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NINE INCH NAILS "Pretty Hate Machine"
(tvt recs. - 1989)
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Si tout disque est l'émanation et la représentation de la personnalité de son ou ses auteurs, celui-ci bat des records. Il s'agit d'une oeuvre toute entière tournée vers la sanctification de Trent Reznor. Il y expose sans retenue son obsession de la confrontation des puissances et des volontés. "Pretty hate machine" est un disque sur l'envie, la possession et la frustration. Excepté l'Axl Rose d' "Appetite ...", on voit mal qui pourrait disputer à Reznor le titre du rocker le plus égocentrique. Surtout qu'il s'agit d'un premier disque. Présenté comme ça, on pourrait se dire : "quel sale petit con !". L'ennui est que ce disque est superbe et que du coup, on hésite à critiquer son auteur (comme pour l' "Appetite" sus-visé d'ailleurs...). Sauf qu'à la différence d'Axl Rose, Reznor n'a jamais emmerdé quiconque, jamais empêché les autres de respirer, excepté peut-être ses concurrents. Qui comprirent vite, Ministry les premiers, qu'avec cet album, le loup venait de faire une entrée fracassante dans la bergerie, babines retroussés et écumantes. Sur le plan musical, il est intéressant de noter que dans le livret, notre Ami remercie, au titre de l'inspiration, Jane's Addiction, Prince, Public Enemy, This Mortal Coil, Success et de nombreux autres non cités. Parmi eux, il faut reconnaître que Depeche Mode doit de sentir sacrément visé. Car malgré le caractère éminemment novateur de ce disque, il faut bien reconnaître que le fantôme des Anglais plane souvent. La recette des ryhtmes électro-pop minimalistes est certes ici poussée à l'extrême, triturée, chauffée au rouge. Torturée jusqu'à ce qu'il faut bien appeler l'industriel. Mais le fond de la sauce, c'est indiscutablement eux. Il n'en reste pas moins que ce disque est très certainement celui qui, avec ceux de Ministry, fit largement comprendre aux rockers que l'électronique est leur amie. Et qui nous a, donc, sauvé d'un ennui certain.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002