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SOUNDGARDEN "Ultramega Ok"
(sst - 1988)
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Ceci est un disque de guerre. Ce premier album de Soundgarden est en effet empreint d'une violence froide et rentrée qui fait frissonner. Oh, certes, il est certains titres qui respirent par trop l'expérimentation snob ("665 => 667", "He didn't", la reprise de Lennon "One minute of silence"). Le groupe s'y monte un peu la tête quant à ses prétentions artistiques, persuadé qu'il est encore que la qualité va obligatoirement de paire avec la prise de tête. Mais ce ne sont que 3 titres sur les 13 que compte ce disque, et donc, ce n'est pas grave. C'est même plutôt amusant. L'essentiel est ailleurs. Dans cette sensation de malaise qui accompagne tant les morceaux rapides ("All your lies", "Circle of power", "Head injury") que ces morceaux lents et déchirants que sont "Beyond the wheel" et "Incessant mace". Un peu à la façon d'un The Obsessed qui aurait écouté Black Flag, Soundgarden tisse une toile de haine et de mélodie sombre et prenante, propre à les extirper immédiatement de la masse des groupes qui pullulent dans cette nouvelle Mecque qu'est le Seattle de la fin des années 80. Ce qui ne manqua pas d'arriver, l'album suivant étant signé chez A&M... Pour en revenir à celui-ci, on peut dire qu'il contient déjà toutes les marques de fabrique qui feront par la suite de Soundgarden l'une des plus belles usines à chansons angoissantes des années 90. Et en premier lieu, la voix de Chris Cornell qui sait comme nul autre manier tantôt la violence, tantôt la menace pour créer une ambiance inamicale et poisseuse comme l'air qui précède l'orage. Et en parlant de poisseux, que dire des riffs torturés de Kim Thayill qui s'affirme là comme l'un des meilleurs crispateurs de guitare qui soient. Celui-là semble avoir fait du stress son arme de prédilection, pour notre plus grand bonheur cependant. Mariant sans vergogne esprit désespéré punk, metal très lourd et blues torturé, Soundarden innove de façon déterminante et contribue au renouvellement profond de la scène rock.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002