|
Oui
je sais, ce disque est sorti en juillet… Que voulez-vous, c'est
mon quart d'heure de rédemption (cf la chronique de Prong).
Ceci dit, j'ai la rédemption goguenarde : ils ont mis 13 ans
pour sortir un nouvel album, je peux bien mettre 4 mois à le
chroniquer! Ainsi que pour Prong, Jane's Addiction
tient une place à part dans mon petit panthéon personnel puisque
leur dernier véritable album, "Ritual de lo habitual", de 1990
donc, constitue à mon sens l'un des 3 ou 4 meilleurs disques
américains des années 90 (d'ailleurs, il s'agirait de le rajouter
fissa à la liste qui figure dans ma fiche). Et quand on sait
que le précédent, "Nothing's shocking" (1987), avait réalisé
la même performance pour les années 80, côtoyant a posteriori
"Appetite for destruction" dans la mythologie rock américaine,
on réalise l'importance du groupe. Eux non plus n'avaient donc
aucun droit à l'erreur pour ce retour dont les motivations mercantiles
apparaissent évidentes. Ce qui est loin d'être une critique
: l'argent n'est pas nécessairement l'ennemi du talent. Mais
encore faut-il mériter son paquet de dollars !
S'agissant des moyens mis à la disposition du groupe (l'album
est tout de même produit par Bob Ezrin), on peut dire qu'ils
ont été parfaitement employés : le son est puissant, précis,
le disque est très cohérent dans sa structure, rien n'est laissé
au hasard. Il commence avec "True nature" une perle d'énergie
brute, grondant et surgissant des profondeurs comme une coulée
de lave rampant inexorablement vers la vallée : excellent. Jane's
Addiction a toujours pondu de ces brûlots sans concession (rappelez-vous
"Stop" et "Ain't no right" !), et il est heureux qu'il perpétue
cette tradition.
Encore s'agirait-il cependant de ne pas s'y limiter.
Car Jane's Addiction, est aussi synonyme de finesse et de délicatesse,
deux notions qui font trop défaut à ce disque. "Strays" est
d'une efficacité rare, c'est entendu. Perry Farrel n'a rien
perdu de sa présence vocale, c'est incontestable. Mais il manque
au disque ces envolées d'un autre monde, ces invitations à lâcher
la rampe de la réalité qui nous ravissaient tant sur des morceaux
tels que "Three days", "Classic girl" ou "Ted just admit it".
Cette faculté de passer de la frénésie quasi-thrash au recueillement
mystique fait hélas défaut à ce disque trop raisonnable, trop
formaté. Et que dire des interventions de Stephen Perkins, le
batteur. Il est certainement l'un des plus adroits percussionnistes
du rock alternatif. Or, il se cantonne ici au rôle de métronome.
Le résultat est certes impressionnant de rigueur et de solidité,
mais le fait est là : la batterie est ravalée à son rang premier
d'instrument rythmique, alors que le groupe avait toujours su
lui conférer une dimension autrement plus volubile. Idem en
ce qui concerne Dave Navarro, guitariste au feeling rare, qui
se limite ici à balancer des riffs mahousses à la tonalité constante,
délaissant les digressions acides qui avaient fait sa gloire
passée. A peine nous gratifie-t-il de quelques échappées dans
"The riches" et "Superhero". Et encore sentent-elles trop la
figure imposée. Le constat est finalement simple : Jane's Addiction
sait toujours, oh combien, faire du très bon rock. Mais il ne
sait (ou ne veut?) visiblement plus faire du Jane's Addiction.
Autre remarque : au petit jeu des retours entamé depuis deux
ans, le vainqueur est finalement celui qui a dégainé le premier
: The Cult. Ce qui ne m'étonne pas plus que ça… |