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Contre vents et marées, l'équipe du festival Hellfest est en passe de réussir son pari de monter une édition 2008. L'affaire n'était pas gagnée d'avance, l'image de l'organisation ayant été largement écornée par les déficiences survenues l'année dernière.
Nous avons rencontré le fondateur et maître à penser du festival, Ben Barbaud, lors de son passage à Paris début mai 2008.
Du haut de ses 26 ans, il porte sur ses épaules cet événement international qu'est devenu le Hellfest, et relève chaque année le challenge de la programmation artistique.
Lucide, humble mais sûr de lui et de son projet un peu fou, Ben a répondu à nos questions.

par Patrick Etuy - mai 2008.

 

 

Comment se passent les préparatifs ? J'imagine que c'est la dernière ligne droite ?

Ben ouais, comme tu dis c’est la dernière ligne droite, on a mis pas mal de choses en place pour 2008, donc, y’a plus qu’à espérer que tout se passe bien et qu’il n’y ait pas de soubresauts et de surprises qui nous fassent stresser, mais pour l’instant tout va bien.

Quel a été le planning depuis l’édition 2007 ?

Eh bien de toutes façons le planning après l’édition 2007, ça a d’abord été une grosse remise en question concernant l’organisation même du festival, on s’est aperçu qu’effectivement on a eu un gros succès en terme d’affluence, donc c’est à dire qu’en termes artistiques ça été un joli succès pour pas mal de personnes, mais qu’en contrepartie on était complètement à la rue en terme d’organisation, et que le mauvais temps a mis en exergue tous les problèmes qu’on entretenait. Donc y’a une grosse remise en question : qu’est ce qu’on fait en 2008, comment on prend le tournant, qu’est ce qu’on propose pour l’an prochain, etc…
Donc bien évidemment nous étions conscients que le public Metal en France attendait une affiche du même calibre, aussi bonne que l’an passé, donc on ne pouvait pas se permettre de partir sur une affiche plus décevante, parce qu’on savait sinon que les gens allaient bouder le festival. Donc a essayé de partir sur une affiche surprenante, diversifiée, éclectique, de qualité… Peut-être, aux yeux de certains, démunie de grosses grosses têtes d’affiche, mais on a opté pour la politique de diviser le budget sur plusieurs bons groupes plutôt que de tout miser sur deux, trois, quatre groupes et puis voilà. Donc ça c’est un choix qu’on veut conserver pour donner cette image qui est particulière au festival. Et bien évidemment on a vu que l’an passé avec un festival de cette trempe là on n’avait pas été à la hauteur, donc il a fallu qu’on remette tout en question en terme d’organisation générale, les conditions d’accueil, et donc c’est surtout là que le gros projet s’est fait : la grosse nouveauté par rapport à l’an passé c’est justement qu’on soit capables d’organiser dans de bonnes conditions ou des conditions honorables du moins, un festival avec autant de monde que l’an passé. On aurait pu prendre la carte [Iron] Maiden, on était en contact avec eux, on sait qu’ils veulent venir, on avait, pourquoi pas, les moyens de le faire, mais on a préféré se dire : on se donne une autre année, avec une affiche de calibre équivalent à 2007, mais par contre on remet tout en cause en termes techniques et là on met les moyens qu’il faut pour organiser ça dans de bonnes conditions. Ce sont plus de 300 000 euros supplémentaires par rapport à l’an passé, pour augmenter le personnel encadrant, pour proposer beaucoup plus de toilettes, replacer les scènes, location de parkings supplémentaires, aménagement de terrains avec chemins empierrés pour que les personnes à mobilité réduite soient moins emmerdés… Enfin c’est plein de petits trucs comme ça mais ça correspond à une grosse somme. Ce que les gens doivent se rendre compte, c’est qu’aujourd’hui le budget artistique ne représente qu’un tiers du budget total du festival ; ce qui nous coûte le plus cher c’est la mise en place, et que cette année nous avons pris le pari de rajouter un gros budget pour un accueil dans de bonnes conditions, mais ça veut dire évidemment qu’on fait du commerce, et donc qu’il va falloir beaucoup plus de monde pour rentabiliser cette initiative, et j’espère que le public va suivre.

Est-ce qu’au sortir de l’édition 2007, la remise en question a été jusqu’à se dire : il n’y aura pas d’édition 2008 ?

Cela nous est passé par la tête, je t’avoue que dans les conditions dans lesquelles s’est passé le festival… Parce que vous avez eu évidemment les soucis que vous avez remarqués en étant au milieu du festival, et on se rendait compte effectivement de tous ces soucis qui gênaient le public, mais il y avait également tous les soucis qu’on avait derrière et qui sont généralement multipliés par 10, vous n’en voyiez qu’une partie. Certains rencontrent des problèmes que tu n’as peut-être pas rencontré, mais nous on a tout dans nos oreilles, on voit que tout part en vrille, on voit qu’il ne va pas faire beau, etc…
Et je t’avoue qu’on a tellement trimé, on a tellement tout donné, quand on rentre chez nous et qu’on voit les reports qui sont affligeants… On s’est pas dits, « non, on va pas continuer », mais on était hyper déçus. On a encore raté l’occasion d’asseoir le festival, et donc on va encore essuyer des critiques, c’est le jeu.
Alors on a essayé de s’expliquer sur les raisons du pourquoi du comment, les problèmes d’un festival 2006 qui n’avait pas marché du tout nous avait obligé à récupérer, par le festival 2007, un lourd passif de dettes, ce qui nous a empêché de mettre de l’argent dans autre chose.
Après je ne veux pas me trouver d’excuses, la personne qui paye un billet est en droit d’attendre un certain type d’accueil, et effectivement elle ne l’a pas eu. On ne s’est pas justifié outre mesure en disant « c’est pas normal qu’on nous critique, ceci cela ». Y’a des gens qui ont évidemment exagéré la situation de façon à pourrir, parce qu’en France on aime bien se plaindre quand y’a rien, et quand y’a quelque chose on aime bien détruire le peu de choses qu’il y a. Donc ça maintenant on arrive à prendre du recul dessus.
En 2006 on avait perdu beaucoup d’argent, 2007 nous a permis de rembourser ce qu’on avait perdu en 2006, de s’en mettre de coté, de salarier 6 autres personnes à plein temps, donc on a enfin les moyens de nos ambitions : on va pouvoir embaucher des gens, on va pouvoir s’entourer de professionnels qui connaissent leur métier mais il faut bien les payer. Il faut comprendre qu’en 2007, du fait d’une année 2006 très morose, on n’avait pas les moyens de s’engager dans ce principe là. Bon les gens nous critiquent et ils ont eu raison de le faire, nous on ferme notre gueule, et le principe c’est on se remet en question de notre coté et on fait en sorte que l’an prochain, les gens qui auront boudé le festival cette année parce qu’ils se sont jurés de ne plus y remettre les pieds ou parce qu’ils ont trouvé ça minable, puissent avoir des reports qui disent : ah ben là ils ont bien assuré, là ça a été, en plus nous avons eu de la chance il a fait beau…
Donc nous on travaille, et on prend du temps pour expliquer aux gens les raisons du pourquoi du comment… je pense que beaucoup de gros producteurs qui auraient fait ça que pour le pognon n’auraient même pas expliqué les raisons. Nous restons des passionnés qui organisons des festivals pour les passionnés, avec les avantages et les inconvénients que ça représente. Les avantages, c’est qu’on est proches des gens, on essaie de communiquer, on n’est pas trop mal en terme de connaissance musicale et on arrive à proposer des affiches qui plaisent, qui ne soient pas uniquement Iron Maiden avec 4 groupes, Metallica avec 4 groupes, on essaie de représenter un maximum de choses, des choses en devenir, des choses cultes, donc on fait un gros travail là-dessus.
Les inconvénients, c’est qu’on est pas des pros, on est pas les meilleurs du monde, et qu’on a besoin de temps pour apprendre, etc… Donc comparer avec le Wacken qui a 15 ans d’existence et 4 fois plus de budget que nous... tu vois ce que je veux dire. On n’est pas plus bête que la moyenne ! Quand j’ai entendu dire qu’on était incompétents, qu’on avait fait exprès de mettre pas assez de chiottes pour gagner plus d’argent, etc… c’est un peu dur d’entendre ça, sachant que ça fait 8 ans maintenant qu’on fait des festivals, on est passé par des Furyfest où on s’est fait entuber par nos patrons, on s’est retrouvé au chômage, on a essayé de remonter quelque chose, on reperd 200 000 euros, on décide quand même de continuer, on n’a pas de subventions, en ce moment on me crache sur la gueule avec un collectif  qui vient nous dire qu’on prône des idées néo nazies et tout ça… Il faut se battre contre tout ça. J’aimerais juste que les gens comprennent que certes on est pas les meilleurs du monde, et on en est conscients, mais qu’on aimerait bien qu’on nous laisse un peu de temps : tout le monde chez moi est payé au Smic, ils sont tous en CNE, et ils donnent tout ce qu’ils ont. On travaille pour qu’il y ait moins de problèmes : j’ai pas dit qu’il n’y en aurait plus, j’ai pas dit qu’il n’y aurait pas de boue… Il nous faut encore plusieurs années, mais ça va venir ! On y croit parce que sinon on arrêterait. Tu sais des fois on a des grosses périodes de doute, quand on voit que les subventions n’augmentent pas, quand on voit qu’on est obligés de gérer des problèmes avec des associations anti-Hellfest qui font peur à la Mairie, la Mairie qui vient nous reprocher des trucs, quand on voit que le public est assez dur et virulent ; « c’est des groupes de merde, c’est une organisation merdique, c’est des cons, c’est des voleurs… » Des fois tu te dis : stop.

On parlait de la Mairie, moi j’ai eu la sensation que tu as moins de soucis avec cette Mairie que tu avais pu en avoir au Mans pour le Furyfest par exemple…

Oui, mais je suis de Clisson, j’y habite depuis 23 ans en fait. L’avantage c’est qu’à la sortie du Furyfest en 2005, avec le marasme financier causé par nos patrons, on s’est retrouvés sans rien, et j’ai pu trouver à Clisson des gens que je connaissais : les élus sont soit mes anciens profs, soit des amis de mes parents, soit mes éducateurs sportifs, etc… Alors je ne suis pas arrivé de but en blanc en disant « je vais vous organiser le plus gros festival de Metal extrême en France, là chez vous dans votre petite commune », j’ai beaucoup arrondi les angles : il y eu beaucoup d’a priori, d’amalgames la première année, et ça s’est quand même très bien passé, beaucoup de Clissonais ont appris à connaître ces festivaliers, leur état d’esprit, ils ont découvert des gens polis, respectueux… Donc ça c’est bien passé. Le problème c’est qu’on est passé par les municipales au mois de mars dernier, et que le candidat qui est passé n’est peut-être pas celui que j’aurais préféré. La Mairie nous supporte parce que le festival se passe bien, ils ne peuvent pas passer à côté du fait qu’on fasse gagner de l’argent aux commerçants, aux vignerons, qu’on rapporte un retour sur image important, donc voilà. Mais je suis persuadé que certains élus actuels attendent le faux pas pour trouver une excuse et nous dire « Allez voir ailleurs ».

Tu as déjà senti certains blocages ?

Oui, bien sûr, la Mairie ne fait rien pour développer le festival. Par exemple on augmente par 4 le nombre de toilettes, mais ça reste du système chimique, parce que la mairie n’a pas voulu nous construire des arrivées et des évacuations d’eau. La Mairie nous a dit : Non, ça va nous coûter de l’argent, on ne vous donne pas d’argent. Tous les travaux qui ont été faits, on les payent nous-même. 45 000 personnes vont venir sur le festival cette année grosso modo, qui vont consommer, qui vont faire vivre l’économie locale, et la Mairie n’offre même pas 1 mètre cube d’eau pour que les gens se lavent : elle nous le facture. Ces mêmes 45 000 personnes vont consommer chez les commerçants clissonnais, et vont laisser des déchets au camping, qui c’est qui va payer la gestion des déchets : c’est moi. Si tu vas voir la Mairie et que tu leur dis : attendez, les mecs consomment chez vous, si je ne suis pas là ces gens ne sont pas là et ne font pas marcher l’économie locale, et il faudrait que je paye les déchets en plus ?
Il y a plein de trucs comme ça, énervants. On a pas une Mairie qui est contre : il faut aussi se replacer : on n’est pas dans une métropole avec une politique ambitieuse, on est dans une petite commune, et quand tu parles avec monsieur le Maire il te dit « je préfèrerai que vous ne soyiez pas là ». Oui mais l’économie locale, le retour sur l’image ? «  Je préfèrerai ne pas en avoir, comme ça on n’a pas de problèmes : y’a pas de contre, y’a pas de pour, on n’embête personne. ».

Dans le même ordre d’idée, qu’en est-il des subventions ?

C’est à peu près la même chose. Bon là c’est un peu mieux parce que quand tu parles à la Région ou au Département tu as souvent des élus ou des gens embauchés qui eux, par contre, connaissent. Donc là on n’a pas du tout ce problème d’appartenance à un pseudo milieu sataniste, sectaire ou je ne sais quoi. Mais par contre c’est quand même de la distribution de cacahouètes, pour dire « regardez, on vous donne quand même un peu de sous ». Mais quand on voit ce qui est distribué à certains autres festivals, certes « grand public », mais pas toujours aussi gros que nous… « Oui mais monsieur Barbaud, ce festival a été créé à la demande de la Région ». Les Eurockéennes ont été créées à la demande du Territoire de Belfort, Rocjk en Seine a été créé à la demande de la Région Ile de France, et ils leur donnent le chéquier. Moi on m’a dit « Monsieur Barbaud vous êtes là c’est bien, ça fait vivre l’économie locale, vos festivaliers sont gentils, bon on vous donne un petit truc ». J’ai 1% de subventions, et les Eurockéennes c’est 40% !

On parlait d’affluence, où en es-tu actuellement en termes de préventes, vous êtes dans les clous ?

Oui, là c’est bien, et on fait même mieux que l’an passé où on avait fini complet. Pour l’instant on par encore fait le « break », mais on est en avance, on est bien. Comme ça fait plusieurs années qu’on fait le festival on connaît les tendances d’achat, donc ça ne devrait pas être une année catastrophique. Après, savoir si on va faire 11, 12 ou 14 000, je ne sais pas. Le « break » est à 12 000 personnes à peu près, donc il est quand même assez haut. Là je dois être aux alentours de 5000.

Tu as pu augmenter la capacité d’accueil ?

Non, je n’ai pas eu le droit. C’est d’ailleurs une des excuses de la Mairie, qui dit « Oui monsieur Barbaud, votre événement marche, si vous faites une deuxième fois complets, il va falloir passer à autre chose et nous on peut pas, le terrain est trop petit, alors allez voir ailleurs » ! Alors qu’on a déjà pris contact avec les agriculteurs locaux qui sont prêts à arracher de la vigne ! Ce n’est donc pas un problème de place.

Tu restes donc à 15 000 personnes par jour, c’est ça ?

Oui, exactement. Mais c’est également un positionnement de notre part, on n’a pas été capables d’accueillir 15 000 personnes dans des conditions honorables l’an passé, donc là on veut refaire la même chose avec des conditions qui, je m’espère, seront à la hauteur.

Parlons rapidement du dernier gag en date avec ce blog anti-Hellfest. Ce qui m’étonne le plus c’est ce ne soit pas arrivé plus tôt !

Mais pour moi tu sais, c’est un cadeau du ciel ce truc là ! Je vais faire à partir de vendredi la couverture de Ouest France « département », 1 600 000 exemplaires... ces mecs là vont se faire démonter : la presse a appelé l’avocat, la préfecture, la police et tout le monde leur a confirmé que c’était n’importe quoi ce tract. Et moi je vais être présent dans tous les journaux ! Pour moi c’est un cadeau du ciel : ces gens ne se rendent même pas compte qu’ils ont tellement été loin dans les propos infondés et la débilité, ils vont se faire traiter de gogols par tout le monde, et moi ça va me faire de la pub.

Tu comprends quand même que les festivaliers puissent craindre que cela apporte un beau prétexte pour bloquer le festival…

Non, parce que le public s’est tellement bien tenu pendant deux ans et a tellement bien prouvé son comportement quasi exemplaire, que tous les a priori qui avaient été énumérés en 2006… La Police ne savait pas : hard rock ? Est-ce que c’est des rave party… Les gens ne connaissent pas. Et le peu de médiatisation qu’il y a sur ces musiques là, c’est pour nous faire croire sur M6 que les gothos-pouffes sont suicidaires et que leurs copains font des messes noires. L’année dernière on a refusé la venue de « Zone Interdite ». On a refusé aussi « Vis ma vie ». Parce qu’on savait les motivations et les raisons qui les poussaient à venir chez nous : c’était pour dénaturer complètement la tenue de l’événement, et en faire de la contre-publicité, donc on a refusé complètement.
Pour en revenir à ce blog, quand il parle de majorité clissonaise silencieuse, c’est entièrement faux : de source sûre, car je suis quelqu’un de connu à Clisson maintenant et j’y connais tout le monde, il n’y a même pas 10 personnes qui ont signé la pétition à Clisson.
C’est pour ça que je ne suis pas inquiet outre mesure. Et vu que le public a été exemplaire pendant deux ans, même les Clissonais qui étaient les plus réservés quand ça a commencé en 2006 sont maintenant des gens qui disent « attendez, on a vu pendant deux ans, ces gens-là n’ont même pas arraché un pot de fleur dans Clisson, y’a même pas eu un tag, ils ont été polis, ils ont passé trois jours sous la flotte dans des conditions complètement horrible, et est-ce que vous avez vu de la violence ? Non »
Donc à un moment il y a des faits, et ces gens là (du blog, ndr) ont essayé de mettre à plat des choses qui sont infondées, et on a des preuves pour les contrer. Moi déjà je vais les attaquer en justice, pour diffamation, puisqu’ils ont raconté des choses fausses. Il ne s’agit plus d’a prioris ou d’opinions, ce sont juste des choses fausses. Et on peut le démontrer par les conclusions de la Préfecture : à chaque fin de festival on se rencontre avec les institutions, et il y a évidemment un débriefing sur tout ce qui s’est passé, et il n’y a rien eu : un gars s’est fait choper avec des ecstasys, il n’était pas du festival mais était là pour faire du business comme partout à n’importe quel grand rassemblement, ensuite il y a eu 3 gars qui se sont fait contrôler positifs à l’alcoolémie au volant, dont 2 qui étaient des vieux clissonais qui sortaient d’une cave à vin et qui étaient tellement habitués à jamais voir de flics le week-end, ne se sont pas méfiés et sont fait choper ivre-morts. Et enfin il y a eu une sombre histoire d’une nana qui se serait fait violer dans le camping : elle a changé ses propos à la gendarmerie : un jour son agresseur avait les cheveux roux, après les cheveux noirs… Les gendarmes ont fait un prélèvement et ont découvert qu’elle avait je ne sais plus combien d’alcool et de drogue dans le sang. Les gendarmes ont conclu qu’elle ne savait plus elle-même ce qu’il s’était passé et qu’il pouvait tout aussi bien s’agir d’un viol que d’un cas où elle s’est laissée faire parce qu’elle était complètement « déchirée » et qu’elle a flippé le lendemain. Une histoire pas claire, mais pas cool en tout cas. Malheureusement on n’est jamais à l’abri d’une brebis galeuse, on n’est pas à l’abri d’avoir, une année, 5, 6, 7 ou 10 connards qui, à eux tout seuls, pourrissent l’ensemble du festival en ayant causé une connerie monumentale, ça c’est sûr. Les Vieilles Charrues ça fait maintenant 10 ans que ça existe et y’a déjà eu 3 morts, ça existe toujours. Moi si j’ai un mort sur mon festival et même si je ne suis pas responsable, un accident ou je ne sais quoi, ce sera l’excuse clé pour dire « plus jamais ». Il faut être conscients qu’on n’a pas droit à l’erreur.

Hellfest 2008

Est-ce que les soucis d’organisation de l’année dernière ont été un blocage pour faire venir certains groupes cette année ?

Pas du tout. Les rumeurs comme quoi : « Ouais, bah vu comme c’était mal organisé les groupes vont pas revenir » : non mais attend, les groupes il ne viennent pas pour les conditions, ils viennent pour le chèque, hein.

Tu bénéficies désormais de l’aide de Salomon Hazot (fondateur de Nous Productions et un des plus gros producteurs de concerts rock en France, ndr)…

Oui, Salomon m’aide à avoir une certaine crédibilité, parce que tu vois, je suis très jeune (26 ans, ndr)… Moi aujourd’hui, quand je vais serrer la main de Kerry King, il croit que je suis un bénévole, il se doute pas que c’est moi qui lui fait le chèque ! Donc évidemment Salomon m’aide effectivement à avoir une certaine crédibilité, il m’aide à me faire rencontrer des personnes qui sont professionnelles et dans le métier depuis longtemps, et donc il m’aide à bien m’entourer. C’est également avec Salomon qu’on a discuté de prendre le risque de faire quelque chose comme Iron Maiden, et on a préféré ne pas le faire cette année. Après comme je dis à tout le monde, si cette année y’a du monde, si le festival se passe bien et que tout le monde est content, ça va me motiver et m’encourager pour que je rappelle le management de Maiden. Ils veulent venir eux ! De toutes façon Maiden veulent faire le plus de dates possible et encaisser le plus de pognon possible pour préparer la retraite, ou je ne sais quoi. Et donc l’année prochaine si tout m’encourage à me dire : « Allez Ben, tu passes une étape supplémentaire », là tu vas chercher un ou deux gros artistes, des locomotives encore plus grosses que ne le sont Slayer ou Mötörhead. Et là tu n’essayes plus de faire 10 ou 15 000 personnes par jour mais 20 ou 25 000. Mais c’est encore un risque supplémentaire, plus je fais ça, plus je prends des risques financiers et plus le public a intérêt à être présent, parce que sinon… Alors des fois, surtout avec nos expériences malheureuses du Furyfest, on est un peu sur notre réserve. Et l’an passé on a certainement été un peu trop sur notre réserve, un peu trop frileux...

Quelques mots sur l’affaire Korn ?

Bah c’est très simple l’affaire Korn : ils ont décidé de se barrer parce qu’ils estimaient que les conditions pour jouer n’étaient pas réunies. Dans leur contrat il y avait une clause qui stipulait qu’ils avaient le droit de se barrer au cas où il y aurait des fuites sur la scène… Nous on a fait intervenir un huissier de justice qui a fait constater le contraire, et ils ont fini par fermer leur gueule. Et ce n’est même pas eux qui nous ont remboursé, c’est leur agent, leur booker. Je me suis arrangé avec lui, et à mon humble avis, c’est lui, de sa poche, qui m’a remboursé le cachet. Je travaille avec cet agent pour d’autres artistes, et c’était dans son intérêt qu’on ne se brouille pas. Quelqu’un comme Salomon m’a aidé aussi : ça fait 35 ans qu’il est là, donc les agents anglais le respectent : moi je suis un petit jeune de 25 ans, les mecs ils me disent : « Oh, toi et ton festival, c’est bon hein ». Salomon m’aide à être pris au sérieux. Je en suis même pas sûr que j’aurais eu le remboursement sinon.

Il était prévu initialement deux éditions du festival cette année, une Metal et une Hardcore ?

L’idée était de se faire plaisir, vu que désormais on est plus de salariés dans l’équipe, on essaie de développer notre activité ; on a racheté un café-concert à Nantes qui s’appelle Le Ferrailleur, ce sont des petits concerts hein, c’est 300 places. On essaie de mettre en place pas mal de choses, o, fait la prochaine tournée de Neurosis en Europe… Et donc on avait ce projet de faire un festival indoor plutôt, mais on a eu l’opportunité de faire jouer au Hellfest des groupes comme NOFX ou Sick Of It All, et on avait pas envie de laisser passer l’occasion…

De toutes façons cette spécificité du Hellfest, et du Furyfest en son temps, de mélanger les deux programmations est plutôt une bonne chose…

Oui, c’est ce qui permet à ce festival d’avoir une image et une identité un peu particulière par rapport aux autres festivals, et moi je ne considère pas le Hellfest comme concurrentiel avec d’autres festivals : on n’est pas concurrent du Graspop, tu as vu comme c’est énorme, ils font quatre fois plus de monde que nous ; mais je le considère comme complémentaire.

Est-ce que tu as des relations avec les organisateurs des autres festivals européens ?

Oui, je les connais tous. Ce sont tous des gens avec qui on s’entend très très bien, à l’exception de quelques uns qui sont eu peu plus… qui ne veulent pas qu’on leur « vole » leur recette miracle ou je ne sais quoi. Mais je m’entends très très bien avec Bob du Graspop, avec Andrea du Gods of Metal, et puis on se téléphone régulièrement pour savoir « tu file combien à tel groupe, est-ce que chez toi ça marche… » : parce que tous les pays sont différents. Machine Head va marcher super bien chez nous, mais vaut cacahouète en Espagne. Whitesnake va ramener 10 000 personnes en Italie mais ne vas pas faire 1500 chez nous. Donc on essaie de communiquer, de voir : on est tous conscient que les groupes, qui gagnent de moins en moins d’argent sur les CDs, essaient d’augmenter leurs cachets pour les concerts. Ce qui est au détriment de vous, qui payez votre entrée de concert : parce que plus les groupes demandent cher, plus on est obligé d’augmenter le prix de la place, et donc on essaie entre promoteurs de spectacle de limiter cette flambée… mais on n’y arrive pas. Regarde : là Metallica va jouer à Arras pour 80 euros la place : si c’est complet, ça va encourager Metallica, quand ils vont revenir l’année d’après, à dire : c’était complet, donc on va redemander encore plus. Et la place ne sera plus à 80, mais 100 euros. Et tant que le public acceptera de payer des sommes que je considère comme complètement débiles, les groupes continueront à augmenter les prix, partout, quel que soit leur niveau. Je faisais jouer Agnostic Front il y a 10 ans à 500 euros, et maintenant ils me disent « maintenant c’est 5000 euros ou on ne vient pas ». Car maintenant il y a les pays de l’Est qui commencent à faire des concerts, des festivals qui se montent de partout…

Oui, les groupes n’ont qu’un certain nombre de dates dans l’année, et ils vont au plus offrant.

Exactement. Quand les gens sont surpris et se disent « Ah putain les groupes nous ont encore évités ». Mais il n’y a aucun groupe qui veut éviter la France, tous les groupes veulent passer au moins à Paris. Mais quand ils demandent tellement d’argent qu’il n’y a plus de promoteurs capables de prendre le risque, parce qu’ils en ont marre de prendre des bananes…

Quelques mots sur La Discover Stage : la programmation sur cette scène est assez énorme cette année, et les choix vont être difficiles !

Oui, à un moment il y a une contrainte de temps, et on ne peut pas tout voir.

L’année dernière la Discover Stage était plutôt réservée à des groupes en devenir, on sent cette année que c’est plus équilibré avec les deux autres scènes…

Oui, on savait que de toutes façon on devait faire une affiche assez importante pour que les gens soient motivés de revenir. Voilà pourquoi également on a repris Slayer, parce que dans nos finances y’avait que ça, pareil pour Mötörhead. On savait donc que les gens n’allaient pas se dire « ouah les têtes d’affiche de fous ! » Donc on a plus essayé de jouer la carte de la diversité, y’a plus d’une dizaine de groupes de black, y’a du death dans tous les sens, du grind, etc… On a décidé de ne pas jouer sur la notoriété des gros groupes, mais sur un listing important. Et sinon, pour la Discover, on a une tente qui est deux fois plus grande que l’an passé : ça permettra pas à tous le festival de voir tous les groupes, si 15 000 personnes décident d’aller voir Belphegor plutôt que Cavalera Conspiracy, ils ne rentreront pas tous dans le chapiteau !

Et pour les deux scènes principales côte à côte ?

Alors ça c’est une décision technique. On ne voulait plus mettre la seconde scène au fond, parce qu’on s’est rendu compte que le terrain est marécageux, il n’est pas drainé du tout et avec des conditions climatiques comme l’année dernière… Au niveau de la grande scène le terrain est légèrement bombé, ce qui permet à l’eau de s’évacuer. Et tu arrives à avoir un peu moins de boue. Les gens me disent : « oui, pourquoi tu ne mets pas de la paille ? » : parce qu’il y a aussi des contraintes : la paille fait de la macération, et on eu 18 interventions suite à des malaises à cause de la macération ! Et normalement la Préfecture exige des copeaux de bois : mais une tonne de copeaux de bois coûte une fortune, et en plus c’est un terrain de foot ! Donc les copeaux de bois c’est bien de les mettre, mais il faut ensuite les enlever, mélangés à la boue, etc… Faut faire venir des tractopelles, et donc refaire le terrassement de tout le terrain ! Laisse tomber, c’est pas possible ! On me dit : « tu devrais le faire quand même » : Ok les gars, mais alors faudra accepter que le prix du billet c’est 200 euros !
J’entends des gens, ils veulent la meilleure affiche du monde et la meilleur organisation du monde pour 50 euros par jour. En Serbie c’est possible : tu leur ramènes Judas Priest et ils sont 40 000. Alors tu dis « Alors les gars Ok, et je mets le billet à 150, 160 ou 170 euros le billet. Vous allez venir ? » : « Oh non c’est trop cher ! ». Bon alors je mets une affiche moins grosse : « Ah non si l’affiche est moins grosse je préfère aller au Graspop !». Bon alors je mets pas les conditions à la hauteur : « Ah ouais mais vous faites du travail de merde ». Y’a pas de solutions les gars : j’ai pas de subventions, j’ai pas de sponsors, qu’est ce que vous voulez que je fasse ? J’aimerais bien gagner au loto et dire « Allez hop je paie des chiottes à tous les festivaliers : » (rires). J’aimerais bien !