home albums videos live reports interviews concerts liens contact
 


SKINNY PUPPY "Last Rights"
(capitol - 1992)
cliquez pour agrandir l'image
Secte auto-destructrice, Skinny Puppy pouvait-il produire autre chose que des disques inamicaux et délétères ? Assurément, non, et cet album est une parfaite illustration de la complète incapacité au bonheur de ces trois types totalement absorbés par leur volonté de retranscrire en "musique" le malaise que leur cause l'espèce humaine, à commencer par eux-mêmes. Il s'agit purement et simplement d'une plongée dans le noir et le gluant, au travers de morceaux dont le seul rapport avec la mélodie n'est le plus souvent assuré que par des rythmes machinaux et de vagues plages de claviers en arrière-plan. Car pour le reste, ce disque n'est que lamentations hurlées tour à tour ou simultanément par l' "homme" et la machine. Il est plein de ce qu'il est convenu de nommer des déchirures industrielles. Froides et inhospitalières comme une nuit passée dans un entrepôt délabré dont les parois métalliques tombent sous l'effet d'un vent glacial. Oui, c'est cela : "tomber", "chuter", sont les verbes qui conviennent le mieux pour décrire l'impression laissée par ce disque abyssal. Certaines plages ("Inquisition", "Killing game", "Love in vein") tentent cependant de fournir à l'auditeur des repères plus palpables, des instants de repos relatif grâce à des rythmes plus appuyés et moins parasités par des bruits stressants. Mais c'est en pure perte, car même ces titres plus "accessibles" sont lardés par la voix chaotique et saturée d' Ogre le bien nommé. Et même lorsque le groupe consent à inclure dans sa musique des nappes de claviers et des choeurs samplés qui ailleurs seraient reposants ("Riverz end"), tout ceci transpire la conspiration et le détournement lugubre à un point qui nous fait presque regretter les plages bruitistes, car là, au moins, on sait de quoi il retourne. C'est ainsi sans aucune espérance et avec la résignation qui sied si bien au mouton de boucherie que l'on entre dans cet effrayant dernier titre qui nous balade littéralement au sein de 11 minutes de fracas et de stupeur bruitiste. Il faudra un jour que l'on m'explique comment des hommes peuvent en arriver à produire de telles horreurs et, surtout, comment des personnes aussi sensées que moi (hé hé) peuvent prendre un plaisir aussi énorme à les écouter. L'espèce humaine est décidément une belle engeance.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002