On
ne peut pas tout à la fois se plaindre, à raison, de ce que
trop souvent les groupes de black s'imaginent qu'il suffit
d'avoir un son pourri pour sonner "true-evil" et reprocher
leur manque de noirceur à ceux qui essaient avec leurs modestes
moyens de sonner correctement.
Manatark
est estonien. Pour nous autres, habitués de l'aide sociale
et des sous qui tombent du ciel, ça ne veut rien dire. Pour
eux, ça signifie que faire de la musique est un choix qui
se paye au comptant. Alors, leur disque, ils veulent qu'il
ait l'air de quelque chose. Refusent de se laisser aller au
snobisme d'un Vargsang ou d'un Nartvind (ouais, je balance
!), groupes trouduculissimes courant éperdument après le fantôme
de Darkthrone.
Alors,
certes, le dark-metal de Manatark n'a pas inventé le fil à
couper l'eau tiède. Certes, il ne s'évince pas de leur album
ce grand vent froid et carnassier qu'il est coutumier d'attendre
d'un album de black. Mais il tient debout, regorge de riffs
tranchants, d'harmonies en sous-main et d'arrangements malins.
A défaut de révolutionner un style, il parvient à y imprimer
sa marque personnelle à travers une ambiance rugueuse et une
volonté implacable d'avancer sans cesse. Manatark est la chose
de son leader, Draconic, qui y assure le chant et l'essentiel
des guitares. Et je peux vous dire qu'il tient la baraque
d'une main de fer.
A
son image, Manatark s'impose avec autorité sur une scène dont
les pays d'origine n'ont plus grande légitimité pour considérer
les nouveaux venus avec la morgue qu'il seyait d'arborer jusqu'à
la fin du siècle dernier. Il faudra bien un jour que tout
ceci craque un bon coup. Chacun avec leurs moyens et leurs
ambitions respectives, des groupes comme Blut Aus Nord chez
nous ou Manatark ailleurs y seront pour quelque chose (je
précise par avance que, oui, merci, je sais parfaitement que
ces deux groupes n'ont rien à voir musicalement parlant…).