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Interview de Crankset - septembre 2009.

Interview : Crankset

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Habituellement le hardcore n'est pas une musique dans laquelle je me sens à l'aise, mais c'est vrai que Crankset offre une vision moins sectaire avec une musique qui s'ouvre pas mal sur un metal hardcore plus imbibé ( et il n'est pas question d'alcool ici) d'idées autant metal que coreuses, permettant une écoute moins compressée. Alors que cette année a vu la sortie de leur nouvel album qui retrace un peu leur carrière, j'ai eu l'opportunité d'échanger quelques lignes avec Antho (chant) et Greg (basse) pour voir qui était Crankset...
par Arzhu - septembre 2009.

Salut les gars, alors Crankset a environ douze ans maintenant, c'est assez difficile de perdurer à travers notre pays qui n'est pas plus ouvert que ça aux courants metal et dérivés, médiatiquement parlant j'entends bien... Racontez nous un peu votre parcours, depuis votre formation à travers tous vos albums et split, en parlant un peu des moments difficiles qu'a pu avoir le groupe, si moments difficiles il y a eu...

Antho : Nous avons sorti notre premier album « Future For Thought » en 2001, avec pas mal de concerts a la suite, c'était l'époque de l'association Rockwave, une structure qui se bougeait grave (organisation de concerts, promotion des groupes, management, etc...) regroupant une dizaine de groupes auvergnats comme Kunamaka par ex . A l'époque, Jc (batteur) était le seul employé de cette asso, c'est de là que nous l'avons rencontré, il était aussi bassiste dans 8nop8, puis il s'est reconverti a la batterie lorsque que notre premier batteur a décidé de suivre une autre route juste après ce premier skeud.

En 2004 sort notre 2ème album, « Waiting After Rebellion », avec toujours pas mal de concerts, des premières parties de groupes importants, le Furyfest, des petites tournées... Par contre pas mal de malchance avec 2 labels, qui se sont cassés la gueule à la suite, pour des raisons budgétaires, donc auto production et beaucoup moins de promotion que prévu.

2005, Nico, mon frère, lâche le micro, plus qu'une seule voix, on devient un quatuor, on enlève le peu de son électro, on devient plus agressif (conjoncture oblige). Concerts, etc ....

2006, nous sortons un split avec Noise Data, 5 titres chacun dont un commun, et des concerts inoubliables à 9 sur scènes sur 3 titres, terrible, énorme, puissant !!! Notre zik se durcit encore plus, sans concession...

2009, « Graceful Delicacy », DVD regroupant 9 nouveaux titres, des extrait de concerts, 2 clips, tous nos albums... toujours des concerts, une tournée en novembre dans le sud de la France et en Espagne avec nos potes de Temesta ; Voilà on est toujours là, avec la même passion et encore plus vénères !

Et donc au jour d'aujourd'hui, quelle est la motivation première de Crankset, motivation qui a dû changer d'optique au cours des années ? Quel regard portez-vous sur la scène metal mais aussi hardcore, si on peut différencier ces deux quelques peu ?

Antho : Se faire plaisir en continuant notre passion, la musique, mais aussi une forte amitié qui s'est forgée au cours de toutes ces années. C'est sûr qu'on ne voit plus les choses de la même manière, mais toujours motivés à répéter, composer, faire des concerts et sortir d'autres albums, çà c'est clair. La scène métal-hardcore s'est bien développée, avec plein de diversité, beaucoup de groupes, c'est toujours aussi difficile de se faire une place avec tous ces jeunes qui envoient le bouzin. Je n'ai pas de regard particulier ou à différencier ces deux scènes, sinon j'vais ressortir les vieux stéreotypes, j'veux pas être médisant.

Greg : Moi ce qui me gêne avec la scène hardcore, c'est tout ce côté on pose, on est des beaux gosses, on se la raconte, on est méchant et tout le bordel, bon pas pour tous les groupes,, mais c'est pas nouveau (désolé ça va en énerver quelques uns...) Par contre musicalement il y a pleins de bonnes choses, genre Hatebreed.... Et pour la scène métal c'est le côté puriste du genre, écouter qu'un style je trouve ça dommage car il y a vraiment plein de bonnes choses à prendre dans plusieurs genres musicaux. En même temps j'en écoute de moins en moins donc je suis un peu à la rue. Ah oui aussi, ça manque de filles dans les concerts du genre, dommage...

Photo de Crankset

Musicalement estimez-vous avoir plus une appartenance, même si lorsqu'on est créateur de musique, la revendication d'un style n'appartient qu'à celui qui écoute et non à celui qui crée, à la scène hardcore ?
En considérant que vous êtes plus proches de la scène hardcore... Depuis de nombreuses années, tant dans cette scène ainsi que dans son dérivé grindcore, le système du « Do it yourself » a toujours été prôné, ce qui justement a dû participer à la continuité du mouvement, d'un style de vie musical même. La scène Metal plus traditionnelle a tendance aujourd'hui à développer cette optique de tout faire soit même pour mieux survivre et pour éviter de passer par des intermédiaires trop gourmands... Votre avis sur la question ?

Antho : Musicalement, on se situe entre les deux, et c'est tant mieux. Je pense que chaque groupe se doit de se débrouiller soi-même s'il veut avancer dans cette jungle. Après j'ai envie de dire qu'il ne faut pas cracher dans la soupe, nous, on se sert de subventions que l'on peut trouver dans la région, ce serait dommage de ne pas s'en servir. Sauf pour « Graceful Delicacy » qui n'a reçu que notre aide financière.

Greg : Moi je trouve qu'on a vraiment de moins en moins de liens musicaux avec la scène hardcore pure.
On s'est toujours débrouillé avec des petits moyens comparés d'autres groupes qui bénéficient d'aides financières et d'accompagnements importants au niveau national. On a quand même reçu une aide essentielle de professionnels de notre région depuis le début.

La scène hardcore, et la scène core en prolongement, ont toujours eu à coeur de parler de sujets de sociétés, d'engagements pour une cause, de politique par extrapolation. Crankset semble impliqué dans ce genre de thèmes, en tous les cas c'est l'impression que j'en ai à voir vos titres d'albums, voir votre site... Qu'en est-il sincèrement ?

Antho : Nos textes n'engagent que nous et ne sont pas pour nous une implication politique ; on y raconte juste notre vision des choses, de certaines injustices du passé et du présent, des réflexions sur notre société, la terre, l'évolution en général ; on est aussi inspiré par pas mal de films d'anticipation.
Ce sont des points de vue qui nous paraissent importants.
Sur le dernier album la plupart des textes sont écrits par Jice (batteur) et par Seb (gratteux) ; On parle aussi d'autres choses, un peu plus happy, comme la mort, lol (« My Desired Prey ») ou encore d'états psychologiques que l'être humain peut rencontrer (« Random Killing Process », « Falling » ). Peut être qu'un jour on chantera l'amour, la joie, vive l'état et le gouvernement, etc... j'sais pas, mais ça m'étonnerais.

« Graceful Delicacy », dernier album en date sorti cet année. Vous aviez promis de le mettre en téléchargement libre sur votre site, et c'est chose qui a été faite. Pourquoi ce choix ?
Peut-on malgré tout (pour les derniers furieux, du dernier bastion de résistance au support cd, car rien ne vaut une jaquette physique) se procurer malgré tout l'album en format physique ? Auprès du groupe ?

Greg : Les titres de « Graceful Delicacy » sont en téléchargement libre parce que nous sommes tous de gros téléchargeurs, sauf Anto ki écoute toujours ses trucs old-school, que ces titres se seraient retrouvés en téléchargement tôt ou tard, donc autant le faire d'entrée, et nous-mêmes. Notre but est de diffuser notre musique un maximum. De plus, beaucoup de groupes ont fait la même chose ces dernières années, ce qui nous a inspiré à le faire je pense. Mais il y a quand même un support dvd, tiré à 500 exemplaires en autoprod, avec une putain de jaquette, pour toutes les personnes qui veulent investir et nous soutenir, et que l'on vend sur les concerts, ou sur demande.

J'ai lu que celui-ci était sous forme d'un DVD, vous pouvez nous en dire plus là dessus ? Il me semble qu'il y a deux clips et d'autres choses intéressantes, qu'en est-il ?

Greg : Ce dernier skeud c'est plus qu'un simple cd 9 titres, c'est un dvd regroupant donc 9 nouveaux titres, 2 clips, 15 minutes de vidéo sur les sessions d'enregistrement, des vidéos de concerts (étalées sur 10 ans), tous nos albums et split depuis nos débuts ; la pochette a été faite par notre ami infographiste Gérald Jay en collaboration avec un pote photographe, Nicolas Auproux. Toute la partie vidéo a été réalisée par notre guitariste (Seb), c'est vraiment de la totale autoprod (aucun investissement extérieur).

video : CRANKSET - "Random Killing Process"

Faire un clip vidéo, ça demande quel engagement ? Je parle autant au niveau financier, que promotionnel ou humain, il est vrai qu'il faut s'investir plus que la construction d'un album... Peut- être qu'à l'arrivée le résultat peut-être moins satisfaisant que le fruit musical. Je ne sais pas si dans le metal plus extrême les gens sont vraiment fan de vidéo, peut-être que la musique compte plus que le visuel vidéo, sachant que le metal prend son ampleur en concert... Votre avis là-dessus ?

Greg : On a toujours aimé les clips, même dans le métal, que ce soient des clips à gros ou petits budgets ; pour les 2 nôtres c'est du tout petit budget, réalisés par Seb (guitariste touche à tout) et assistés de nous et de potes ; on pense qu'il y a moyen de faire quelque chose d'intéressant même dans ces conditions. C'est du Do It Yourself (vus nos moyens financiers, pas trop le choix).

Et questions concerts, vous semblez avoir prévu pas mal de dates pour le mois de novembre, une petite tournée avec Temesta ? Vous tracez même jusqu'à Barcelone ?

Antho : Nous attaquons la saison à la MJC de Montluçon le 24 Octobre, puis le 4 Novembre à la coopérative de mai à Clermont Ferrand en première partie de Gojira, puis on part sur une petite tournée avec nos potes de Temesta (groupe de grind auvergnat) dans le sud de la France + 2 dates en Espagne du 7 au 12 Novembre (plus d'info sur notre myspace). Voilà de quoi nous changer d'air.

J'écoutais le morceau « Eternal positions », qui vient du split si je ne dis pas de bêtises, et « Lethargic Situations Of Death », ils sont extrêmement planants ces morceaux...
Ce genre de morceau est-il singulier pour Crankset , est-ce une exploration atypique dans le processus de composition du groupe ?

Greg : C'est juste que l'on aime beaucoup la scène post-rock ou psychédélique, on a donc voulu explorer ce genre de sons et de mélodies, partir dans des structures plus répétitives, et c'est vraiment plaisant et enrichissant de changer de registre de temps à autres.
« Eternal positions » a été composé avec Noise Data pour le split, et « Lethargic Situations of death » est issu de « Waiting », en collaboration avec une violoncelliste, Claire Kaa. De bonnes expériences.

Crankset a évolué au fur et à mesure des années, comme tout un chacun, vers quoi avez-vous vu évoluer votre groupe ? Quelle vision de votre musique avez-vous vous au bout de 12 ans ?

Greg : Euh... on a évolué vers du Crankset, je sais pas trop, je dirais que la musique a évolué vers des structures un peu plus complexes et des riffs plus agressifs. Je pense qu'on préfère ce que l'on fait maintenant qu'à nos débuts, heureusement d'ailleurs, après pas facile d'avoir une vision je trouve, vu que l'on est dedans depuis le début. Il vaudrait mieux poser cette question au public.

Parce que musicalement c'est devenu peut-être plus « metal », lorsqu'on écoute un morceau comme « Surely it will », ça prend un ampleur limite symphonique, on a l'impression d'avoir un peu un thème « star wars », avec des samples ou claviers très orchestraux, à la Dimmu Borgir, un peu malsain et presque black sur certains riffs quand même, non ?

Greg : Les arrangements faits au synthé c'est notre ingé son, Vincent Estival, qui s'est permis de mettre sa sauce, sans nous demander d'ailleurs, salopiot... lol ; non mais on est souvent d'accord avec ses idées et ça amène une touche extérieure. Par contre Star Wars je suis pas sûr, mais black ça c'est de la faute de Jice (batteur) qui en écoute trop, alors on lui fait plaisir. Non mais pareil on essaye des choses en répet sans trop réfléchir, on écoute et on garde ou on jette selon que ça nous plaise à tous ou pas. En tous cas ce titre nous plait beaucoup et on n’en avait pas trop fait jusqu'a présent, çà change et on aime le changement.

« Graceful Delicacy » a été masterisé à Bordeaux par Alexis Bardinet, vous êtes allés plutôt loin pour faire ça , connaissance ou réputation ?

Greg: Sur les indications de notre ingé son, qui avait déjà travaillé avec ce type et qui a adapté le mix pour ce mastering. Et puis c'est pas si loin que ça Bordeaux.

Antho : On est super content du résultat étant donné le petit budget investi dans ce skeud, juste 2 jours en studio pour la batterie, la voix en un jour , tout le reste dans des chambres, des salles à manger, dans des home studios quoi.

Photo de Crankset

Allez introspection... Chanson la plus brutale sur « Graceful Delicacy » selon vous ? Pour ma part j'opte pour « Random Killing Process », très courte mais très intense, surtout au niveau batterie..

Greg : Pour moi, ça dépend de l'humeur, mais c'est vrai que RKP envoie du steak.

Antho : Sureley it will

Une chanson se démarque bien des autres sur l'album c'est « In Front Of Nogthingness », qui dure plus de 7 minutes, vous aviez déjà écrit un morceau aussi long par le passé ?
Quelle est cette volonté d'écrire un titre d'une telle longueur alors que les autres morceaux de l'album sont d'une durée moyenne et courte pour certaines ?

Greg : Oui sur chaque album il y a des titres de 7 à 9 minutes ( dont Lethagic et Eternal par exemple); il n'y a pas de volonté particulière, on compose un morceau sans trop faire attention à sa longueur et pareil on écoute, si c'est trop long et chiant on raccourcit ou on jette, c'est vraiment pas convenu à l'avance ; ça permet aussi de ne pas avoir dix titres structurés tous de la même façon, comme cela se fait dans le hardcore ou dans certains styles de métal par exemple. Moi je trouve ça chiant un album où tout les titres sont fait de la même façon.

Je viens un peu sur votre line-up, Crankset n'a changé qu'une seule fois de batteur, un chanteur est parti, sinon Crankset s'est trouvé une famille stable... Le line-up est un gros problème chez la plupart des groupes, conflits d'argent pour les plus célèbres, dissidences pour certains et intérêts autres pour les derniers. Comment vous expliquez être restés si soudés au cours de la carrière de Crankset ?

Déjà pour nous il n'y a pas de conflit d'argent vu qu'on n'en a pas et puis tout simplement parce que l'on est des amis, presque un couple, on s'engueule, on se fait des câlins, on se bat, tout ça. Non mais on s'entend vraiment bien et c'est vraiment agréable de ce connaître depuis si longtemps pour composer par exemple. On sait ce que l'un ou l'autre ressent, ses préférences, ses goûts... Mais s'est sûr que l'on a de la chance, quand je vois tous ces groupes qui galèrent à garder un line up stable, du coup ils ne peuvent pas avancer correctement ou ils splittent tout simplement.

Ok, les gars, merci pour cette interview, si vous voulez rajouter quelque chose...

Longue vie a Crankset et merci de nous soutenir.

Liens :

www.myspace.com/crankset37

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