

Solstafir - "Köld"
Solstafir, ou la science du brassage de toutes les musiques électriques occidentales... On savait le groupe hostile aux cloisonnements, mais pouvait-on imaginer qu'il se permettrait rien moins, avec ce disque, que d'explorer un champ qui va de U2 à Enslaved !
U2 : c'est clairement ce à quoi renvoie le disque à plusieurs reprises, et notamment sur le premier titre qui est une version sur-amplifiée de ce que firent les Irlandais entre 1980 et 1983. Et même le chant fait parfois penser à du Bono sous amphét' (pas sur le premier titre, qui est un instrumental de 8 minutes, mais sur le 4ème, vous m'en direz des nouvelles !)... Etonnant. Pour le reste, c'est encore, donc, la grande foire. Doom, viking, post-core, ambient, tout y passe. Et parfois, dans le même morceau : c'est plus rigolo. Ainsi, le second titre mélange avec audace des passages lentissimes, des accélérations lancinantes black et des vocaux écorchés cult-of-lunesques... Excellent, mais dur quand même de s'y trouver. Ajoutez des chorus de guitare façon Primordial "since-gathering wilderness", histoire de compliquer encore plus la sauce... De façon étonnante, ça fonctionne 90% du temps, car les outrances stylistiques contenues dans ce disque sont variées avec suffisamment d'intelligence pour que l'on se dise sans cesse : "ah ouais, là, finalement, c'est passé", un peu comme lorsqu'on se prend au jeu des virages en montagne et qu'on se surprend à attaquer chaque virolet un peu plus fort que le précédent. Et puis, parfois, ça casse... Comme sur ce cinquième titre, long comme un contrôle fiscal chez un antiquaire, et qui brise les burnes avec une espèce d'ambient pourri pendant 9 minutes, pour ensuite donner dans un bruitisme déplacé. Heureusement, ça se reprend juste après, sur le septième titre qui est une petite speederie très très headbangante, bourrée de feeling, avec des sonorités à la "Enslaved sur scène", à mon goût le meilleur titre de l'album. Malheureusement, le disque se termine par un autre truc de 12 minutes bien mou, plus ou moins post-machin, censément émotionnel, mais juste chiant. Ce qui, finalement, permet de dire que cet album est excellent dans ses parties les plus féroces, mais qu'il rate sa cible lorsqu'il tente de créer de l'émotion avec des procédés trop évidents. Niveau comptabilité, je dirais que sur 70 minutes, on s'éclate pendant 3 quarts d'heure et qu'on s'emmerde sur le reste. C'est déjà nettement plus qu'un verre à moitié vide. Et après tout, sont-ils si nombreux les disques à pouvoir y prétendre ? Surtout lorsque le nectar s'apparente plus à un Chateau d'Yquem qu'à un beaujolais nouveau.