

Syphilis - "Ride the Sickness"
Ce qu'il y a de plus difficile dans un premier album, c'est d'arriver sur le marché du disque avec un truc autoproduit et pas grand monde pour aider à se faire connaître. Alors quand on voit que certains arrivent à se faire signer en lâchant des bouses infâmes qui suintent l'étron à pleines narines, on peut se poser des questions quant à la manière d'apprécier la musique metal dans notre pays.
Et lorsqu'on parle de metal, ici avec Syphilis, on parle de death metal.
Aucune ambiguité sur les origines brutalesques de ce groupe. Depuis la terrible sortie de « Gang Bang », certes qui n'a pas frappé la nuque de la plus grande majorité des metalleux, je suis resté un fan inconditionnel de la syphilis. On se demande pourquoi... Sans doute parce que c'est une maladie musicalement transmissible.
Syphilis a mis du temps à sortir cet album, à cause de sempiternels changements de line-up qui ont modifié quelque peu le style du groupe. Moins humoristique dans ces titres mais toujours aussi percutant et performant, Syphilis apporte une touche personnelle à la musique death brutal actuelle, qui me va parfaitement bien.
En effet, si le côté très décalé de la pochette pourrait sembler enfantin à certains, c'est justement cette manière d'opposer paradoxalement la musique brutale et technique de Syphilis, à un monde plus simpliste, qui donne à leur style plus de puissance.
Le groupe a mûri par rapport à leur démo « Gang Bang », on sent bien qu'ils ont pris en expérience et que l'objectif est de percuter là où ça fait mal.
Sur dix titres, dont la durée totale ne dépasse pas les trente trois minutes, on prend un pied plutôt sympathique à l'écoute de ce « Ride the sickness ».
Captivé par la voix de Fuch qui se pose bien, sans nous bassiner avec des surdoses de gruiks comparés à pas mal de groupes actuels, au contraire, Syphilis dirige ses morceaux avec des lignes vocales simples mais dont le timbre old school nous ramène à l'essentiel du death metal. Du doublage, des growls gutturaux intenses agrémentés de hurlements plus ou moins surinfectés à en faire pâlir une souche d'onychomycose.
Outre les nombreux passages techniques, on peut découvrir à travers leur death brutal des passages nettement plus mélodiques, mais pas dans le sens de la scène suédoise à la Dark Tranquillity, non on s'approche de choses à la Dying Fetus accouplées avec des inspirations de musique à la Mozart du death brutal comme sur « Fist again ». Car paradoxalement si leur musique est brutale elle est d'autant plus mélodique dans les riffs limpides et rapides qui constituent la toile de la structure des chansons.
Les morceaux sont bien branlés, l'aération est suffisante pour ne pas suffoquer à la fin de l'album par trop d'intensité. On pourrait reprocher certaines redondances de thèmes sur les entrées en matière de la plupart des morceaux, mais ce serait reprocher à Suffocation de faire du Suffocation.
« Ride the sickness » met une petite tôle à pas mal de sorties d'albums, en tout humilité, mais il s'agit ici d'une galette foutrement bien produit question son, avec des titres qui défilent comme s'ils n'étaient qu'un et dont la qualité de la technique n'a d'égal que la brutalité de leur musique.
Juste la grande classe.