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LUCIFUGUM "Involtation"
(propaganda -- 2006)
LUCIFUGUM - Involtation - cliquez pour agrandir l'image.
L'autre soir, je regardais une grosse connerie à la télé en deuxième partie de soirée, mais il y avait Lio dedans, alors ça sauvait tout. Je me disais comme ça qu'elle était de plus en plus godillante à mesure que les années passaient et que c'était bien injuste pour les autres femmes et même pour tous les nous-autres qui, en règle générale, ne nous arrangeons pas avec le temps. Bon soit, on ne peut pas tous être comme Lio. Mais entre s'embellir avec l'âge et enlaidir mille fois plus vite que n'importe qui, il y a un sacré gouffre. Eh bien, Lucifugum le franchit avec la maestria d'un Sergueï Bubka des grandes heures, et eux, hein, c'est pas centimètre par centimètre ! Déjà, leur dernier méfait était très bien placé dans la course au plus moche. Mais là, ça dépasse tout (jusqu'à leur prochain...). Evidemment, cette performance dantesque est avant tout obtenue au moyen d'un son, comment dire... ukrainien. Voilà, c'est ça : Lucifugum vient du pays de Tchernobyl, et ça s'entend. Mais seulement, attention. L'abjection de ce son-là n'est pas le fruit d'un branleurisme pitoyable comme on en entend encore trop souvent, mais d'une volonté inaltérable de dépouiller son art de toute fioriture, de forcer le type derrière le disque (nous, quoi...) à se concentrer sur la moelle de cette musique plutôt que de se perdre en route. Et alors, un fois l'os brisé, quel festin ! Ce disque compte des riffs d'un vice et d'une habileté rares. Il étale de façon écoeurante une science de la spirale à faire pâlir une armée de Norvégiens. Derrière ces grésillements de jour d'orage, la classe à l'état pur s'offre sans vergogne à la face d'un monde qui croyait avoir tout entendu en matière de vrai black. Et attention, hein, en plus, ça joue comme des gardes-chiourme. Tout est verrouillé à double tour, rien ne dépasse, silence dans les rangs, je ne veux voir qu'une tête. La rigueur réelle de ce disque est époustouflante. Aucun écart, aucun pain, aucune fausse note, aucune faute de goût. Et pourtant, ça blaste méchamment, ça sprinte, ça crache... On est à peu près au niveau d'un "Nattens Madrigal" ou d'un "Monumental possession", rien de moins. Voici tout simplement un disque pur. Pas bêtement "true". Non, simplement pur.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - mars 2007