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Parfois,
je me dis que tout aurait pu s'arrêter en 1969 : deux albums
de Led Zeppelin, premier disque des Stooges, de King Crimson
et de MC5. La messe n'est-elle pas dite ? Sacrée année en tout
cas. Et sacré disque de rock'n'roll que ce live liminaire de
l'oeuvre météorique des MC5. Il faut entendre Rob Tyner, sorte
d'Elvis nihiliste, hurler son désormais légendaire "kick out
the jams, motherfucker!!!", véritable appel à la sédition en
cette période qui voyait les Etats Unis embourbés dans la guerre
du Vietnam. Le côté politiquement révolutionnaire des MC5 a
cependant été, à mon sens, trop exagéré, sachant que la motivation
profonde d'un groupe de rock'n'roll n'a jamais été rien d'autre
que de faire du bruit, manger à l'œil et se taper des gonzesses
à qui mieux-mieux. Et c'est très bien comme ça. D'ailleurs,
les MC5 se déferont assez rapidement de leur encombrant mentor,
le révérend rouge John Sinclair, ce dernier les y aidant d'ailleurs
considérablement par ses nombreux séjours en prison... Pour
en revenir à ce disque, on peut raisonnablement dire qu'il n'est
rien d'autre qu'une façon de faire surchauffer le blues pour
l'amener au point de fusion totale où il devient le hard rock,
voire le heavy metal. Avec cependant ce côté jusqu'au-boutiste
qui permettrait de qualifier les MC5 de premiers punks si les
Who n'avaient pas déjà revendiqué le titre. Et aussi un côté
expérimental, avec ces improvisations et ces larsens qui émaillent
les deux derniers titres. Cet album est à coup sûr l'une des
pierres angulaires du rock'n'roll moderne en ce qu'il ne respecte
rien ni personne et impose l'extrémisme musical comme une fin
en soi. |