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Les albums
live des groupes disparus ont en général le goût amer de l'opération
commerciale besogneuse et vite montée. Ce n'est nullement
le cas ici. Karmakosmetix est en effet un label plus que proche
des frères Botteri, et le respect de l'oeuvre a ainsi été
le maître mot de l'opération. Ce double
CD de plus de deux heures et quart est un voyage magistral
dans les méandres du répertoire tentaculaire du groupe hors
normes qu'était In The Woods. Sans vouloir jouer les anciens
combattants de service, je dois confesser avoir vu en 1996
ce groupe jouer à Vitrolles devant une soixantaine de personnes,
avec Katatonia en première partie, ce qui laisse songeur face
à l'incroyable culte dont jouissent désormais les deux groupes,
culte hélas posthume pour In The Woods. Ce dernier a toujours
eu la réputation d'être un groupe à part et, pour revenir
à ce fameux concert de 1996, il faut quand même savoir qu'ils
avaient joué… assis ! C'est cette
même impression de vivre un événement hors du commun qui s'empare
de l'auditeur de ce live mastodonte. Réglons tout de suite
la question qui fâche en matière de live : le son. Ni trop
réarrangé, ni trop brut, il rend impeccablement justice à
l'aspect décalé des compositions et restitue à merveille les
alternances entre accalmies et envolées rageuses qui les caractérisent.
Du côté du choix des morceaux, le sans faute est également
au rendez-vous puisque les quatre albums d'In The Woods sont
à peu près équitablement sollicités. On a par ailleurs
la confirmation de la haute technique personnelle des membres
du groupe qui parviennent dans des proportions étonnantes
à tenir une baraque pourtant édifiée sur le sol friable de
la folie ordinaire. Ils enquillent ainsi les moments forts
comme certains enquillent les pastis à 18h00 en été : sans
faiblir et sans trembler, avec cette bravoure habituellement
apanage des inconscients. Les morceaux de plus de 10 minutes
sont alors exécutés sans aucun plantage, avec une mention
spéciale pour le premier titre du deuxième CD, la somptueuse
suite "Omnio (bardo + post)", puissante, suffocante, troublante…
Les deux reprises
les plus marquantes du dernier disque studio, " White Rabbit
" de Jefferson Airplane et " Epitaph " de King Crimson sont
quant à elle insérées avec bon goût dans cette enfilade de
classiques et semblent avoir été créées par le groupe lui-même,
tant il les restitue avec maîtrise et conscience. L'achat de
ce disque est donc une priorité pour tous ceux qui, déjà connaisseurs
du groupe ou non, souhaitent jeter une oreille sur ce que
peut être un live grandiose et foncièrement honnête, qualités
rarement alliées dans ce genre d'exercice. Chef d'œuvre !
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