c'est à dire, le nombre de pages.....

C'est pareil, ça a un prix.....

Franky : ça a un prix, donc là c'est petites négociations avec les labels, mais ça montre direct la motivation du label. Si on te dit « Oh, ça va être huit pages… Quoi ? Papier calque ? Non papier qui pue »... Là tu te dis « est-ce qu'il a envie de rentrer dans le délire ou pas ». Et là, on voit vraiment, on semble être une priorité du label et c'est motivant.

Izakar : Par contre comme je te disais, il ne faut pas reproduire les erreurs qu'on a pu faire, des choix de formats ont des fois vachement compliqué les ventes, et le regard des magasins là-dessus.

Franky : Et pour des trucs cons... le digibook dans ce sens là, tu le mets pas dans le rayon... Les mecs ils le mettent dans le rayon dvd à l'envers.

Izakar : Voilà, ça n'a rien à voir avec la musique, ça n'a rien à voir avec le contenu, ça n'a rien à voir avec le fait que le digipak est beau ou pas, c'est juste que eux, ça les emmerde pour le vendre.
Donc ça on ne le reproduira plus, parce que ça nous a un peu causé des problèmes. Par contre des alternatives pour faire des trucs sympas, il y en a, il n'y a pas de problème. En plus on est un groupe qui aime bien soigner le visuel, donc on le fera à chaque album.

vidéo : Dagoba - "The Crash" (live - édition précédente du Hellfest - 2009)

D'accord... Avant dernière question parce qu'on est au Hellfest aujourd'hui, l'affiche de cette année vous en pensez quoi, qui est-ce que vous préférez le plus ?

Izakar : Malheureusement je ne reste qu'un jour, aujourd'hui je vais regarder Fear Factory, Sepultura ce sera toujours bon, et si je peux aller voir Infectious Grooves, je serai content parce que c'est un groupe qui m'a marqué quand j'étais plus petit. Après évidemment les grosses têtes d'affiches comme Kiss,  j'aimerais bien pouvoir les voir parce que je pense que c'est vraiment exceptionnel. Je t'avoue que je ne suis même pas renseigné à 100% sur la programmation, peut-être que Franky la connait un peu mieux...

Franky : Moi pareil, je ne peux pas rester les trois jours, ça m'embête énormément. En tant que gros fan des années 80, Twisted Sister, en tout premier, groupe avec lequel j'ai grandi, Dee Snider est pour moi un héros. Je suis un peu dégouté de pas les voir. Kiss aussi, Alice Cooper. Je trouve l'affiche en fait très « gods of metal »  italien. Très rétro et en même temps très extrême.

Ok... Le rendez-vous alors ? C'est vraiment pour le 30 aout, ou il y aura un retard ?

Franky : Non, là il ne faut pas qu'il y ait de retard !

Izakar : non, mais ça dépend pas de nous...

Franky : ça c'est le genre de trucs, les petits points négatifs sur « Face the colossus », ces retards longuets ça na pas tiré le groupe vers le haut...

Bon ben je vous remercie...

Merci à toi....

Liens :
page Myspace : www.myspace.com/dagoba
Discographie :
  • pochette de l'album Release The Fury
    Release The Fury
    (2001)
  • pochette de l'album Dagoba
    Dagoba
    (2003)
  • pochette de l'album What Hell Is About
    What Hell Is About
    (2005)
  • pochette de l'album Face The Colossus
    Face The Colossus
    (2008)
  • pochette de l'album Poseidon
    Poseidon
    (2010)
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