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LAIBACH "Kapital"
(mute - 1992)
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Ce disque au design très classieux est diversement apprécié dans la petite société des laibachiens. Les fans les plus hardcore ne lui pardonnent pas ses échappées vers des territoires jugés indignes tels que le trip-hop. C'est mal connaître le groupe qui sait parfaitement ce qu'il fait et qui n'a jamais éprouvé le besoin d'être à la mode. Et en outre, si l'on se replace en 1992, il faut avouer que le trip hop n'était pas si développé et que dès lors, ce qui peut aujourd'hui passer pour du suivisme s'emplaçait en fait dans la découverte d'un nouveau son. D'autant qu'il ne faut rien exagérer. Si certains titres penchent en effet et sans avoir à rougir vers les courants susvisés ("Hymn to the black sun", "Torso", "Regime of coincidence"), il est cependant constant que l'essentiel de l'album reste dans la lignée du Laibach de toujours, entre minimalisme d'avant-garde (le génial "Privilège des morts", l'incantatoire "White law") et les orchestrations martiales (fabuleux "Hunter's funeral procession", dantesque "Entartete welt"). En fait, ce qui a sans doute quelque peu désorienté les fans est le recours assez systématique à une option rythmique inspirée du drum'n'bass. Mais je le répète, nous sommes en 1992, et ces procédés sont plutôt novateurs. Et puis, reconnaissons que Laibach n'a jamais dédaigné pondre quelques titres presque dansants (cf. "Panorama" sur "Nova Akropola"). Il ne faut pas oublier que Laibach a Kraftwerk pour principale influence et que ces derniers ont inventé l'électro-dance. "Kapital" me semble donc un disque d'électro plutôt réussi, avec un son énorme et un artwork admirable. Que demander de plus ?
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002