Ah,
Lucifugum et ses fameux titres en cyrillique ! Alors, déjà,
comptez pas sur moi pour les citer par leurs noms en utilisant
la fonctions "caractères spéciaux" de l'ordinateur... Pourtant,
"caractères spéciaux", ça leur va bien aux deux malades qui
se cachent derrière ce doux patronyme ! Ces deux là ont fait
de la fulmination anti-chrétienne leur fonds de commerce et
ma foi, ce n'est pas là dessus que je les critiquerai, d'autant
que ces attaques frontales prennent bien soin de ne pas tomber
dans le satanisme de bas étage qui trop souvent vient souiller
les dispositions christianicides les mieux affûtées. Donc, là
dessus, bien.
Le
groupe s'est autrefois essayé au black sympho. Autant le dire
tout de suite, rien de tout ça ici, puisqu'on a en fait droit
à 6 longs méfaits purement guitaristiques, sans claviers ni
choeurs, rien que de la stridence et du chaos. A franchement
parler, le groupe prend ici un malin plaisir à donner dans le
laid, mais alors le très très laid. Tout est porté sur la non
mélodie, l'absolu crachat, l'intégral underground sans séduction.
L'entreprise a de quoi convaincre, car on entend ailleurs peu
de choses de cet acabit : ce disque ne peut véritablement se
rattacher à aucune école black recensée. Les riffs sont complètement
tordus, mêlant étrangement répétition, lancinance et inorganisation
feinte. Les parties de batterie apparaissent subtilement sur
la corde raide, toujours au point de rupture, toujours à la
limite de prendre leur indépendance définitive vis à vis de
la guitare.
Et puis, comme c'est toujours le cas dans les oeuvres "heureusement"
folles, les éléments demeurent finalement ensemble, comme par
miracle. Le point le plus faible de cette entreprise réside
à mon sens dans le chant, très faible, sans profondeur, trop
ahanant, même si l'exotisme des paroles en ukrainien lui confère
des intonations occultes de bon aloi. On pourrait éventuellement
aussi reprocher au disque la quasi similitude de tous les titres,
étant franchement impossible de les distinguer entre eux. La
suprême audace eût sans doute consisté à les réunir en un seul
et long blasphème. Ce n'est pas le cas, mais c'est bien ainsi
qu'il faut pourtant prendre la chose : un bloc de haine, sans
place pour la diversité ni pour la fantaisie. Ah, il est certain
que l'on ressort de cette écoute les oreilles douloureuses,
abruti, sonné et moins réceptif qu'avant aux choses extérieures.
Ce disque n'éveille pas, c'est acquis. En fait, il saoule, au
sens premier du terme. Et chacun sait que l'alcool n'a jamais
facilité, in fine, la communication. A la vôtre !