Les temps changent, ma bonne dame, et plus rien n'est comme avant. Un exemple : il y a peu, si vous vous étiez trouvé dans une soirée un brin ennuyeuse en compagnie de deux ou trois potes métalleux, il suffisait de leur sortir d'un air détaché : "je connais un groupe français qui vient de sortir un premier album autoproduit, et qui enfonce toute la concurrence internationale." Eh bien ces quelques mots suffisaient pour lancer une bonne éclate à se taper les mains sur les cuisses. Vos compagnons clamaient "ah celui-là alors, quel boute en train", les filles vous trouvaient "super cool", votre patron vous filait une augmentation, la soirée était sauvée.
Cette douce époque est révolue, la faute à ce premier album impressionnant de Lucky Striker 201, une preuve supplémentaire que l'actuelle "new wave of french heavy-metal" n'en finit plus de prendre de l'ampleur.
Lucky Striker 201 est un groupe à géométrie variable, à savoir un one-man band (l'infatigable Caedes) qui n'hésite pas à recourir à des acolytes pour ses prestations live. Le groupe étant basé à deux pas de nos anciens headquarters, nous avions eu l'occasion de pister LS 201 et le voir évoluer au gré de deux premières démo, "Cosmognosis" et "Night Room", déjà fort prometteuses.
Ce premier album, éponyme et autofinancé, enfonce sauvagement le clou : une production en béton signée Serge Begnis (Eths, Sikh, Fischer…), des compos et des arrangements à la maturité impressionnante, et le tout dans un esprit tek-revolution assumé, puisque distribué gratuitement sur le web, sans qu'aucun support physique ne soit par ailleurs disponible.
On retrouve dans la tracklist des versions abouties de quelques titres déjà présents sur "Night Room", ce qui permet de mesurer le chemin parcouru par Lucky Striker 201, et constater par la même occasion que sa démarche fait décidément honneur à une influence dark-indus évidente (on pense un peu à Skinny Puppy ou Marylin Manson, beaucoup à Nine Inch Nails) sans singerie ni plagiat.
Arrangements elliptiques, voix qui susurrent la violence, le cynisme ou l'abandon, samples écorcheurs… les 10 titres massifs, fouillés et sombres de "Lucky Striker 201" n'ont pour seul but que de soumettre l'auditeur à une noirceur implacable, telle la bande-son d'une de ces nuits où tout indique que l'aube ne viendra pas.
Au risque de me répéter, cet album est disponible gratuitement via le site du groupe : vous n'aurez donc strictement aucune excuse si vous passez à coté de ce superbe premier opus.
site officiel du groupe