home albums videos live reports interviews concerts liens contact

Chronique et review de l'album M.O.A.B. de Tribe After Tribe.

Tribe After Tribe

"M.O.A.B."

(rodeostar -- 2008)

pochette de l'album M.O.A.B. de Tribe After Tribeimage élargie - pochette de l'album
Tribe After Tribe - "M.O.A.B."
En voilà un retour inattendu ! Tribe After Tribe est un des ces groupes cultes dont personne ne sait pourquoi ils ont manqué le train du rock n roll circus. Ou plutôt on ne le sait que trop : portés aux nues par la presse US qui voyaient en eux « the next big thing » au début des années 90, et malgré un succès critique mondialement renouvelé avec l'album « Pearls Before Swine » sorti en 1997, Tribe After Tribe a littéralement été saboté par ceux-là même qui se pressaient à sa porte pour lui promettre monts et merveilles, et a vite rejoint la longue liste des groupes sacrifiés à l'autel des changements d'A&R, des restructurations et autre avanies comptables des major companies.
Contre toute attente, le leader du groupe Robbi Robb n'a pas jeté l'éponge et revient avec « M.O.A.B. », un album qui prouve que le Sud-africain, réfugié aux Etats-Unis au temps de l'Apartheid, a encore les capacités de proposer une musique un cran au dessus de la mêlée.
Après « Enchanted Entrance », un album qui puisait autant dans la musique religieuse que le rock (Robbi Robb est bouddhiste tibétain) mais passé inaperçu à sa sortie en 2002, « M.O.A.B. » marque le retour de Tribe After Tribe a un rock incroyablement heavy, où la puissance soutient la conscience.

On pourrait, en effet, presque parler d'un album concept, puisque directement inspiré du Deutéronome, un chapitre de l'Ancien Testament qui relate l'errance de Moïse et son peuple dans le désert du Moab, après leur départ d'Egypte.
L'album établit des parallèles marquants entre des passages clés de cet épisode biblique et certains événements ou situations contemporains (« Burning Bush » qui joue avec les mots autour du nom du président américain et du buisson ardent ; « Shock and Awe », qui fait référence à l'invasion de l'Irak, etc.). Le titre de l'album utilise également cet effet miroir, référence à la fois au désert du Moab et à la « Mother of All Battles », la mère de toutes les batailles, nom donné en Irak aux prémisses de la première guerre du Golfe.
Le message de Tribe After Tribe est sans détour : les hommes de pouvoir n'hésitent jamais à invoquer le nom de Dieu pour justifier des abominations. C'est le cas aujourd'hui, mais c'était déjà le cas du temps de Moïse : différents interludes de l'album présentent une narration de certains extraits du Deutéronome, simplement effrayants : ces passages de la Bible racontent le génocide des peuples croisés lors de l'exode : homme, femmes et enfants exterminés systématiquement, car "livrés par Dieu" au peuple de Moïse...

Musicalement, Tribe After Tribe frappe tout aussi fort, aidé par une production énorme, et rien que le son de la basse vaut à lui seul le détour (Joey Vera est de la partie).
Tout au long des 16 pistes, l'album se partage entre interludes d'ambiances, de narration, et morceaux rock/metal dévastateurs : lancinants ou rentre-dedans, les titres de « MOAB » tournent autour de l'auditeur pour ne lui laisser aucun répit ; Et si on devait établir des parallèles, on pourrait évoquer des litanies hallucinées à la Saigon Kick (« Supreme One »), des blitzkrieg rythmiques dignes des moments les plus tordus des Red Hot Chili Peppers (« Truth and Reconciliation ») ou des invocations quasi chamaniques lorgnant vers Peter Gabriel (« World Drum »). Une diversité qui permet de ne jamais faire baisser la tension.

Mens sana in corpore sano, Tribe After Tribe nous livre un des albums de l'année. Une fois de plus pourrait-on dire !

Patrick Etuy Decibels Storm - septembre 2008
retour | accueil | chroniques d'albums