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Ceci
est un disque de guerre. Ce premier album de Soundgarden est
en effet empreint d'une violence froide et rentrée qui fait
frissonner. Oh, certes, il est certains titres qui respirent
par trop l'expérimentation snob ("665 => 667", "He didn't",
la reprise de Lennon "One minute of silence"). Le groupe s'y
monte un peu la tête quant à ses prétentions artistiques, persuadé
qu'il est encore que la qualité va obligatoirement de paire
avec la prise de tête. Mais ce ne sont que 3 titres sur les
13 que compte ce disque, et donc, ce n'est pas grave. C'est
même plutôt amusant. L'essentiel est ailleurs. Dans cette sensation
de malaise qui accompagne tant les morceaux rapides ("All your
lies", "Circle of power", "Head injury") que ces morceaux lents
et déchirants que sont "Beyond the wheel" et "Incessant mace".
Un peu à la façon d'un The Obsessed qui aurait écouté Black
Flag, Soundgarden tisse une toile de haine et de mélodie sombre
et prenante, propre à les extirper immédiatement de la masse
des groupes qui pullulent dans cette nouvelle Mecque qu'est
le Seattle de la fin des années 80. Ce qui ne manqua pas d'arriver,
l'album suivant étant signé chez A&M... Pour en revenir à celui-ci,
on peut dire qu'il contient déjà toutes les marques de fabrique
qui feront par la suite de Soundgarden l'une des plus belles
usines à chansons angoissantes des années 90. Et en premier
lieu, la voix de Chris Cornell qui sait comme nul autre manier
tantôt la violence, tantôt la menace pour créer une ambiance
inamicale et poisseuse comme l'air qui précède l'orage. Et en
parlant de poisseux, que dire des riffs torturés de Kim Thayill
qui s'affirme là comme l'un des meilleurs crispateurs de guitare
qui soient. Celui-là semble avoir fait du stress son arme de
prédilection, pour notre plus grand bonheur cependant. Mariant
sans vergogne esprit désespéré punk, metal très lourd et blues
torturé, Soundarden innove de façon déterminante et contribue
au renouvellement profond de la scène rock. |