home albums videos live reports interviews concerts liens contact
 


NINE INCH NAILS "The Downward Spiral"
(tvt/interscope - 1994)
cliquez pour agrandir l'image
Déjà, il y a la pochette et le livret du disque. Avec cette lame de rasoir stylisée et ces plumes d'oiseaux engluées dans ce que l'on devine comme figurant du sang coagulé, l'ambiance est immédiatement donnée : ce ne sera pas gai. Le contenu ne nous détrompe pas. On commence par ce "Mr self destruct", bien nommé et bien burné, sorte de continuation du style hyper agressif développé sur le EP "Broken". La magnifique berceuse électronique "Piggy" marque une fausse pause, qui de toute façon ne permet pas de suffisamment reprendre son souffle pour affronter les deux brûlots qui suivent, "Heresy" et "March of the pigs". Reznor est très porté sur le thème du porc dans ce disque... D'ailleurs, il flotte à l'issue de ce premier quart d'heure comme une odeur de cochon grillé, un peu comme lorsque l'on se brûle les poils de la main en l'approchant trop près du feu... Puis débute la seconde partie de l'album, celle au cours de laquelle Reznor s'ingénie à installer une ambiance lugubre à coups de sons électroniques angoissants et de paroles malsaines. Oscillant entre minimalisme ("Closer", dont le thème final est repris sur l'étouffant "The downward spiral") et opulence ("Ruiner"), le son a ceci de constant qu'il tisse autour de l'auditeur un cocon aliénant à déconseiller aux claustrophobes (le terrible "A warm place"). Il se dégage immanquablement de cet album l'impression de naviguer en plein dans les errances d'un maniaque que tout dégoûte. Ce n'est pas pour rien que les morceaux ont été si souvent employés dans les films de serial killers qui fleurirent sur les écrans au milieu des années 90. Ils en constituent en effet la bande-son idéale. Le plus effrayant est de s'interroger quant à ce qu'à pu connaître et vivre Trent Reznor pour en arriver à aligner avec autant de constance des titres d'un tel pessimisme. Franchement, s'il s'agit réellement de vécu, on le plaint. Il faut encore souligner l'ingéniosité avec laquelle il s'entoure de pointures du rock indépendant, du génialissime batteur Stephen Perkins (Jane's Addiction) au maître producteur Alan Moulder. Ces considérations techniques s'éclipsent rapidement quand retentissent, ou plutôt, s'immiscent, les première notes du lugubre "Hurt". On devine alors être arrivé au bout du chemin et on reste là, seul, dans cette pénombre impitoyablement créée par celui qui n'a plus rien d'un ami, l'étrange Monsieur Reznor. Dangereux disque.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002