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Cent fois j'ai retardé la chronique de ce disque : trop compliqué, trop riche, trop long, trop de "tiroirs"... Le casting est à lui seul révélateur, puisque Michael Gira a fait appel à rien moins que tout ce qui peuple les hauts-fonds hardcore-indus-bruitistes de Chicago à Brooklyn : Bill Rieflin (voir son oeuvre dans [G.O.D] plus ses participations dans Ministry et Revolting Cocks), Ted Parsons (Prong), Martin Atkins (Killing Joke, entre autres)... On ne sait par où prendre ce disque. La meilleure méthode est certainement de prendre comme point de départ les sentiments éprouvés à son écoute. Et là, pas de doute, c'est la mélancolie et le désespoir qui dominent. Michel Gira a clairement exprimé dans cet opus toutes les angoisses, tous les doutes qui l'assaillent. De son addiction à l'alcool à la douleur que lui inflige le simple fait de devoir cotoyer d'autres bipèdes. Le chant tour à tour grâcile ("My buried child", "Warm", "Mother's milk") et rageur ("Mother/father") de Dame Jarboe n'aide pas, euphémisme, à sortir de l'impression de malaise poisseux qu'engendre l'écoute de ce disque. Il est marqué par une exceptionelle richesse sonore, les sons s'empilant dans un magma hypnothique redondant, et en ceci, on peut parler d'industriel. Par ailleurs, certains morceaux dénotent une violence réelle et implacable qui montre que Gira n'est pas seulement désespéré, mais également haineux ("I am the sun", "Alcohol the seed"). D'autres sont de majestueux hymnes lents, semblables à des vagues de fonds, qui, pour sembler plus posés, n'en sont pas moins redoutables dans leur capacité à vous embarquer avec puissance vers un naufrage inéluctable ("She lives", "Killing for company", "The great annihilator"). D'ailleurs, c'est à un naufrage que ce disque fait le plus penser. Non sur le plan artistique, la note en témoigne, mais sur le plan émotionnel. C'est une de ces oeuvres devant lesquelles on ne peut lutter mais uniquement s'abandonner avec la certitude que tout finira dans la tragédie. Disque énorme mais dangereux. |