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Le monde se divise en deux catégories : ceux qui pensaient que Laibach avait mis la clé sous la porte et ceux qui, jour après jour, année après année, espéraient encore que les Slovènes donneraient un successeur au métallique "Jesus Christ Superstar" de 1996. Ah, oui ! J'oubliais… Il existe une troisième catégorie : ceux qui, à l'écoute de "Jesus Christ Superstar", invoquaient le nom de Rammstein. Je maudis ces œufs de tortue jusqu'à la septième génération et leur rappelle (ou leur apprends) que Laibach existe depuis 1980... Mais tous les gens de bonne foi le savent. Ils savent aussi que sans Laibach, tous les groupes de chez Cold Meat Industry n'existeraient pas, à commencer par In Slaughter Natives. Tout ça pour dire que cet album, mine de rien, était sérieusement attendu, car Laibach est un groupe qui compte. Ce "Wat" a le bon goût d'être fidèle aux préceptes du groupe. Le premier de ces préceptes est le "minimalisme éclairé". Les douze titres de "Wat" œuvrent ainsi dans un registre électro pur et dur. Mais le choix de ces structures épurées n'empêche cependant pas Laibach de les parer, marque de fabrique déposée, d'une production riche, parfois gorgée de chœurs et de passages symphoniques. Rigueur et opulence: beau mariage. Mais constater que le savoir-faire du groupe est encore bien vivant après 23 ans d'existence n'est pas suffisant. Car "Wat" est également fidèle au second précepte du groupe : faire peur. C'est bien une ambiance sombre et angoissante qui s'exhale de ce disque. La voix, ultra grave, granuleuse et légèrement pitchée, y est pour beaucoup, surtout lorsqu'elle se pose sur des titres dénudés tels que "Ende", "Hell:Symmetry" ou "Satanic versus". Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement, puisque le thème du disque est la notion de fin et de vide. Laibach appréhende notre époque comme celle de la platitude, de la vacuité, du grand rien… Il conte l'avenir funeste de nos nations de losers sans idéaux face aux intégristes de tous poils ("Now you will pay"). Il nous dit à quel degré de nullité nous a conduit le règne de la communication et de la science pour tous. Laibach ne fait plus de politique : il compte les morts. Et ne croyez pas que des titres dansants tels que le carnassier "Tanz mit Laibach" (directement inspiré par les cousins D.A.F) ou le plantureux "Achtung" vous distrairont de cet étalage de dégoût : ils sont au contraire des excavateurs perçant les trous béants par lesquels le venin se diffusera. "Wat" est un formidable concentré de l'art de Laibach. Sorte de "Kapital" plus réaliste et moins dispersé, il fera date dans l'histoire du groupe comme son album le plus cohérent et le plus équilibré depuis "Opus Dei". |