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SKINNY PUPPY "Cleanse Fold And Manipulate"
(nettwerk - 1987)
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Volontairement dépouillé, le son de cet album fait la part belle à des rythmes déshumanisés propres à plonger l'auditeur dans d'étranges pensées. Skinny Puppy livre ainsi son album le plus linéaire, mais dans le bon sens du terme. J'entends en effet par "linéaire" un disque baigné dans une ambiance sonore aplatissante par son côté extrêmement répétitif. Le mot "industriel" trouve ici tout son sens. N'oublions pas que nous ne sommes qu'en 1987, et qu'à cette date, à l'exception de Laibach, très peu de groupes ont déjà osé explorer à ce point une musique combinant avec autant de conviction froideur et puissance. "Cleanse fold and manipulate" est dès lors un disque atteignant une rigueur quasi-militaire grâce à l'utilisation de son métalliques et lourds, impitoyables. Il se démarque du reste de la discographie du groupe par son côté volontairement impersonnel, comme si ses auteurs avaient cherché à s'abstraire totalement de la représentation de leur musique, construisant cette dernière au millimètre près, la dotant de tous les élements susceptibles de la rendre indestructible et la laissant, ainsi parachevée, se suffire à elle même, sans adjonction d'aucun pathos ni sentiement. A la limite, le chant est même superflu. Un drôle d'album, pas empathique pour deux sous, comme si le groupe avait eu dans l'idée de créer une oeuvre dans laquelle il ne livre rien de lui-même, une oeuvre dans laquelle il est impossible d'entrer totalement. Un peu comme ces monuments que l'on n'ouvre que partiellement au public lors de la journée du patrimoine. On en ressort à la fois content et frustré. Sauf qu'ici, il s'agit d'un fait exprès, une manière de nous dire : "allez vous faire foutre !" Le pire, c'est qu'on y revient tout de même. Et en cela, cet album a tout de même un point commun avec les autres disques du groupe : il s'adresse à notre côté masochiste.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002