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Si
tout disque est l'émanation et la représentation de la personnalité
de son ou ses auteurs, celui-ci bat des records. Il s'agit d'une
oeuvre toute entière tournée vers la sanctification de Trent
Reznor. Il y expose sans retenue son obsession de la confrontation
des puissances et des volontés. "Pretty hate machine" est un
disque sur l'envie, la possession et la frustration. Excepté
l'Axl Rose d' "Appetite ...", on voit mal qui pourrait disputer
à Reznor le titre du rocker le plus égocentrique. Surtout qu'il
s'agit d'un premier disque. Présenté comme ça, on pourrait se
dire : "quel sale petit con !". L'ennui est que ce disque est
superbe et que du coup, on hésite à critiquer son auteur (comme
pour l' "Appetite" sus-visé d'ailleurs...). Sauf qu'à la différence
d'Axl Rose, Reznor n'a jamais emmerdé quiconque, jamais empêché
les autres de respirer, excepté peut-être ses concurrents. Qui
comprirent vite, Ministry les premiers, qu'avec cet album, le
loup venait de faire une entrée fracassante dans la bergerie,
babines retroussés et écumantes. Sur le plan musical, il est
intéressant de noter que dans le livret, notre Ami remercie,
au titre de l'inspiration, Jane's Addiction, Prince, Public
Enemy, This Mortal Coil, Success et de nombreux autres non cités.
Parmi eux, il faut reconnaître que Depeche Mode doit de sentir
sacrément visé. Car malgré le caractère éminemment novateur
de ce disque, il faut bien reconnaître que le fantôme des Anglais
plane souvent. La recette des ryhtmes électro-pop minimalistes
est certes ici poussée à l'extrême, triturée, chauffée au rouge.
Torturée jusqu'à ce qu'il faut bien appeler l'industriel. Mais
le fond de la sauce, c'est indiscutablement eux. Il n'en reste
pas moins que ce disque est très certainement celui qui, avec
ceux de Ministry, fit largement comprendre aux rockers que l'électronique
est leur amie. Et qui nous a, donc, sauvé d'un ennui certain. |