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KRAFTWERK "The Man Machine"
(capitol - 1978)
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J'ai la faiblesse de croire que ceux qui lisent cette chronique ont d'abord lu celle de "Radioactivity". Ca me permet de commencer pied au plancher, sans fioritures, pour vous dire que celui-là, oui, je me le passe en boucle. Et ça tombe bien, car les boucles, ça le connait. En effet, il est très étonnant de constater que sur le plan des rythmes électroniques, rien n'a bougé depuis ce disque de 1978. Il faut écouter, par exemple, les rythmes de "Spacelab". Tant dans leur sonorité que dans leur traitement, ils sont d'une modernité fulgurante et bien des projets électro-techno actuels s'en inspirent sans aucune vergogne. Cette manière de faire claquer les rythmes de façon répétitive est une réelle invention et Kraftwerk doit être placé à ce titre sur un piédestal astronomique et éternel. Par ailleurs, cet album dénote un vrai génie de composition car ses titres sont d'une efficacité rare, ne laissant aucune place ni au remplissage ni à l'approximation. Tout est millimétré, coulant de source, conçu pour ne permettre aucune contestation. Ce disque est totalitaire. De ces 6 titres longs mais compacts, rien n'est à jeter, et surtout pas le côté naïf des claviers de "The model" ou l'aspect blafard du chant sur "Metropolis". Le sommet est sans nul doute atteint avec "Neon lights", titre de presque 9 minutes où après une première partie chantée et légère interviennent 5 minutes redondantes et jouissives. Ce Man Machine est une source infinie, tant pour les futures générations d'électroniciens qui y puisent inspiration et autorité que pour l'auditeur qui n'en finit plus de s'extasier devant cette capacité à faire passer autant de puissance et de feeling à travers si peu de choses. Ce disque me transporte.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002