|
1969
! Quelle année ! Alors que sur le vieux continent Led Zeppelin
sort ses deux premiers albums d'acier et de feu, les USA ne
sont pas en reste puisque cette même année, à Detroit, les MC5
et les Stooges sortent leurs premiers disques respectifs. Deux
manières de triturer le rhythm n'blues (rien à voir avec cette
merde que l'on qualifie actuellement scandaleusement de "R'N'B",
prononcez "arène bi", soupe hip-hop pour ados prépubères). Alors
que Led Zeppelin empruntait une voie "opulente", avec un son
énorme et une technique assez marquée, les Stooges (et les MC5)
choisirent plutôt celle du minimalisme, un peu à la manière
des premiers singles des Who, avec cependant l'apport d'une
distorsion et d'un chant écorché qui permettent finalement de
rattacher leur musique tant au heavy metal qu'au punk, concept
naissant. Ce premier album des Stooges contient deux hits foudroyants,
"1969" et "I wanna be your dog", qui chacun ont inspiré des
tonnes de groupes américains alternatifs, de Soundgarden à Monster
Magnet, sans parler de ces autres Stooges que sont les crasseux
de Mudhoney. "Little doll" et "No fun" sont également deux témoignages
forts de ce que peut être l'âpreté en musique. Le rock trouve
ainsi dans ce disque une expression pure et intransigeante,
puisqu'aucune esbroufe n'est consentie, aucune volonté de complaire
décelée. Le mot qui vient immédiatement à l'esprit est celui
de "spontanéité". "In your face" comme disent les anglo-saxons
pour qualifier la musique qui ne s'embarrasse pas de fioritures.
Ceci dit, cet aspect "brut de décoffrage" doit être nuancé dans
la mesure où l'ensemble de l'album baigne tout de même dans
une ambiance désabusée et nihiliste qui permet de dire qu'il
s'agit là, tout de même et finalement, de poésie. En témoigne
d'ailleurs ce morceau très expérimental qu'est "We will fall",
sorte de chant pour veillée funèbre, zèbré par les interventions
décadentes de John Cale au violon. Où l'on se dit que les Stooges
("les Idiots") n'en étaient vraiment pas. |