Interview : Arkan

Salut à vous, première question traditionnelle, qui est Arkan ? D'où venez-vous musicalement ?
Abder : Arkan est né de la rencontre entre Foued et moi, lui étant le batteur de The Old Dead Tree et moi guitariste dans Dawn Of Decline, un groupe de death metal. Partageant plusieurs points communs dont nos goûts musicaux et nos origines maghrébines, nous avons décidé de créer un projet inédit à l'époque : fusionner le Metal et la musique orientale nord africaine. Nous ont rejoints par la suite Mus et Samir respectivement guitariste et bassiste d'une des formations de Metal phares d’Algérie : le groupe Worth, ainsi que Florent ex-chanteur de Whisper-x. Alors qu’Arkan n'était initialement qu'un side project, il a rapidement muté en une expérience exclusive. Nous nous sommes entièrement consacrés à ce projet et nous avons quitté nos groupes respectifs les uns après les autres… Après la sortie de « Burning Flesh » notre premier MCD, nous avons fait une dizaine de dates, et le public que nous avons rencontré nous a conforté dans notre choix d’un style musical novateur, suite à quoi nous avons décidé d’exploiter pleinement cette caractéristique dans notre premier album, sorti l’été dernier chez Season of mist.
Florent : Nos influences sont nombreuses, et trouvent leurs racines dans le Metal et la musique orientale et même au-delà… Dans le Metal elles sont multiples, mais je peux te citer quelques unes de nos influences dans la musique orientale charqui : Farid El Attrach, Abdel Halim Hafedth, Oum Kethoum… et la musique traditionnelle maghrébine : El Hadj El Anka, Dahmane El Harrachi, El Hachmi El Gérouabi… Le titre « Lamma Bada » qui figure dans notre album n’est autre qu’un morceau repris du patrimoine musical arabe : « Lamma Bada Yatathana» repris par beaucoup d’artistes parmi lesquels la chanteuse Fairouz.

Très bien, avant d'entamer la partie sur « Hilal » je voudrais d'abord savoir comment s'est passé cette tournée avec les maîtres de la composition que sont les divinités grecques de Septic Flesh, et comment vous en êtes venus à tourner avec eux , parce que pas mal de monde a dû vouloir la faire cette tournée là ?
Florent : Il fallait se tenir prêts pour cette tournée surtout quand tu ouvres pour un groupe tel que Septic Flesh. Ce fut une expérience très enrichissante tant du côté musical qu’humain. Nous avons eu l’occasion de côtoyer des gens passionnés par leur art. L’atmosphère de bonne entente et de respect mutuel entre les trois groupes a généré pleins de bons moments et le pire d’entre eux fût le moment de la séparation.
Abder : Septic Flesh avait besoin d’un groupe sur sa tournée en France et ils avaient entendu parler de nous après la sortie de « Hilal ». Nos managements respectifs sont entrés en contact et ils ont décidé de faire appel à nous. Ce fût un bon challenge pour nous d’ouvrir pour eux sur toutes ces dates et je dois dire que l’accueil du public fût une agréable surprise tant il était chaleureux tout au long de la tournée.
J'ai appris aussi que vous aviez fait des dates avec Sarah de The Outburst ? Comment s'est passée également la rencontre avec elle ? Est-ce qu'elle va faire partie intégrante du groupe maintenant, vu qu'on peu constater sur votre myspace qu'elle est incluse dans les photos ? Pourquoi avoir décidé sa venue plus conséquente qu'un guest ? Aura-t-elle une participation plus importante à l'avenir ?
Florent : On connaissait Sarah et The Outburst avant que l’on ne collabore ensemble. Son talent et le fait qu’elle parle l’arabe ont permis une collaboration constructive et fructueuse. Après avoir posé sa voix sur « Hilal », nous avons décidé de l’inviter sur cette tournée pour aller plus loin dans cette aventure et cette collaboration.
Abder : Sarah est une excellente chanteuse et une grande amie d’Arkan. Nous avons décidé de faire appel à elle sur cette tournée pour encore mieux retranscrire l’atmosphère de « Hilal » tout comme nous avons utilisé des guitares acoustiques, de la derbouka et des samples audio. Tous les gens qui ont participé aux multiples projets d’Arkan ont une place importante dans l’histoire du groupe ; ils ont participé à le construire et Sarah en fait partie.

Arkan a sorti son premier album voici maintenant un peu plus d'un an ; vous revendiquez des racines orientales qui sont de toutes façons très présentes et perceptibles aisément. Tout d'abord il est clair que ce mix de death avec ces racines vous procure un avantage certain au niveau national ; c'est une identité singulière et immédiate. Mais la première pensée que l'on peut avoir c'est: « Tiens c'est comme Orphaned Land en plus brutal !! »
Est-ce qu'on vous compare souvent à Orphaned Land, à cause de votre approche orientale, même si le fond musical est plus extrême ? Si, oui, est-ce une chose qui peut vous irriter à long terme ?
D'ailleurs ce groupe a-t-il été un des facteurs qui vous a donné la volonté de créer Arkan ?
Florent : En effet, beaucoup de personnes font un parallèle entre la musique d’Arkan et celle d’Orphaned Land. Ceci s’explique principalement par le fait que c’est le groupe de Metal oriental le plus connu. Même si cette comparaison est flatteuse, Orphaned Land n’est pas le seul groupe évoluant dans ce style. On pourrait citer par exemple Amaseffer ou Nile. Même si nous apprécions leur travail, nous n’avons jamais vraiment été influencés par Orphaned Land ; les teintes orientales que nous utilisons étant influencées principalement par le chaabi, un courant musical purement maghrébin.
Abder : C’est surtout dans la musique de nos origines que nous puisons l’inspiration de nos compositions. Le Chaabi et le Charqui, musiques que l’on écoute depuis notre tendre enfance, sont nos deux principales influences.
J'ai découvert Arkan cette année, et à l'écoute de « Burning Flesh » votre démo/mcd de 2006, puis de « Hilal », on a pu ressentir une nette évolution où le death a laissé un peu plus de place aux passages orientaux, à des choeurs aériens plus présents, à un feeling plus mélodique... Cette évolution vers un peu plus de mélodie a été due à quoi ? Est-ce que ça veut dire que pour le futur vous allez continuer dans une voie moins brutale ?
Abder : A l’époque de « Burning Flesh » nous avions délibérément freiné le coté oriental de notre musique de peur de ne pas être compris par le public. Au cours des concerts que l’on a donnés pour le promouvoir, les auditeurs demandaient de plus en plus que ce coté soit plus présent. Cela prouve à quel point le monde du Metal est tolérant et demandeur de nouvelles expériences et ça nous a encouragé à ne pas nous limiter dans le processus de composition de notre album. Nous avons poussé les ingrédients de « Burning Flesh » à leurs limites en y ajoutant toutes nos inspirations, quelques furent leurs influences.

Florent : Nous n’avons jamais réfléchi à l’orientation musicale d’un album en termes de « violence ». Nous avions lancé les prémisses d’Arkan avec « Burning Flesh », et « Hilal » en est la suite logique. Notre but était seulement d’incorporer de manière plus prononcée nos influences orientales. Le successeur d’ « Hilal » est aujourd’hui en cours de composition et je pense pouvoir dès aujourd’hui vous dire que celui-ci poursuivra la lancée initiée par « Hilal » en faisant la part belle à la musique orientale.
En parlant du futur, vous aviez annoncé au mois de mai que vous étiez déjà en train de bosser sur le deuxième album, vous en êtes où de la composition ? Ça s'annonce plutôt comment ? Vous pensez inclure de nouveaux éléments et d'autres instruments traditionnels et atypiques ?
Florent : Nous avons commencé la composition de notre album depuis quelques semaines. Il est aujourd’hui encore trop tôt pour vous dire à quoi celui-ci va ressembler. Nous ne voulons pas nous fixer de limites. Ce qui est sûr c’est que nos influences orientales seront plus que jamais présentes.
En passant quelques étapes, la sortie de cet album est-elle prévue chez Season Of Mist, vous aviez un contrat de combien d'albums avec eux ? Ou alors vous allez devoir chercher un autre label ?
Florent : Jusqu’à présent notre collaboration avec Season of Mist s’est très bien passée. Ils ont contractuellement un droit de préférence sur notre prochain album. Il y a donc de fortes probabilités pour que l’on travaille ensemble sur le successeur d’« Hilal ».
Bon, le recul est suffisant maintenant pour pouvoir faire un tour d'horizon de ce qu'a été l'impact de « Hilal », non pas sur les zines ou les radios, mais surtout sur le public, chose la plus importante... En concert comment a été perçu votre album, et au niveau des ventes aussi car lorsque les dates se raréfient, l'auditeur doit malgré tout pouvoir écouter la musique qu'il aime ?
Florent : L’accueil du public comme des médias a été très positif et cela s’est ressenti lors de notre tournée avec Septic Flesh. Nous avons été très touchés par l’ouverture d’esprit du public qui à chaque fois nous a réservé un accueil plus que chaleureux.
Abder : Nous avons également eu beaucoup d’échos venant des pays arabes. Les jeunes là bas ont conscience de l’émergence d’un nouveau style teinté de leurs influences propres et qui, quelque part, les représente. Cependant, le téléchargement est très répandu dans ces pays où le pouvoir d’achat moyen ne permet pas aux jeunes d’avoir accès à la musique « payante ». Il faut être conscient de l’apport du format qu’est le Mp3 de par sa capacité à propager la musique. Les fans de metal n’en sont pas moins des passionnés et nous avons eu l’occasion de le vérifier par nous mêmes en Tunisie par exemple lorsque nous avons été invités à nous produire l’année dernière dans le cadre du festival 2J Rock à Tunis. Le public était vraiment déchaîné !
La signature avec Season Of Mist a-t-elle été à la hauteur de vos espérances, est-ce que vous avez pu vous exporter un petit peu, en Europe ou outre Atlantique ?
Florent : Oui nous sommes très contents de notre label. La force de distribution de ce label nous a permis de proposer « Hilal » autant en Europe qu’aux Etats-Unis.
On peut voir quelques vidéos de vos prestations scéniques sur le web, et on se rend compte quand même que le son d'Arkan est aussi puissant qu'on a pu le découvrir sur cd et que le groupe dégage une dynamique communicante. Vous envisagez pour le prochain album d'inclure des pistes vidéos, voire de proposer un bonus dvd ?
Florent : Pour l’instant ce n’est pas au programme. Nous nous concentrons tout d’abord sur les compositions et le concept qui constitueront le successeur d’« Hilal ». Nous envisageons en effet d’intégrer des bonus intéressants au sein de notre prochain album mais je ne pense pas que ceux-ci prendront la forme d’extraits live. Cependant, rien n’est encore décidé, tout dépendra du matériel vidéo dont on disposera et de ce qui sera faisable en terme de distribution.
Que les metalleux apprécient votre musique, cela est tout à fait logique, mais y a-t-il à votre connaissance des esprits plus traditionnels des pays du Maghreb aux écoutes moins « metalliques » qui apprécient la musique d'Arkan, en plus clair, savez-vous si les non-metalleux d'origine du Maghreb, qui n'écoutent pas de metal apprécient la démarche si ce n'est la musique ?
Abder : Lors de l’enregistrement de notre album « Hilal », nous avons fait enregistrer la mandole et quelques passages de derbouka par deux des musiciens du groupe Algérien de musique Gnawi : Djemawi Africa. Nous les avons sollicités au départ en leur envoyant une prémaquette de notre album. Ils ont répondu présent sans hésiter et ont trouvé notre démarche artistique intéressante.
Vous avez eu l'opportunité de bosser avec Fredrik Nordström et Jacob Hansen pour « Hilal », j'ai lu que c'est une expérience que vous aviez grandement apprécié, est-il envisagé de retourner vers eux pour le prochain où vous avez un objectif différent ?
Pourquoi finalement les avoir choisi, il n'y avait pas en France un studio qui vous intéressait à moindre frais ? Qui a payé ?
Florent : En effet, nous avons beaucoup appris de Fredrik et Jacob. Nous voulions vraiment ce qu’il y avait de meilleur et Fredrik et Jacob s’imposaient. Nous apprécions énormément leur travail notamment celui effectué avec des groupes tels que In Flames ou Opeth pour Fredrik et Volbeat en ce qui concerne Jacob. Nous sommes pleinement satisfaits du travail qu’ils ont fourni sur notre premier album. Celui-ci correspond exactement au but que l’on s’était fixé en terme de puissance et de précision. Par ailleurs, ce fût une telle expérience que ce serait mentir que de prétendre ne pas vouloir réitérer l’expérience, mais cela dépendra aussi du son que l’on voudra pour notre prochain opus.
Sur « Hilal », Season Of Mist a eu la bonne idée de faire un digipak en « origami », l'originalité de la musique plus l'originalité du packaging en ont fait un « produit » plutôt dur à surpasser. Si musicalement cela reste toujours faisable, la présentation du prochain album devra être bigrement attractive... Vous avez quelques idées là-dessus déjà, en rapport avec vos nouvelles compositions ?
Florent : Non pour l’instant il est encore trop tôt pour penser à ce genre de choses. Même si nous attachons une certaine importance au visuel entourant Arkan, le plus important reste pour nous la musique. Aujourd’hui nous n’en sommes encore qu’aux prémisses de ce que sera notre deuxième album. Le choix du packaging se fera beaucoup plus tard, même si d’ores et déjà nous savons à qui nous confierons la conception de notre pochette.
« Hilal » traitait des croyances du peuple de la Mésopotamie et de la relation qu’entretenait l’homme avec le divin et la nature, est-ce que vos nouvelles compositions ont un thème relativement proche où vous estimez que ce sujet est devenu obsolète pour Arkan, l'évolution se faisant vous vous inspirez de nouvelles choses...?
Florent : Les textes ont une influence réelle sur la musique d’Arkan car celle-ci doit coller au concept que chaque album développe. Le prochain album va traiter d’une notion dont on parle beaucoup ces dernières années et qui nous tient à coeur : le choc des civilisations, mais là j’en ai déjà trop dit...
Arkan a beaucoup tourné en France mais quelles ont été vos dates à l'étranger depuis la sortie de l'album, est-ce que maintenant, un an plus tard, on vous a proposé ou plutôt , est-ce que vous avez planifié des dates étrangères plus nombreuses ?
Florent : Même si nous avons eu l’occasion de faire des dates à l’étranger, pour l’instant nous nous concentrons principalement sur le territoire français. Cependant, il est vrai que c’est toujours enrichissant de jouer hors de l’hexagone. Nos expériences en Hollande ou en Tunisie nous ont beaucoup apporté.

Les Etats-Unis restent un public toujours intéressant à approcher, est-ce que Season Of Mist a pu vous introduire vers ces contrées où c'est encore un monde lointain pour lequel vous envisagez de redoubler de travail pour tenter d'exporter Arkan ?
Et l'Europe dans son cadre général ?
Abder : Hilal a été très bien accueilli en Europe. Les nombreuses reviews qui sont parues ont été unanimes.
En ce qui concerne les Etats-Unis, je pense qu’il n’est pas évident de percer un tel marché à plus forte raison dans le cadre d’un premier album. Ne sautons pas d’étapes. Nous continuons notre chemin déterminé mais conscient des multiples difficultés à affronter.
Vous avez faits des concerts en Algérie ou au Maroc ? J'ai lu que vous disiez que cette scène commence à émerger exponentiellement...
Abder : C’est un rêve pour nous de jouer devant le public de nos pays d’origine surtout pour moi qui ai connu les débuts de la scène Metal algérienne avant de venir en France. Mus et Samir ont fait parti de Worth, l’un des groupes emblématiques de cette scène : vous imaginez le retour des enfants prodigues ?
Chose totalement superfétatoire, en comparant « Burning Flesh » et « Hilal », je me suis aperçu que vous aviez de plus en plus de monde à remercier, et heureusement que c'est écrit en petits caractères sinon, il faudrait un booklet rien que pour les remerciements !!!
Ça vient d'où tout ce monde ?!!
Florent : C’est bien connu, la musique favorise les échanges et les rencontres. Nous avons collaboré avec beaucoup de gens sur « Hilal ». Au-delà de Sarah nous avons sollicité le groupe algérien Djemawi Africa ainsi qu’un ami tunisien chanteur en la personne d’Adel qui officie dans un orchestre de musique orientale. Nous tenions également à remercier nos proches qui nous ont supportés dans notre engagement et notre investissement sans limites au sein d’Arkan.
Ainsi se termine notre entrevue, merci à vous pour ces quelques mots...
Abder : Merci pour cette interview et un grand salut aux lecteurs de Decibels Storm.
Florent : Merci à vous et aux lecteurs, on vous donne rendez-vous sur notre site et notre myspace pour toutes les news sur Arkan à venir...
Liens :
Site officiel : www.arkan.fr
Page myspace : www.myspace.com/arkanband