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MIDNIGHT "Sakada"
(black lotus - 2005)
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"Sakada" ou le retour de Midnight, le légendaire frontman de Crimson Glory, un groupe qui eut son heure de gloire à la fin des années 80, grâce à son metal classieux et léché dans un style proche de Queensrÿche. Mais revenons à nos moutons, car c'est bien 15 ans plus tard que le mystérieux vocaliste nous revient, avec un premier album solo qui succède de peu à un EP diffusé de façon ultra-confidentielle.

Saluons d'ores et déjà l'audace de Black Lotus records qui, non content d'avoir produit l'album metal le plus barré de l'année, a poussé le bouchon jusqu'à envoyer pour review une version non mixée, non mastérisée et sans la pochette de l'album. On pourrait penser que le label grec a le goût du risque, mais les mauvaises langues auront sûrement la vision du pauvre label manager se prenant la tête entre les mains à l'écoute des premières bandes, s'arrachant les cheveux de désespoir, et décidant d'envoyer le tout tel quel en promo afin de savoir s'il reste un espoir de commercialiser cet ovni tout en évitant la fermeture administrative.
Car il faudra de l'ouverture d'esprit aux clients habituels de Black Lotus pour tenir jusqu'au dernier des 9 titres de "Sakada", et je m'explique.
Passons donc sur la production d'outre-espace, puisqu'il s'agit d'une version de travail, pour en venir au principal, à savoir la musique. Loin, très loin même, du metal chromé de Crimson Glory, Midnight délaisse toute idée de puissance pour ne conserver comme fil conducteur que son chant très théatral, et qui ne dépareillerait pas dans une comédie musicale rock jouée à Broadway : à l'écoute de ces vocaux qui restent très articulés, et dans le même temps semblent sans cesse au bord de la rupture, on pense à "Phantom of the Paradise" ou au "Rocky Horror Picture Show". Cette atmosphère très 70's imprègne également la quasi-totalité de la musique sur l'album, et à l'exception de rares titres énervés ("Incubus" en ouverture, "Little Mary Sunshine" et enfin "Pain" avec son final destructeur), la plupart des morceaux font la part belle à un rock aux horizons très larges et aux atmosphères étranges, explorant ici des univers Zeppeliniens ("Berber Trails, "Miss Katie"), lorgnant là vers les Doors ("War") ou comme évoqué plus haut, se télescopant avec le style comédie musicale rock ("Cat Song").

Après une première écoute assez éprouvante, on se laisse prendre aux élucubrations de ce cousin américain de HF Thiéfaine, et si l'approche artistique peut facilement rebuter, on évite cependant tout sentiment d'imposture jusqu'au final "Sakada", le seul titre à vrai dire qui tombe dans la facilité.
Une oeuvre audacieuse et surprenante, mais qui, en toute logique, ne devrait trouver d'écho que chez les fans du chanteur, les amateurs d'œuvres barrées et torturées et les représentants en aspirine.

 
Patrick Etuy
Decibels Storm - avril 2005