

Suicidal Tendencies - "How Will I Laugh Tomorrow When I can't even Smile Today?"
En un an, ST n'a pas perdu de temps. Ils signent chez Virgin, deviennent des pontes du thrash et entament une période très glorieuse qui les amènera à devenir une des principales attractions des salles de concert européennes et notamment françaises. On note ainsi plusieurs Zénith et plusieurs jauges à 3000 personnes dans le Sud, dans les années 90. Je vous parle ici de l'époque où Faith No More passait à Nice, Machine Head à Montpellier, Anthrax à Marseille, Megadeth à Toulon. C'était avant l'i-pod, avant emule. Avant les concerts de Motörhead à 40 euros. Passons. Revenons à ce disque.
Dès le premier titre, "Trip at the brain", le ton est donné. Fini les approximations punk et le son grésillant. D'emblée, on prend une grosse raclée thrash orchestrée par Rocky George et ses leads diaboliques. Et aussi, par la production de Mark Dodson (qui ne saura d'ailleurs bien produire que ce groupe). Le son est, par exemple, aussi bon que ce que l'on trouve chez des crèmeries nommées Metallica ou Slayer, et meilleur que chez Anthrax et (à l'époque) Megadeth. Bref : ça tape ! Mais ce disque n'est pas seulement un disque de thrash de plus en cette époque bénie de la Bay Area. Le mérite en revient à cette capacité à groover comme personne. L'entier groupe en est responsable. La partie rythmique est impeccable (et R. Trujillo n'est même pas encore de la partie !), Rocky George est impérial et Mike Muir sait mieux que quiconque se muer en compteur quand il le faut. Le batteur, RJ Herrera, assure quant à lui des parties également à la hauteur de ce que l'on trouve chez des combos censément plus prestigieux. Tous ces éléments font que ce disque capte l'attention avec une constance saisissante. Et puis, le groupe a réussi à conserver quelques gimmicks hardcore distillés astucieusement. Et notamment les choeurs, avec la géniale partie finale de ce hit absolu qu'est "Pledge your allegiance". Ah, souvenir ému de la foule des concerts gueulant "Suicidal, suicidal, suicidal..." Toute une époque. Mais dans l'ensemble, Mike Muir n'abuse nullement de ce chant hardcore. Au contraire, il s'applique à chanter réellement. C'est particulièrement frappant sur le titre éponyme qui, au passage, est tout aussi fort qu'un "One" dans la veine thrash-ballad. La classe ! En parlant de classe, que dire de l'intro de ce même titre, par Rocky George ? La chair de poule à tous les coups ! En une phrase : Suicidal Tendencies ne craint strictement personne, et ce disque leur donne raison. Encore un groupe qui pouvait postuler à une place dans le trop fameux club des quatre, à la place de ****** ou de *****.