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LUCIFUGUM "The Supreme Art of Genocide"
(propaganda records -- 2006)
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Ah, Lucifugum et ses fameux titres en cyrillique ! Alors, déjà, comptez pas sur moi pour les citer par leurs noms en utilisant la fonctions "caractères spéciaux" de l'ordinateur... Pourtant, "caractères spéciaux", ça leur va bien aux deux malades qui se cachent derrière ce doux patronyme ! Ces deux là ont fait de la fulmination anti-chrétienne leur fonds de commerce et ma foi, ce n'est pas là dessus que je les critiquerai, d'autant que ces attaques frontales prennent bien soin de ne pas tomber dans le satanisme de bas étage qui trop souvent vient souiller les dispositions christianicides les mieux affûtées. Donc, là dessus, bien.

Le groupe s'est autrefois essayé au black sympho. Autant le dire tout de suite, rien de tout ça ici, puisqu'on a en fait droit à 6 longs méfaits purement guitaristiques, sans claviers ni choeurs, rien que de la stridence et du chaos. A franchement parler, le groupe prend ici un malin plaisir à donner dans le laid, mais alors le très très laid. Tout est porté sur la non mélodie, l'absolu crachat, l'intégral underground sans séduction. L'entreprise a de quoi convaincre, car on entend ailleurs peu de choses de cet acabit : ce disque ne peut véritablement se rattacher à aucune école black recensée. Les riffs sont complètement tordus, mêlant étrangement répétition, lancinance et inorganisation feinte. Les parties de batterie apparaissent subtilement sur la corde raide, toujours au point de rupture, toujours à la limite de prendre leur indépendance définitive vis à vis de la guitare.
Et puis, comme c'est toujours le cas dans les oeuvres "heureusement" folles, les éléments demeurent finalement ensemble, comme par miracle. Le point le plus faible de cette entreprise réside à mon sens dans le chant, très faible, sans profondeur, trop ahanant, même si l'exotisme des paroles en ukrainien lui confère des intonations occultes de bon aloi. On pourrait éventuellement aussi reprocher au disque la quasi similitude de tous les titres, étant franchement impossible de les distinguer entre eux. La suprême audace eût sans doute consisté à les réunir en un seul et long blasphème. Ce n'est pas le cas, mais c'est bien ainsi qu'il faut pourtant prendre la chose : un bloc de haine, sans place pour la diversité ni pour la fantaisie. Ah, il est certain que l'on ressort de cette écoute les oreilles douloureuses, abruti, sonné et moins réceptif qu'avant aux choses extérieures. Ce disque n'éveille pas, c'est acquis. En fait, il saoule, au sens premier du terme. Et chacun sait que l'alcool n'a jamais facilité, in fine, la communication. A la vôtre !

 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2006