Tant
pis si les autres le prennent mal, mais je veux encore une
fois dire à quel point Dirk Verbeuren est grand. Ce qu'il
fait derrière les fûts sur ce disque dépasse l'entendement,
et l'on aura rarement entendu un batteur conjuguer avec autant
de bonheur sauvagerie, efficacité et finesse. Et comme, autour
de lui, l'ensemble du groupe a encore progressé, on se dit
décidément que Scarve n'a vraiment rien à voir avec cet esprit
franchouillard qui trop souvent change l'or en plomb. Scarve
est un groupe INTERNATIONAL. Point besoin de se réclamer de
telle scène ou de telle coterie : il vient, il joue, il tue,
il s'en va. Et, pas de doute là-dessus, ce "Luminiferous"
est son bras séculier, son glaive vengeur. L'aigle fond sur
la vieille buse !
La
vieille buse, c'est un thrash/death qui en cette année 2002
ne sait plus trop à quel saint se vouer et qui, d'un coup,
se trouve un nouveau leader indiscutable. Car "Lumineferous"
ne laisse aucun choix. Ses compositions réussissent l'exploit
d'être encore plus barrées que celles de "Translucence" tout
en étant plus ramassées, plus centrées sur l'essentiel. Et
c'est la folie qui devient l'essentiel. Scarve ne se refuse
rien. Surtout en matière de violence. C'est avec prudence
que l'on progresse dans l'écoute de ce disque, un peu comme
ces personnages de jeux video martiaux qui avancent dans des
cyber coupe-gorges : oh, un monstre, aïe, une scie circulaire
géante, ouïe, un sniper… Ah, enfin, une potion reconstituante…
et non, loupé : il s'agissait d'une soupe à l'acide ! "Luminiferous",
c'est un peu ça : une totale absence de vrai repos. Avec
en prime une production au sommet, des chants littéralement
ductiles, faisant corps sans interstice avec la musique.
Parfois,
Scarve nous gratifie d'une intro doucereuse ("Futile resilient"),
mais pour mieux ensuite délivrer de ces guitares en forme
de pointe de scalpel. Parfois, au contraire, il commence pied
au plancher ("Infertile ways"), avec un chant craché directement
d'un ventre affamé. Mais jamais il ne se laisse aller. Jamais
il ne choisit la facilité, avec cependant, toujours cette
désarmante capacité à rendre les choses digestes, ici grâce
à un chant clair bien amené, là avec une pause salutaire (mais
toujours courte) dans le rythme.
Parcours
sans faute. Maîtrise parfaite. Si Scarve était suédois ou
américain, il serait n°1. Etant français, il doit se contenter
d'être seulement le meilleur.