Qui se souciait de Lordi il y a encore trois mois ? Le gang finlandais passait au mieux pour une amusante imitation de Gwar, avec son goût has-been pour les grimages monstrueux et autres accessoires en latex.
Il aura fallu seulement 2 heures de show télévisé et cette victoire-gag à l'Eurovision (100 millions de téléspectateurs tout de même) pour que tout change pour ces 5 Lapons, au grand désarroi de la ménagère européenne de moins de 50 ans et de notre Michel Drucker national.
Sony BMG ayant flairé la bonne affaire (et on les comprend), ce nouvel album, déjà prêt au moment de l'Eurovision, a été remanié pour inclure les 2 nouveaux titres enregistrés pour le show télévisé, "Bringing Back The Balls To Rock" et le désormais culte "Hard Rock Hallelujah". Qu'on se le dise, l'ancien advance-CD de 10 titres est désormais collector.
Mais passons à l'essentiel et rendons tout de suite à César ce qui lui appartient, car c'est bien auprès du rock mélodique grand-guignol de Kiss ou de Alice Cooper et non de Gwar qu'il faut chercher les influences principales de Lordi, tant du point de vue visuel que musical : les spectres de Gene Simmons et Vincent Furnier planent sur les 12 titres de "The Arockalypse", les compos n'oublient jamais la mélodie qui fait mouche ou le pont qui tue, et l'ambiance "party-metal" reste toujours à portée de main. "The Arockalypse" vaut largement "Trash" ou la plupart des albums de Kiss, on a connu pire comme référence.
Alors certes, ça grommelle sur tel ou tel forum que Lordi ça ne pisse pas très loin et qu'on est loin de Meshuggah, Emperor ou Tool, mais il faut reconnaître que le groupe affirme clairement que tel n'était pas son propos. Ce parti-pris accepté, on ne peut que constater que les morceaux tiennent largement la route, que le groupe est en place et n'a rien à envier à personne, et que la production est excellente. Lordi s'éclate et il le fait bien, et on serait bien chagrin de le leur reprocher. Alors arrêtez de chouiner et allez me jeter une oreille sur "The Arockalypse" !