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REVOLTING COCKS "Cocked and Loaded"
(13th planet records -- 2006)
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13 ans ! Rendez vous compte... Quelle peut bien être la crédibilité d'un projet repointant le bout de son nez 13 ans après son dernier disque ? Quelle justification lui trouver ? Surtout lorsque le tiers des effectifs, et pas le moindre, a quitté le navire en la personne de Paul Barker... Mais après tout, n'était-il pas inscrit que cette année 2005-2006 serait celle des retours improbables ? Après Confessor, Revolting Cocks. Ce n'est donc pas sous cet angle, assez mesquin, je le reconnais, qu'il faudra chercher la petite bête, mais bien frontalement, sur les qualités intrinsèques du "machin". Alors allons-y.

Quel était l'élément justificatif de l'existence de Revolting Cocks, parallèlement à Ministry? Disons une vision à la fois plus rock et plus électronique des choses, avec des titres éminemment portés sur le groove et ne dédaignant pas la longueur. Aujourd'hui, sur ce disque, si l'on excepte le paramètre durée, aucun titre n'atteignant les 6 minutes, on peut dire que l'esprit Revolting Cocks, en tant que pendant électro-rock de Ministry, est bien présent. En effet, la très grande majorité des titres ne commettent aucune resuscée ni du style, ni des riffs ministériels. C'est déjà ça. Après, il faut bien juger de la qualité des titres, car il ne suffit bien évidemment pas de savoir s'inscrire dans sa propre identité : encore faut-il en être digne.
De ce côté là, on sera moins élogieux. Si les titres fonctionnent indéniablement, je leur reproche cependant de tomber dans une certaine facilité, une trop grande propension à vous dorloter au lieu de vous bousculer. Tout ceci ronronne quelque peu. C'est bien simple : le disque s'achève, et l'on se demande immanquablement s'il a bien tourné. Comme le nom du groupe est invariablement le synonyme d'orgasme musical, on se dit qu'on a forcément loupé un truc, une clef, qu'on est rouillé après 13 ans de sevrage. Donc, on s'y rejette. Et puis, tiens, peau de balle: c'est eux qui sont rouillés mon petit vieux !
A quelques rares exceptions près (la deuxième plage, avec Billy Gibbons par exemple), on ne bande pas. Et puis, aussi, il y a un autre problème : Jello Biaffra. Autant j'ai pu apprécier les qualités vocales et scéniques du mec lors de la Fury Fest, autant, sur un disque de Revolting Cocks, un truc qui doit quand même être un peu froid et mécanique, ses interventions sont à la limite du mauvais goût. Le constat est donc finalement exactement le même qu'avec Ministry. Jourgensen seul à la barre, car qu'on ne s'y trompe pas, c'est bien le cas, tous les autres sont des figurants, fait ce qu'il sait faire, mais uniquement ce qu'il sait faire. Du coup, le disque se situe à une stricte équidistance du ratage et de la réussite. C'est un demi-flop, un demi-top... Un truc qui ne marque pas, un édulcorant de synthèse, une bière sans alcool, le papa sans la maman, un V8 sans essence, j'en ai des tonnes comme ça, vous m'avez compris.

 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2006