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Après avoir traversé tant bien que mal les années 80 entre asiles psychiatriques et inspiration inégale, Killing Joke frappe un grand coup en 1990 avec la sortie de cet album fiévreux. Jaz Coleman s'est entouré pour l'occasion de ce qui apparaît comme l'une des meilleures sections rythmiques du monde alternatif avec la paire Raven-Atkins, tous deux piliers de la musique "différente" à tendance industrielle. Il s'ensuit un disque totalement halluciné, rituel, tribal, avec ses rythmes répétitifs et ses sonorités déchirées. Ajoutez le chant et les parties de claviers lugubres de Jaz Coleman, la guitare tendance pluie acide de Geordie, et vous obtenez un album d'une noirceur épaisse. Un disque dont l'agressivité n'a rien à envier aux groupes officiellement extrêmes et qui sera l'opus de chevet de Prong et autres trublions de la scène metal. "Extremities, dirt..." compte de nombreux moments de bonheur pur comme le morceau d'ouverture "Money is not our god", petit manuel à l'usage des amateurs de forage auditif, le somptueux "Slipstream" dont la tension ne retombe jamais ou le souterrain et ferrailleur "Inside the termite mound", sorte de relecture post-nucléaire du "Kashmir" de Led Zeppelin. D'ailleurs, Jaz Coleman n'a jamais caché sa vénération pour Jimmy Page, ce qui suffit déjà amplement à démontrer la qualité du bonhomme. L'album se clôt avec l'hyper rapide "Struggle", étonnant morceau semblant venu d'ailleurs et résumant à lui seul la philosophie de Killing Joke : fatalisme et persistance. "Extremities, dirt, and various repressed emotions" est une oeuvre terroriste, un pamphlet contre la mollesse, la suffisance et le laisser-aller. Car la grande force de Jaz Coleman réside dans sa faculté à insuffler dans ce disque une discipline quasi-martiale ne laissant aucune place à l'à-peu-près, ce qui est une véritable prouesse lorsque l'on connaît le profil psychiatrique du type. Comme s'il avait placé toute sa raison dans sa musique. Killing Joke ou la musique totale. |