"Sakada"
ou le retour de Midnight, le légendaire frontman de Crimson
Glory, un groupe qui eut son heure de gloire à la fin des
années 80, grâce à son metal classieux et léché dans un style
proche de Queensrÿche. Mais revenons à nos moutons, car c'est
bien 15 ans plus tard que le mystérieux vocaliste nous revient,
avec un premier album solo qui succède de peu à un EP diffusé
de façon ultra-confidentielle.
Saluons
d'ores et déjà l'audace de Black Lotus records qui, non content
d'avoir produit l'album metal le plus barré de l'année, a
poussé le bouchon jusqu'à envoyer pour review une version
non mixée, non mastérisée et sans la pochette de l'album.
On pourrait penser que le label grec a le goût du risque,
mais les mauvaises langues auront sûrement la vision du pauvre
label manager se prenant la tête entre les mains à l'écoute
des premières bandes, s'arrachant les cheveux de désespoir,
et décidant d'envoyer le tout tel quel en promo afin de savoir
s'il reste un espoir de commercialiser cet ovni tout en évitant
la fermeture administrative.
Car
il faudra de l'ouverture d'esprit aux clients habituels de
Black Lotus pour tenir jusqu'au dernier des 9 titres de "Sakada",
et je m'explique.
Passons donc sur la production d'outre-espace, puisqu'il s'agit
d'une version de travail, pour en venir au principal, à savoir
la musique. Loin, très loin même, du metal chromé de Crimson
Glory, Midnight délaisse toute idée de puissance pour ne conserver
comme fil conducteur que son chant très théatral, et qui ne
dépareillerait pas dans une comédie musicale rock jouée à
Broadway : à l'écoute de ces vocaux qui restent très articulés,
et dans le même temps semblent sans cesse au bord de la rupture,
on pense à "Phantom of the Paradise" ou au "Rocky Horror Picture
Show". Cette atmosphère très 70's imprègne également
la quasi-totalité de la musique sur l'album, et à l'exception
de rares titres énervés ("Incubus" en ouverture, "Little Mary
Sunshine" et enfin "Pain" avec son final destructeur), la
plupart des morceaux font la part belle à un rock aux horizons
très larges et aux atmosphères étranges, explorant ici des
univers Zeppeliniens ("Berber Trails, "Miss Katie"), lorgnant
là vers les Doors ("War") ou comme évoqué plus haut,
se télescopant avec le style comédie musicale rock ("Cat Song").
Après
une première écoute assez éprouvante, on se laisse prendre
aux élucubrations de ce cousin américain de HF Thiéfaine,
et si l'approche artistique peut facilement rebuter, on évite
cependant tout sentiment d'imposture jusqu'au final "Sakada",
le seul titre à vrai dire qui tombe dans la facilité.
Une oeuvre audacieuse et surprenante, mais qui, en toute logique,
ne devrait trouver d'écho que chez les fans du chanteur, les
amateurs d'œuvres barrées et torturées et les représentants
en aspirine.