Rajna
a toujours porté deux fardeaux nommés Dead Can Dance et Elend.
Et j'ai bêtement toujours fait plus ou moins l'impasse sur
ce groupe, pensant complaisamment et paresseusement qu'il
ne servait à rien d'écouter une copie. Aujourd'hui, un colis
venant de très loin m'invite à m'intéresser vraiment au cas
de Rajna, à travers ce dernier album en date.
Fort
curieusement, c'est la sobriété de cette affaire qui frappe
en premier lieu. Si l'inspiration est toujours orientalisante,
point ici de lourdeurs de loukoums ! C'est plutôt à la légèreté
de la fumée d'un encens que l'on pense. Cette musique virevolte,
portée par la superbe et envoûtante voix de la dame chanteresse
qui parvient à me réconcilier (pour un bref temps) avec les
chanteuses à vocalises (je veux dire, par opposition à celles
qui chantent vraiment, avec pêche et entrain). Les instruments
traditionnels déroulent lascivement un trame en forme de toile
d'araignée, préférant amplement la technique de l'encerclement
à celle du bombardement. Tout ceci est tissé, maillé avec
finesse, sans esbroufe. A la limite, le côté oriental devient
presque anecdotique tant Rajna se concentre désormais sur
l'essentiel : une mélodie simple et des sons dépouillés.
Qu'il
soit clair que Rajna ne joue pas de la world music ! Rajna
n'impose rien. Rajna suggère, distille et, finalement, convainc
amplement et définitivement.