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KILLING JOKE "Killing Joke"
(zuma recordings)
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Quel autre groupe avoisinant la trentaine (!) peut se vanter de sortir, encore, des disques attendus et, plus qu'à la page, novateurs ? Quel autre artiste de cette ancienneté ne peut être suspecté de continuer à produire autrement que sous pilotage automatique et par appât du gain ? Aucun à ma connaissance, hormis peut-être Robert Fripp. Killing Joke est un véritable phénomène car ces quasi-quinquagénaires, à la différence de x, y ou z (la liste est trop longue) sont animés par un perfectionnisme et une volonté d'aller toujours plus loin qui, pour 99 % des groupes " de jeunes ", n'existent même pas en rêve. Et puis, il y a cette violence… Certains disques et certains artistes ont capturé et capturent encore la violence, sans alibi, in abstracto. Ils sont irrécupérables. Un " Reign in blood " ne deviendra jamais la bande-son des avant-matches de l'OM. " Chapel of Ghouls " ou " The circle of the tyrants " ne seront jamais avilies par un rapper. Pas plus qu'un " Det som en gang var ". Ni que les morceaux de ce nouveau Killing Joke. Car ce disque est une véritable boule de violence, tantôt exhibée sans fards (" The Death & Resurrection Show ", " Total Invasion ", " Asteroid ", " Seeing Red ", " The House That Pain Built "), tantôt rentrée et bourgeonnante (" Blood On Your Hands ", " Dark Forces "). Cette violence a ceci de particulier qu'elle est totale. Elle vient de partout et de tous. Jaz Coleman crie, éructe, se fait mal à la gorge en inventant le murmure hurlé : il ne nous épargne aucun des procédés vocaux susceptibles de mettre mal à l'aise. Etonnant. Geordie pond des riffs de guitares façon scalpel, en remontrant cent fois à tous les thrashers brevetés. Dave Grohl, qui après son travail sur le dernier Queen Of The Stone Age semble se spécialiser dans les " meilleurs disques de l'année ", métronomise comme un marteau-pillon. Et surtout, il y a cette ambiance inimitable de fin du monde. C'est un lieu commun de dire qu'un artiste crée comme si le jour présent était le dernier. Mais avec Killing Joke, et surtout Jaz Coleman, l'expression prend tout son sens. Et le plus fou est que tout ceci tient debout sans béquilles, que cette folie est canalisée, domptée. Pas une seule fois le disque ne dérape dans le bordel ou l'à-peu-près. Jamais le fil n'est perdu. A aucun moment Killing Joke n'use d'artifice ou de stratagème complaisant. C'est un exploit dont ceux qui suivent la carrière du groupe depuis sa renaissance de 1990 savent toutefois qu'il n'a rien d'étonnant vu la constante qualité de la production du groupe depuis "Extremities, dirt and various repressed emotions", autre disque recommandé à tous les amateurs de noirceur. Peut-être le meilleur groupe du monde.

 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - septembre 2003