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JESU "Jesu"
(hydrahead industries - 2005)
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"Go... Spread... Your wings... Your Wings..." C'est inéluctablement de ces paroles que j'ai envie de ponctuer les rythmes de ce disque... Paroles tirées du dernier titre, lent, désespéré, douloureux de l'album "Selfless" de Godflesh. Aérien aussi, mais attention, pas niais. Oui, c'est là que doit être cherchée la filiation. Car si ce disque doit être classé dans un quelconque courant "post", alors disons que c'est du post-Godflesh, un point c'est tout. Il serait en effet stupide de chercher à couper artificiellement ces 8 titres de l'immense héritage godfleshien dont est co-dépositaire Justin Broadrick. Et ce n'est pas le riff syncopé du second titre, "Friends are evil" ou le chant rugueux de l'avant dernier ("Man/woman") qui me feront changer d'avis... Tout tourné vers le tissage d'une oppression, ce disque, qu'on ne se fasse pas d'illusion, ne libère pas du tout son auditeur. Au contraire il l'asservi par ses structures hypnotiques et redondantes, ses paysages lunaires, sa batterie famélique et son chant monocorde. Sa grande force réside dans la superposition systématique de plusieurs textures de guitare avec souvent au premier plan un son granuleux dont l'aridité ne déparerait pas dans quelque oeuvre de black orthodoxe. Derrière, une seconde couche vient donner du liant, de la mélodie, de la vie. Et toujours, métronome économe, Ted Parsons qui fait naviguer l'ensemble juste à flot, sans ostentation, sans excès. Qu'on ne s'y trompe cependant pas. Derrière son aspect lancinant, parfois quasi-doom, ce disque n'est pas un fleuve tranquille sur le courant stable duquel il suffirait de se laisser porter. Car il envisage les choses de manière très extrême en osant la durée (75 minutes pour 8 titres) et ne fait que peu d'efforts pour se rendre sexy. Godflesh n'était pas là pour rigoler. Jesu non plus... L'ambiance y est triste à pleurer, belle à pleurer aussi, avec en point d'orgue le début du titre "Sun day" et son fatalisme désabusé envers un monde qui meurt par nature, sans qu'on y puisse rien, simplement parce que c'est son destin. Telle est la clé de ce disque : accepter que tout meurt, que tout est transitoire, que les plus grandes choses passent, qu'il ne faut pas chercher à les retenir. Les laisser glisser sur soi en en savourant la beauté sans arrière pensée, sans s'émouvoir de ce qu'elles mourront un jour et qu'on mourra sans doute avant elles. Jesu, ou la définition de l'anti-cool.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - mars 2005