Le
dernier album en date de Nightfall m'avait littéralement bluffé.
Après plusieurs années d'absence physique et de vide artistique
sidéral (cf. la période "Electronegative"), "I am Jesus",
outre son titre provocateur et absolu, annonçait le grand
retour de cette légende du metal Hellène. Cette forme olympienne
avait d'ailleurs retenu toute mon attention, et lors d'une
entrevue passionnante avec Efthimis, j'avais pu me rendre
compte à quel point le groupe était à nouveau soudé et prêt
à en découdre avec le plus grand nombre. Alors, pensez donc
! A l'annonce de la parution de ce nouvel opus, mon sang n'a
fait qu'un tour ! Et c'est avec une délicate attention, empreinte
d'une fragilité respectueuse, que j'ai déposé la divine rondelle
sur mon non moins divin lecteur de disques.
A
peine quarante minutes, montre en main, plus tard, le couperet
tombe. Ce nouveau Nightfall n'est pas à la hauteur de mes
attentes. Qu'à cela ne tienne, accordons nous une autre écoute
plus attentive, une troisième, plus rapide et une quatrième…finalement
avortée avant son terme. Non, d'autres tentatives n'y feront
rien. L'inspiration n 'est définitivement pas au rendez-vous
avec cette nouvelle livraison. Et ce n'est pas cette production
atomique, scellée des studios finlandais Tico Tico, qui y
changera quelque chose. Il n'y a ici rien de comparable à
la splendeur, maintenant passée et aujourd'hui ternie, du
doom-death majestueux à la base de l'album précédent, qui
propulsait à nouveau le combo dans le peloton de tête des
meilleurs formations européennes.
D'un
pur point de vue stylistique, Nightfall évolue maintenant
dans une lignée plus death, quasi dark-metal, délaissant le
terreau du style mélodique et raffiné qui faisait son charme.
Place maintenant à la brute, celle qui tape avant de réfléchir,
et demande pardon après ! Je caricature quelque peu, mais
toutes les mélodies hypnotiques et enivrantes qui constituent
le point fort du groupe ont été mises de côté au profit de
riffs plus directs et rentre-dedans, le tout ponctué d'une
flagrante diminution du rôle des claviers, pourtant partie
intégrante du label de qualité grec ! Exit aussi les envolées
lyriques des guitares, à la trappe les parties orchestrales
vengeresses ! En revanche, le chant est plus furieux, la section
rythmique tronçonne à tout va et la batterie décuple d'agression.
Est-ce suffisant pour autant ? La réponse est non.
Bien
sûr, il reste tout de même un ou deux morceaux qui font l'affaire,
et rappelle vaguement le Nighfall que l'on appréciait, inspiré
et astucieux. Un titre tel que "Synastry", doté d'un refrain
magistral et de parties mélodiques classieuses, pourrait d'ailleurs
en constituer le meilleur exemple. Mais, avouez qu'un, voire
deux titres (en incluant "The end times", heavy en diable)
de qualité sur onze, cela ne fait pas le poids et cela ne
peut constituer un argument décemment recevable quant à l'éventuelle
acquisition de ce nouvel opus.
Un
goût amer me reste en bouche à l'évocation de ce "Lyssa",
auquel je comptais réserver le plus triomphal des accueils.
Il va maintenant falloir me faire à l'idée que le Nightfall
qui m'avait redonné le sourire avec "I am Jesus" n'est plus
même que celui qui se présente à moi aujourd'hui.
La
déception n'en est que plus grande.