

Suicidal Tendencies - "The Art of Rebellion"
L'aumône d'une place parmi le saint des saints thrashisants à travers la tournée "Clash of the titans" n'aura jamais constitué pour Suicidal Tendencies que l'occasion de tâter des grandes salles et d'y prendre goût. Et ça marche, les réactions étant excellentes. Parallèlement, le metal est au sommet dans les charts avec Metallica, Guns n'Roses, Pearl Jam, Nirvana et consorts. Il est donc décidé de se prendre une grosse part du gateau en sortant le disque qui mettra tout le monde à genoux. Pour cela, il faut dépasser le strict cadre du thrash. Quant au hardcore : n'en parlons même plus.
Au départ, rien de nouveau. L'album débute par une intro chiadée comme Rocky George sait les faire, avant d'enclencher sur quelque chose de bien heavy. On note cependant un net raffinement du son de guitare, désormais plus proche de ce que l'on pouvait entendre par exemple chez Jane's Addiction que chez Anthrax. D'ailleurs, le nouveau batteur est issu de cette scène arty californienne, en la personne de Josh Freese. Très bon d'ailleurs. Et puis, et puis... du clavier ! Nan ? Si ! Le décor est donc immédiatement planté : ST veut s'immiscer dans le club des musiciens de rock, avec ce que ça représente d'universel, et non plus uniquement dans le club des groupes de thrash qui comptent. Ce sont donc des recettes très "mainstream" qui sont mises en avant. Riffs catchy, basse rutilante, chant parfaitement maîtrisé, rythmes gentillets. Ainsi, non contents de remiser leur passé hardcore dans les poubelles de l'histoire, le groupe ose carrément faire une croix sur son environnement thrash. Ce disque lorgne ostensiblement vers le public des Red Hot Chili Peppers. Même un titre potentiellement méchant comme "Tap into the power" est policé à l'extrême par une enveloppe funky conférée par la basse diserte de R. Trujillo. Même sort pour "We call this mutha revenge", qui abdique toute velléité d'agression par le truchement d'un son de guitare très clean et un break central porté sur la délicatesse. Ceci dit, le groupe parvient à se maintenir du bon côté de la putasserie grâce à l'équilibre des compos, le ramollissement sonore étant compensé par un songwriting foutrement ingénieux. Fallait-il aller jusqu'à la structure acoustique de "Monopoly on sorrow" (avec violons !) ou "I wasn't mean to feel this asleep at the wheel" et son feeling directement importé de Led Zeppelin III ? Et la coupe n'est-elle pas pleine avec "I'll hate you better", que l'on peut sans crainte qualifier de balade, à peine "power" ? Difficile de répondre à cette question de manière objective car si ces compos sont indiscutables bonnes, elles n'ont cependant aucun traits communs avec des anciens brûlots tels que "You can't bring me down" ou "Trip at the brain". L'album se clôt avec trois titres recentrés sur une approche heavy mais dont la force est cependant sensiblement atténuée par le choix de production "light" délibérément retenu pour tout l'album. Et je pense que là réside sa faiblesse : avoir voulu offrir le même traitement sonore aux compos heavy qu'à celles qui étaient ostensiblement orientées vers une approche mainstream. Ce disque manque ainsi singulièrement de muscle dans les moments les plus guerriers. Un resserrement aurait été le bienvenu, tant sur le plan de la durée que de la production.